Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

Au fil des jours


O Tannenbaum

Il y a les petits, les grands, les gros, les minces, les réguliers, les biscornus, ceux qui se tiennent bien droits et ceux qui en dépit de tous les efforts gardent un profil penché.  De moins en moins sauvages et de plus en plus cultivés, il y en a même des synthétiques.

Mais tous quels qu’ils soient sont emmenés un jour pour être vendus.

Après avoir patienté dans le froid, ils sont soulagés de se voir installés bien en évidence à la place d’honneur, ils sont fiers d’étinceler des milles feux de leurs guirlandes. "Tout brillants de lumière" 

Et on admire leur générosité "Comme ils sont doux et tes bonbons et tes joujoux" 

Hélas, les plus belles fêtes ne durent qu'un moment.

Un jour, dépouillés de leur parure scintillante, ils se retrouvent plus nus qu’avant, ayant perdu quelques plumes, pardon quelques aiguilles. Les artificiels iront dormir dans un grenier jusqu’à l’année suivante. Certains parmi les vrais auront la chance d’être replantés. Les autres mourront en gerbes d’étincelles sur les bûchers de ces grands feux où l’on immole l’hiver avant l’arrivée du printemps. 

Non, vraiment, la vie des sapins de Noël est loin de ressembler à un conte et ce n’est pas de chanter Mon beau sapin qui changera quelque chose à leur destin !

 


21/12/2018
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Saint-Nicolas, patron des écoliers

Le 6 décembre : la tradition veut qu’on fête Saint-Nicolas dans nos régions. A la base l'histoire est quand même sordide et même un peu gore quand on y réfléchit bien. Un horrible boucher charcutier complètement pervers tue trois enfants, les découpe en morceaux et cache les morceaux dans son saloir ! On se demande d'ailleurs ce qu'il allait faire ensuite : les manger en vinaigrette ou en faire un civet ??? Curieux d'ailleurs que les bouchers- charcutiers n'aient jamais protesté contre l'image négative que cette histoire donne d'eux mais il est vrai que personne n'a jamais fait d'amalgames. Bon, de toute façon, le grand saint est arrivé, comme Zorro, avec sa cape et son grand chapeau et a ressuscité les trois petits enfants dont l'histoire ne dit pas si leurs péripéties les a rendus végétariens. J’ai appris (merci à mon amie Juliette Nothomb qui m'a appris cette chose) que non content de sauver des enfants, Saint Nicolas avait aussi sauvé trois jeunes filles de la prostitution en les dotant. Reste à espérer que leurs maris respectifs ne les ont pas traitées à l'image de leur première destinée, ce qui au IVème siècle n'eût pas été exceptionnel. (dixit toujours mon amie Juliette Nothomb à qui je laisse la responsabilité de cette réflexion). En attendant depuis son intervention chez le boucher-charcutier, Saint-Nicolas a pour mission d'aller déposer dans la nuit du 5 au 6 décembre des cadeaux chez tous les enfants sages et pour ce faire, il choisit de passer par la cheminée. C'est d'ailleurs pour cela qu'il se fait accompagner d'un petit ramoneur qui lui nettoie le passage avant sa descente. Evidemment le ramoneur est noir, ce que les néerlandophones ont bien compris puisqu'ils l'appellent Zwarte Piet, tandis que chez nous le ramoneur est devenu le père Fouettard dont le rôle n'est plus de veiller à ce que le grand saint ne salisse pas sa soutane en dentelle et son manteau de pourpre mais de punir les enfants qui n'ont pas été sages.  Non seulement certains dénoncent cette velléité de violence à l'encontre des enfants, mais voilà désormais Saint-Nicolas accusé de racisme puisque son père fouettard à la peau noire est sûrement un Africain dont on donne ainsi une image très négative et contrairement aux bouchers charcutiers, voilà un amalgame vite fait. Sans compter que la ligue des droits de l’homme dénonce cette apologie de l’esclavagisme. Notre Saint-Nicolas a émigré un jour aux USA sous le nom de Santa Claus et il est revenu chez nous sous le nom de Père Noël. Lui, il voyage dans un traîneau tiré par des rennes (jusqu'à présent, il n'a pas encore été accusé de maltraitance animale par Gaia ou par les vegans, mais ça viendra peut-être !) Une question suscite une grande controverse : la couleur rouge des habits du Père Noel est-elle une pub déguisée pour Coca-Cola ou la réminiscence des vêtements rouges de l'évêque Nicolas ? Car il paraîtrait qu'au USA, au départ Santa Claus était vêtu de vert en raison de ses origines soi-disant irlandaises. Ce qui est d'ailleurs totalement faux puisque Nicolas est né en Turquie et puis est devenu évêque en Italie à Bari. Pour ce qui est de la couleur rouge de ses vêtements, en 1860, un illustrateur new-yorkais invente un personnage qui viendrait distribuer des cadeaux aux enfants, en se basant sur la légende de Saint Nicolas. Le Père Noël y arborait déjà un costume rouge !Dans un livre en couleur de 1866 intitulé Santa Klaus and his works d'un certain Thomas Nast, la couleur rouge de l'habit du père Noël est déjà établie, mais pas encore le blanc de la fourrure parfois de couleur sombre. Plus tard le personnage rouge et blanc a été récupéré par Coca-Cola. Certains par ailleurs jugent que la fête de Saint-Nicolas n'est pas très catholique car les parents mentent effrontément à leurs enfants en leur disant que leur saint patron passe par la cheminée pour déposer leurs cadeaux. Et une récente étude menée par des sommités psychiatriques dénonce ce mensonge comme traumatisant pour les enfants. Il est évident lorsqu'on entend les enfants chanter : "Oh, grand Saint-Nicolas patron des écoliers" qu'ils sont manifestement très perturbés, et plus sûrement encore traumatisés par les cadeaux, incitation à la surconsommation de produits dont il faut s'assurer avant de les acheter qu'ils ne sont pas fabriqués par des enfants qui travaillent dans des conditions sordides pour un salaire qui ne leur permet pas de s'offrir le plus petit de ces jouets. Et ça c'est peut-être ce qu'il y a de vraiment triste le jour de la fête des enfants.

