Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

Au fil de soi de Patricia Duterne

Olivia, à 50 ans, décide de s'installer dans une jolie maison à la campagne, loin de sa famille. Elle veut prouver à son entourage qu'elle est capable de vivre seule, de se prendre en charge, qu'elle n'est pas l'être fragile que sa mère et sa fille croient.  Olivia cherche aussi un endroit pour rassembler tous ses trésors, les objets qu'elle collectionne depuis qu'elle est enfant. Pour Olivia ces objets inanimés ont une âme, et elle leur parle comme à de véritables êtres vivants que ce soit une poupée ou  des chaussettes trouées. Une thésauromanie compulsive, pathologique (on peut évoquer le diagnostic de syllogomanie) car envisager de se séparer de ces objets est pour Olivia une source de souffrance  

Peu de temps après son installation à la campagne, on retrouve Olivia en état de choc sur le bord de la route. L'occasion de dérouler le fil de l'existence et du mal-être d'Olivia sur lequel elle évolue depuis l'enfance telle une funambule entre ses rêves d'enfant et la  réalité de la vie qu'elle ne sait pas appréhender, toujours au bord de l'abîme de la folie si proche.  Le coma d'Olivia durera trois jours au cours desquels ses proches vont nous parler d'elle pendant qu'elle lutte pour émerger et rejoindre le monde des vivants.

 

Un livre où j'ai retrouvé la sensibilité et la délicatesse d'écriture de Patricia Duterne qui m'avaient déjà plu dans Le murmure du papillon. Des personnages à fleur de peau qui restent accrochés à l'univers de leur enfance. Une enfance qui sous la plume de Patricia est toujours magique, peut-être trop magique, au point de devenir envoûtante et empêcher l'éclosion vers la maturité.  Psychologue de formation, Patricia sait pénétrer au coeur des âmes pour nous en révéler les méandres.

 

Un très beau roman, à découvrir absolument.

 

Au fil de soi, Patricia Duterne, Editions Acrodacrolivres 2018

 

 


07/02/2019
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Pile et face de Patricia Fontaine

Au début du roman, on rencontre Amelia qui vient d'être engagée comme aide-soignante dans une maison de repos de la périphérie bruxelloise. En réalité, Amelia s'appelle Clarisse qui cherche à changer de vie, pour fuir un passé douloureux et un personnage dangereux.  Rattrapée par son passé, Clarisse est contrainte de fuir la Belgique et se retrouve ainsi à Santiago du Chili. Elle y fait la connaissance de Marta, une chilienne qui a émigré en Belgique pour fuir la dictature de Pinochet. Marta retourne dans son pays après 42 ans d'exil.  Un élément commun réunit Clarisse et Marta : un homme, appelé La fouine brune. Clarisse l'a rencontré dans la maison de repos et c'est lui qui l'a aidée à fuir,  Marta a vu sa vie détruite par cet homme en 1973 lors du "golpe" .  Clarisse au cours de son séjour initiatique se retrouve à aller déterrer le secret de la Fouine avec l'aide de Marta.

L'auteur évoque sans concessions un  pan pénible, douloureux et non encore cicatrisé de l'histoire récente du Chili, donnant la parole aux victimes et livrant l'opinion du bourreau aux lecteurs. Il s'agit d'un roman mais dont on sent que l'auteur s'est bien documentée  à travers des témoignages recueillis en Belgique et au Chili et de voyages à Santiago et dans le désert de l'Atacama, ainsi que de romans et de films.  Les destins de Marta et Clarisse, ainsi que celui de la Fouine se croisent dans une intrigue assez  complexe mais bien ficelée au cours duquel ils  cherchent à se libérer de leur passé et à se reconstruire.

Un style qui sait transmettre des émotions et des mots justes, une très belle écriture, des personnages vrais,  une oeuvre forte, dense, qui fait oeuvre de mémoire un superbe roman par une auteur de grand talent à découvrir absolument.

 

Pile et Face, Patricia Fontaine, Editions Academia, 2018

 


06/02/2019
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Au bout des doigts... "de la musique avant toute chose"

De passage à la gare du Nord, Pierre, un homme que la vie a blessé, directeur du Conservatoire national supérieur de musique, est ébloui par la prestation de Mathieu, un jeune banlieusard, qui joue sur un piano en libre-service. Persuadé qu’il a découvert un génie de la musique, Pierre remet sa carte à Mathieu qui dans un premier temps se demande ce que ce bourgeois peut bien lui vouloir. Mais Mathieu, en plus de sa passion secrète pour la musique, a des fréquentations qui l’entraînent dans la spirale de la délinquance. Arrêté pour un cambriolage, Mathieu joue l’atout Pierre. Ce dernier lui évite la prison à condition que Mathieu vienne faire des Travaux d’intérêt général au Conservatoire. En fait, Pierre a des soucis professionnels et pour sauver sa place, il décide d’inscrire Mathieu comme candidat pour le Concours d’excellence. Un projet qui ne rencontre aucun soutien et qui suscite l’ironie de sa hiérarchie : Mathieu bien qu’ayant l’oreille musicale absolue n’a aucune formation musicale, il est incapable de déchiffrer une partition. Mais Pierre croit en lui plus que Mathieu ne croit en lui-même …

Un roman magnifique que la rencontre de cet homme et cet adolescent à qui la vie n’a fait aucun cadeau, une histoire pleine de suspens, de rebondissements avant le dénouement, qui nous révèle petit à petit le secret qui ronge Pierre, une histoire qui transporte le lecteur comme la musique présente à chaque page...  

 

Au bout des doigts, Gabriel Katz, Editions Fayard

 


31/01/2019
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La cage de Michel Beuvens : une pépite à découvrir

Que faire lorsqu'un médecin vous précise le temps qu'il vous reste à vivre ?  Le protagoniste de ce roman décide alors d'écrire un roman pour raconter comment il a vengé la mort de sa fille, mort qui l'avait enfermé dans la cage de la haine. Encore une histoire de vengeance me direz-vous ? Oui et non. En fait ce roman est une  réflexion  sur la mort : mort annoncée du personnage principal, mort prématurée  de la jeune fille à cause de laquelle la vie de notre héros a été brisée, mort en couches de la mère, et puis la mort organisée qu'il veut donner. Et une réflexion sur l'amour : amour de jeunesse qui n'a pu s'épanouir, amour d'un père pour sa fille, amour de fin de vie. En marge du récit, un dialogue du protagoniste avec sa correctrice à qui l'auteur donne de manière assez originale la parole en fin de roman pour compléter les non-dit qu'elle a pressentis tout au court de sa lecture.  Les personnages sont  attachants, sonnent "vrais".

Un roman qui parle de vie et de mort, d'amour et de haine, avec une grande sensibilité, sans jamais tomber dans aucun excès de sensiblerie, écrit de manière fluide dans un style qui a l'élégance de la sobriété. Un petit roman par la taille, qui se lit d'une traite parce que l'auteur sait gérer le suspens, un grand roman par le talent, la sincérité et la profondeur des sentiments exprimés.

 

La cage est le deuxième roman de Michel Beuvens, et j'attends avec impatience son prochain livre.

 

La cage, Michel Beuvens , Editions Ex Aequo, collection Blanche,

 

 


31/01/2019
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Une déception

J'ai acheté le livre La vraie vie d'Adeline Dieudonné au vu des critiques dithyrambiques à propos de ce roman. Mais  j'aurais  dû me méfier. Après l'avoir lu, je dois dire que j'ai vraiment beaucoup de mal à comprendre l'engouement qu'il a suscité.   Il se lit rapidement car il est bien écrit, le style est simple et fluide, le vocabulaire bien choisi. La forme est donc de bonne qualité. En revanche en ce qui concerne le fond,  j'ai envie de dire comme Talleyrand que tout ce qui est excessif est insignifiant. Et on est bien dans l'excès. Une famille des plus toxiques : un père violent et sadique, chasseur qui collectionne dans une pièce de la maison ses trophées de chasse, une mère tellement écrasée par la violence de son conjoint qu'elle en devient presqu'inconsistante au point que sa fille (la narratrice) l'appelle l'amibe, la fille (dont on ne connaît pas le nom) et son petit frère Gilles. Les deux enfants ont une relation particulièrement fusionnelle.  Bref un climat déjà malsain au début, mais curieusement ces deux enfants semblent s'accommoder de ce climat de violence domestique.  Et puis un siphon de crème fraîche qui explose entre les mains de leur glacier va faire perdre son sourire au petit Gilles qui trouve refuge auprès d'une hyène tuée par son père et conservée dans la chambre aux cadavres. Pour sauver Gilles, sa soeur décide de fabriquer une machine à remonter le temps pour revenir avant l'événement traumatisant. En fait ce livre ce résume  à un catalogue d'horreurs et de violences avec des déluges d'hémoglobine et un épisode d'un sadisme inouï  jusqu'au dénouement final qui est prévisible mais qui est présenté comme un happy end, ce qui est assez aberrant d'un point de vue psychologique. Aucune lueur d'espoir, seule la violence est la réponse apportée par  l'auteur pour résoudre et sortir du cercle de la violence familiale. Un livre coup de poing lit-on sur la 4e de couverture, mais à quoi sert ce coûp de poing ?