 

 


06/12/2018
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Brouillard et ennui

Brouillard… La maison près du lac est plongée dans un silence cotonneux d’une blancheur pisseuse...

Dans la salle d’attente désertée, la télévision continue à diffuser ses émissions dans le vide. Aux dialogues d’une série policière succède la voix monotone du commentateur d’un documentaire.

Je l’entends sans l’écouter en poursuivant la lecture d’un livre au titre de circonstance pour moi qui aimerait être déjà demain : On est encore aujourd’hui de Veronique Janzyk.  Une rencontre d’amateurs de livres et de salles obscures, l’amitié, la mort, les morts et la vie après les morts. Des mots qui racontent le silence de la vie quand elle n’est plus et les mots de la mort lorsqu’elle a frappé.  Elle sait ce qu'écrire veut dire Véronique.

Une rumeur qui ressemble à celle de la mer ou du vent couvre par moments les voix en provenance de l’écran plat dans la salle d’attente : le conditionneur d’air envoie des vagues de chaleur comme un vent d’été incongru dans ce décor d’hiver.

La sonnerie du téléphone déchire par deux fois le silence … Quel cliché !  Et puis, entre le bruit de vague de l’air co et les commentaires monotones du documentaire, comment parler de silence ? Sonnerie qui n’annonce pas l’arrivée d’un corps souffrant, juste deux demandes de renseignements.

J’écris, j’enfile des mots, des phrases pour occuper le temps,  meubler ces moments creux,  utiliser ces instants inutiles.O temps suspends ton vol, demandait le poète... mais comme il est ennuyeux de rester suspendu sur le fil du temps lorsqu'on ne peut rêver au bord du lac, noyé dans le brouillard et la nuit.  

J’écris entre les lignes froides d’un univers impersonnel qui recueille régulièrement des fragments de récits de vie et de souffrance mais ne les retient pas. Personne ne vit entre ces murs, il n’y a pas d’âme, les confidences des âmes ne savent pas y rester.

J’écris comme on rêve dans un décor fonctionnel où rien n’incite au rêve.

J'écris pour aider à défiler un temps devenu immobile.

Le brouillard s'est fait obscurité, épaisse, laiteuse qui colle à la peau.  J'ai envie de relire Verhaeren  : il fait novembre en mon âme.  Et défilent en moi des bribes de poème parlant de brumes et de brouillard : les cieux faits de filasse et de pluie de Verhaeren, le paysan cagneux et son boeuf dans les brouillards d'automne de Guillaume Apollinaire, le silencieux automne de Toulet, les froides ténèbres de Baudelaire, La terre est boue et le ciel est brouillard, L'homme s'ennuie de Sully-Prud'homme

J'écris, car j'ai fini mon livre

Qui a dit que l'ennui était une vilaine bête ? Ce soir l'ennui m'a assaillie, envahie, terrassée ... 

 

 

 

 


30/11/2014
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