Bref, j''ose aller à contre-courant et dire  que je ne vois  rien de fort, ni de nouveau , ni de génial dans ce livre qui m'a profondément déçue.  Le sujet de la violence familiale mérite d'être traité de manière plus nuancée et plus  sensible, sans sombrer dans le spectaculaire  et  la  caricature.

 


30/01/2019
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La maison Golden de Salman Rushdie

Tout commence le jour de l'investiture de Barak Obama en 2008.

Un milliardaire en provenance de l'Inde, s'installe dans les "Jardins" de Greenwich Village, à New York, avec sa famille. Le milliardaire aux origines mystérieux s'appelle Neron et il a trois fils aux noms romains Petronyus dit Petya, Lucius Apuleius, dit Apu et Dionysos, dit D. Neron est un patriarche despotique,  Petya souffre d'agoraphobie, peut-être bien d'un syndrome d'Asperger, et il est passionné par l'informatique et les jeux video. Apu est un artiste tandis que Dionysos cherche son identité sexuelle. Une famille de nevrosés. Neron est en couple avec une jeune maîtresse russe, Vasilisa, une manipulatrice intrigante qui met au point un plan diabolique pour assouvir ces ambitions.  Cette famille va susciter la curiosité du voisinage et en particulier celle de René, jeune cinéaste d'origine belge, qui travaille à la création d'un long scénario qu'il va calquer sur la vie de la famille Golden. Neron va prendre René sous sa protection à la mort accidentelle des parents de ce dernier et Vasilisa se servir de lui pour sa machination. Voilà présentés les personnages de cette famille dorée et planté le décor de ce roman qui n'a rien à envier aux meilleures tragédies grecques. René va petit à petit découvrir pourquoi Neron a quitté l'Inde et vivre de près le destin de chaque membre de cette famille en déclin. La lecture est rendue compliquée par les multiples références littéraires, cinématographiques,  les événements de l'actualité, les théories identitaires   Mais l'intrigue est passionnante, pleine de suspens avec la participation de la mafia indienne et du terrorisme islamique... Une tragédie évoquant l'amour, la jalousie, la trahison et posant la question du mal et de savoir s'il est possible d'être bon et de trahir, écrite  avec ironie et humour,  et une fin tout à la fois dramatique avec l'arrivée au pouvoir américain d'un Joker aux cheveux teints jamais nommé mais que tout le monde reconnaîtra mais avec un happy end quand même.

 

 


27/01/2019
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Une critique d'Allo maman, ma mère n'est pas là par Philippe De Riemacker (sur https://artsrtlettres.ning.com/)

"Impossible de ne pas admettre que l’ensemble de notre vie est impacté par toute situation rencontrée dès notre plus tendre enfance. Oserais-je ajouter qu’avant même que nos premières respirations se joignent à l’orchestre de l’humanité, le bébé comme une éponge, absorbe tendresse ou manque d’amour avec une déconcertante facilité. C’est probablement à l’image de cette même éponge, qu’il rejettera progressivement le trop-plein de ce qui l’a perturbé. Pour les plus malchanceux d’entre nous, trop de poisons briseront le contenant en forgeant dans le subconscient une fêlure irréparable, un point de non-retour. 
L’auteure qui nous intéresse est médecin généraliste, mais pas que. Éclectique par nature, elle s’adonne à la peinture en plus de l’écriture. Les plus fidèles d’entres-vous se souviendront que j’avais chroniqué, il y a quelques années déjà, son roman « Temps de guerre, temps de paix ». C’était une œuvre qui m’avait séduit et que, par coup de cœur, j’avais proposée au prix remis à l’occasion du Salon International du livre de Mazamet 2018. L’ouvrage avait été remarqué et s’il ne fut pas couronné j’ose dévoiler que ce fut de justesse.
Élide Montési n’est pas à son coup d’essai. Elle nous a offert « Les filles d’Hippocrate », « La nuit n’est jamais complète », « Ligne brisée » avant de rédiger le roman que nous approchons dans cette chronique. Pas étonnant qu’avant de découvrir son dernier ouvrage, je me sois préparé une bulle de confort afin de me plonger dans l'œuvre qu’elle m’avait confié au salon Mon’s livre fin novembre dernier. 
J’avoue avoir été décontenancé par un sujet des plus interpellant. C’est peut-être la faute au fait que l’on ne l’approche jamais suffisamment, je veux dire par là, en utilisant un langage compréhensible par le quidam que nous sommes, misérables ignorants, hermétique au jargon scientifique. La raison vient peut-être également que l’on préfère quelquefois le déni par peur d’ouvrir une boite de pandore don le contenu se limiterait à une antenne parabolique qui refléterait les manquements de nos sociétés, mais pas que. Pas facile d’oser se remettre en question et pourtant, comme le soulignait si justement ce cher Albert Einstein, c’est devant celui qui connait les abysses de son ignorance que l’on reconnaît l’être d’exception.
Mais revenons à nos moutons :
En abordant « Allo maman, ma mère n’est pas là ! », comme tout lecteur qui se respecte j’ai commencé par le quatrième de couverture. Ce dernier nous explique que : ce livre met en scène la problématique des troubles de l’attachement chez l’enfant… 
Je ne puis souscrire à cette description, elle est à mon sens trop restrictive. À mon regard, ce livre aborde une série de catastrophes humaines inhérentes à notre environnement. Certes, je puis comprendre ce que l’auteure ou l’éditeur a voulu souligner par cette accroche. Elle est certainement logique si l’on considère que les conséquences, dues à ce qui pourrait ressembler à un rejet parental, vont peser lourdement sur le destin d’un enfant, et pourtant !
En me plongeant dans « Allo maman, ma mère n’est pas là ! » je n’ai pu empêcher mon esprit de porter son attention sur l’entièreté des éléments que nous décrit Élide Montesi. J’avoue, j’en ai eu le vertige. 
C’est que l’auteure possède une sensibilité à fleur de peau qui lui permet de décrire les ornières posées par la vie ou par les destins émiettés. L’écrivaine détient le don d’effleurer les oubliés, les êtres cassés, ceux qui n’intéresseront personne sauf quand viendra l’heure d’un bilan apporté malheureusement par la « une » de l’actualité judiciaire. C’est là qu’intervient la description de nos limites et du tourbillon qui peut entrainer une âme blessée au risque d’entraîner ceux qui tentent de lui venir en aide.
M’arrêter ici serait malhonnête, le livre nous réserve beaucoup plus. 
L’enfance malmenée par une maman complètement paumée permet d’aborder la thématique non pas de l’adoption, mais des familles d’accueil. Au final, en refermant le livre je me suis rendu compte qu’il foisonne d’informations qui peuvent probablement servir de références. En parlant de référence, je songeais à l’ensemble des acteurs qui fréquentent la scène de la vie sur laquelle irrémédiablement nous jouons notre rôle et qui me porte à dire que nul n’est innocent. Je n’accuse personne, je ne fais que décrire une simple observation. S’il fallait vous convaincre j’ajouterais qu’il suffit d’être conscient des regards que nous portons sur ceux qui nous sont différents par le comportement. Je suppose qu’il est plus facile de juger que de soigner… 
Je ne condamne pas, je ne le pourrais pas puisqu’en écrivant ces mots me voici assis à vos côtés sans que je ne puisse apporter la moindre solution à ce dilemme présent depuis que l’humain à foulé le sol de cette bonne vieille terre. 
Voilà, sans l’avoir provoqué, Élide Montési ouvre les débats et m’y a entrainé malgré mon devoir de réserve… 
Je n’ai qu’un léger bémol à murmurer, que ceci ne gâche pas votre plaisir. 
En finissant ma lecture, me reste comme un léger goût d’empressement. Comment exprimer mon ressenti ? C’est comme si l’auteure s’était laissée portée par le sujet (serait-elle concernée ?) et que de nous apporter cette histoire, elle s’est livrée jusqu’à l’épuisement. N’aurait-elle plus eu la force de se laisser le temps nécessaire à la décantation ? Il y va d’un livre comme d’un parfum de femme. L’exception requière une attention des plus exigeantes et l’éditeur devrait de temps en temps se positionner en qualité de chef d’orchestre. Plus facile à dire qu’à faire j’en suis conscient, mais c’est également mon rôle de prendre tous les éléments d’une œuvre en compte. Les détails don je vous parle sont insignifiants, sans la moindre réserve je vous invite à vous procurer « Allo maman, ma mère n’est pas là ! ». Vous pourrez découvrir ce livre comme un simple roman ou, et je vous y invite, l’utiliser comme un outil au service de l’humain."
Retrouvez Philippe De Riemaecker sur Art & Lettres , Passion TV, Radio Passion, RCF Sud Belgique, Radio Vicomté, Chouette magazine.

 


16/01/2019
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Ceci n'est pas un conte de Noël

Le cinéma déroule son tapis rouge pour accueillir les spectateurs. Il fait glacial, les gens se pressent pour rentrer dans le bâtiment. Assis sur les dalles de béton devant l'entrée, un homme encore jeune est assis, à côté de quelques sacs contenant ses biens et devant lui un bol où les moins indifférents glissent quelques pièces. L'homme serre un chien dans ses bras, ils se réchauffent mutuellement. Je m'arrête, je m'accroupis et je lui adresse quelques mots en caressant le chien. Le chien me regarde avec cet air de reproche comme seuls savent le faire les chiens. L'homme me parle en gardant les yeux baissés vers le sol. Non, il ne veut pas se rendre dans un abri. A cause du chien, il a peur qu'on ne mette son chien dans une cage pas assez grande pour lui. Il dormira dans un coin du parking, il a l'habitude. Il me remercie, (mais de quoi ? des quelques mots échangés ou du billet que je glisse dans ses doigts glacés ?) Le film ne me plaît pas. A la sortie, il est toujours au même endroit. J'ai hâte de rentrer pour retrouver le numéro d'appel du dispositif d'urgence sociale. J'espère qu'il sera encore là quand la personne qui m'a promis d'aller à sa recherche le trouvera. J'espère qu'il acceptera de la suivre. Les chiens sont acceptés m'a dit la dame, s'ils sont pucés et vaccinés. Je n'ai pas parlé de la cage pour le chien. 

 

 


26/12/2018
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O Tannenbaum

Il y a les petits, les grands, les gros, les minces, les réguliers, les biscornus, ceux qui se tiennent bien droits et ceux qui en dépit de tous les efforts gardent un profil penché.  De moins en moins sauvages et de plus en plus cultivés, il y en a même des synthétiques.

Mais tous quels qu’ils soient sont emmenés un jour pour être vendus.

Après avoir patienté dans le froid, ils sont soulagés de se voir installés bien en évidence à la place d’honneur, ils sont fiers d’étinceler des milles feux de leurs guirlandes. "Tout brillants de lumière" 

Et on admire leur générosité "Comme ils sont doux et tes bonbons et tes joujoux" 

Hélas, les plus belles fêtes ne durent qu'un moment.

Un jour, dépouillés de leur parure scintillante, ils se retrouvent plus nus qu’avant, ayant perdu quelques plumes, pardon quelques aiguilles. Les artificiels iront dormir dans un grenier jusqu’à l’année suivante. Certains parmi les vrais auront la chance d’être replantés. Les autres mourront en gerbes d’étincelles sur les bûchers de ces grands feux où l’on immole l’hiver avant l’arrivée du printemps. 

Non, vraiment, la vie des sapins de Noël est loin de ressembler à un conte et ce n’est pas de chanter Mon beau sapin qui changera quelque chose à leur destin !

 


21/12/2018
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Saint-Nicolas, patron des écoliers

Le 6 décembre : la tradition veut qu’on fête Saint-Nicolas dans nos régions. A la base l'histoire est quand même sordide et même un peu gore quand on y réfléchit bien. Un horrible boucher charcutier complètement pervers tue trois enfants, les découpe en morceaux et cache les morceaux dans son saloir ! On se demande d'ailleurs ce qu'il allait faire ensuite : les manger en vinaigrette ou en faire un civet ??? Curieux d'ailleurs que les bouchers- charcutiers n'aient jamais protesté contre l'image négative que cette histoire donne d'eux mais il est vrai que personne n'a jamais fait d'amalgames. Bon, de toute façon, le grand saint est arrivé, comme Zorro, avec sa cape et son grand chapeau et a ressuscité les trois petits enfants dont l'histoire ne dit pas si leurs péripéties les a rendus végétariens. J’ai appris (merci à mon amie Juliette Nothomb qui m'a appris cette chose) que non content de sauver des enfants, Saint Nicolas avait aussi sauvé trois jeunes filles de la prostitution en les dotant. Reste à espérer que leurs maris respectifs ne les ont pas traitées à l'image de leur première destinée, ce qui au IVème siècle n'eût pas été exceptionnel. (dixit toujours mon amie Juliette Nothomb à qui je laisse la responsabilité de cette réflexion). En attendant depuis son intervention chez le boucher-charcutier, Saint-Nicolas a pour mission d'aller déposer dans la nuit du 5 au 6 décembre des cadeaux chez tous les enfants sages et pour ce faire, il choisit de passer par la cheminée. C'est d'ailleurs pour cela qu'il se fait accompagner d'un petit ramoneur qui lui nettoie le passage avant sa descente. Evidemment le ramoneur est noir, ce que les néerlandophones ont bien compris puisqu'ils l'appellent Zwarte Piet, tandis que chez nous le ramoneur est devenu le père Fouettard dont le rôle n'est plus de veiller à ce que le grand saint ne salisse pas sa soutane en dentelle et son manteau de pourpre mais de punir les enfants qui n'ont pas été sages.  Non seulement certains dénoncent cette velléité de violence à l'encontre des enfants, mais voilà désormais Saint-Nicolas accusé de racisme puisque son père fouettard à la peau noire est sûrement un Africain dont on donne ainsi une image très négative et contrairement aux bouchers charcutiers, voilà un amalgame vite fait. Sans compter que la ligue des droits de l’homme dénonce cette apologie de l’esclavagisme. Notre Saint-Nicolas a émigré un jour aux USA sous le nom de Santa Claus et il est revenu chez nous sous le nom de Père Noël. Lui, il voyage dans un traîneau tiré par des rennes (jusqu'à présent, il n'a pas encore été accusé de maltraitance animale par Gaia ou par les vegans, mais ça viendra peut-être !) Une question suscite une grande controverse : la couleur rouge des habits du Père Noel est-elle une pub déguisée pour Coca-Cola ou la réminiscence des vêtements rouges de l'évêque Nicolas ? Car il paraîtrait qu'au USA, au départ Santa Claus était vêtu de vert en raison de ses origines soi-disant irlandaises. Ce qui est d'ailleurs totalement faux puisque Nicolas est né en Turquie et puis est devenu évêque en Italie à Bari. Pour ce qui est de la couleur rouge de ses vêtements, en 1860, un illustrateur new-yorkais invente un personnage qui viendrait distribuer des cadeaux aux enfants, en se basant sur la légende de Saint Nicolas. Le Père Noël y arborait déjà un costume rouge !Dans un livre en couleur de 1866 intitulé Santa Klaus and his works d'un certain Thomas Nast, la couleur rouge de l'habit du père Noël est déjà établie, mais pas encore le blanc de la fourrure parfois de couleur sombre. Plus tard le personnage rouge et blanc a été récupéré par Coca-Cola. Certains par ailleurs jugent que la fête de Saint-Nicolas n'est pas très catholique car les parents mentent effrontément à leurs enfants en leur disant que leur saint patron passe par la cheminée pour déposer leurs cadeaux. Et une récente étude menée par des sommités psychiatriques dénonce ce mensonge comme traumatisant pour les enfants. Il est évident lorsqu'on entend les enfants chanter : "Oh, grand Saint-Nicolas patron des écoliers" qu'ils sont manifestement très perturbés, et plus sûrement encore traumatisés par les cadeaux, incitation à la surconsommation de produits dont il faut s'assurer avant de les acheter qu'ils ne sont pas fabriqués par des enfants qui travaillent dans des conditions sordides pour un salaire qui ne leur permet pas de s'offrir le plus petit de ces jouets. Et ça c'est peut-être ce qu'il y a de vraiment triste le jour de la fête des enfants.

 

 


06/12/2018
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La santé ça se mérite : quelques conseils

Tous les jours il faut manger une pomme pour le fer, une banane pour le potassium, une orange pour la vitamine C et une tasse de thé vert … sans sucre pour éviter le diabète. Quoique la pomme, vous pouvez la garder pour éloigner le médecin, il paraît qu’en visant bien, une pomme par jour éloigne le médecin pour toujours

Tous les jours nous devrions boire deux litres d’eau, même si pour l’éliminer cela demande le double du temps que l’on a pris pour les boire.

Tous les jours, il faut consommer un actimel® ou un yaourt pour absorber les indispensables Lactei casei defensis, dont personne ne sait vraiment ce que c’est, mais il paraît que si tu n’en ingères pas au moins un million et demi par jour, tu finis par voir flou.

A chaque jour, son comprimé d’aspirine pour prévenir l’ictus et un verre de vin rouge contre l’infarctus et puis un verre de vin blanc pour le système nerveux et une bière, cette dernière avec passion même si je ne sais plus trop à quoi elle sert (la bière pas la passion). Si tu absorbes le tout en même temps, tu risques une hémorragie cérébrale, mais ne te bile pas, tu ne t’en rendras pas compte.

Tous les jours, il faut consommer des fibres, beaucoup de fibres, jusqu’à déféquer un pull entier.

On doit aussi manger quatre à six fois par jour, légers les repas, sans oublier de mâcher 100 fois chaque bouchée. En comptant bien, 5 heures sont nécessaires rien que pour les repas.

Après chaque repas, il ne faut pas oublier de se brosser les dents : donc se les brosser après l’actimel®, après les fibres, après la pomme, après la banane, après l’orange, etc… sans oublier d'utiliser du fil dentaire , masser les gencives et le rinçage à la Listerine®.

Huit heures de sommeil sont nécessaires après les huit heures passées à travailler, ce qui en fait 21 dont les 5 heures passées à manger. Il en reste trois en espérant qu’il n’y ait pas de bouchon. D’après les statistiques c’est le temps moyen passé devant la télévision. Mais c’est de trop car on doit marcher au moins une demi-heure par jour en n’oubliant pas de faire demi-tour après un quart d’heure autrement la demi-heure de marche devient une heure entière.

Il faut en plus entretenir l’amitié en envoyant un message tous les jours car les amis s’entretiennent comme les fleurs qu’il faut arroser tous les jours.

Il faut trouver le temps de se tenir informé en lisant au moins deux journaux par jour et une revue pour  une lecture critique et objective.

Le plus important, pour être en forme physiquement et psychologiquement, il convient de faire l’amour tous les jours sans sombrer dans la routine, donc faire preuve de créativité en termes de séduction. Il faut aussi trouver le temps de balayer, faire la vaisselle, la lessive et s’occuper du chien et des enfants. Quand on a fait tous les comptes, on arrive au total de 29 heures par jour. La seule possibilité c’est de faire plusieurs choses en même temps : par exemple prendre sa douche la bouche ouverte comme cela on avale ses deux litres d’eau. Et se brosser les dents en faisant l’amour à son partenaire qui pendant ce temps lit ses deux journaux et sa revue.

Et pendant que je rédige tout ça pour vous, je ne sais plus si j’ai mangé ma banane et bu mon Actimel® mais je vous laisse car il faut que j’aille évacuer mes deux litres d’eau…

 


02/12/2018
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Petite anthropologie des visiteurs rencontrés en salons ou en librairie

 

La fréquentation des salons littéraires ou des clients de librairie lors de dédicace m'a permis de découvrir une faune assez particulière que je me suis amusée à classifier.

 

Les indifférents : pressés ou flâneurs, ils passent devant vous en fixant la ligne d'horizon, ce point de fuite loin devant eux, le bien nommé puisqu'il fuit à mesure que vous croyez vous en rapprocher. Si vous apparaissez dans leur champ de vision, alors ils détournent la tête au dernier moment leur attention subitement attirée ailleurs, loin au-dessus de vous.

 

Les importuns : ils s'arrêtent juste devant votre stand, en s'appuiant bien contre votre table tout en vous tournant le dos pour discuter avec une connaissance qu’ils viennent de croiser, ils n’en ont rien à cirer que leur présence empêche de s’arrêter chez vous d'éventuels visiteurs intéressés. Au rang des importuns : ceux qui viennent vous demander si vous savez où se trouve tel ou tel article, ou bien où se trouvent les toilettes, ou à quelle heure ferme le magasin. "Non, moi, je suis ici pour présenter mes livres" Je reconnais que parfois certains prennent alors la peine de vous demander ce que vous écrivez.

 

Les sensitifs : ils donnent l’impression de vouloir s’arrêter mais se détournent dès qu’on fait mine de les interpeller. Certains s’arrêtent mais s’en vont sans répondre dès qu’on leur dit bonjour. D’autres répondent à votre bonjour d’un signe de tête mais se reculent avec effroi lorsque vous leur tendez votre flyer publicitaire ou lorsque vous leur demandez si vous pouvez leur parler de votre livre (après tout l’écrivain est là pour présenter son œuvre et en droit de penser que le visiteur vient parce qu’il veut découvrir du neuf).

 

Les manipulateurs de l’ascenseur émotionnel : ils s’arrêtent, vous sourient, feuillettent un exemplaire d’un air très intéressé (là, vous vous dites que ça y est !), vous posent trente-six questions auxquelles vous répondez avec passion (ben oui, vous êtes là pour ça?!), reposent enfin le livre sur la pile et s’en vont en vous souhaitant tout le succès que vous méritez (mais ils n’ont nulle envie de participer à ce succès car ils ne vous achètent rien) ou encore l'expression qui me tue : bon courage ! (pas vraiment encourageant). Au chapitre des manipulateurs je ne peux m'empêcher d'ajouter ceux que j'appelle les marionnettes. J'appelle ainsi ceux qui vous disent :-  je fais mon petit tour et je reviendrai vous voir. Rares sont ceux qui reviennent. Un petit tour et puis s'en vont ou alors ils repassent devant votre stand et font mine de ne plus vous voir, rejoignant la catégorie des indifférents. Certains reviennent parfois comme cette dame de retour vers vous après avoir lu votre flyer qui vous demande :-  Combien coûte votre livre ? Les prix sont inscrits sur le flyer mais je réponds quand même poliment en donnant le renseignement demandé. Et cette personne me quitte sur un :-  De toute façon, moi, je ne lis jamais rien, je n'aime pas lire...

 

Ceux qui ne lisent pas sont malheureusement légion : - Moi, je n'aime pas lire ... Réflexion souvent entendue et qui ne laisse pas de m'étonner moi qui adore lire. Réflexion plausible de la part de clients de grande surface (mais pourquoi passent-ils alors par le rayon librairie ?), possible aussi dans les magasins comme club ou cultura dont la vocation n'est pas que de vendre des livres, mais nettement moins compréhensible de la part de visiteurs de salons du livre. Ils me font penser à des végétariens qui iraient admirer les étalages d'une boucherie ou d'une poissonnerie.

 

A l'opposé, j'ai rencontré de grands lecteurs... très sélectifs : - J'aime beaucoup lire et je lis beaucoup mais ici je ne connais pas les auteurs alors je n'achète rien.( justement c'est pour vous les faire connaître qu'on a créé ce salon.) - Je ne lis que les grands auteurs et les auteurs connus (ils ont dû comme moi se faire connaître) - Moi, je ne lis les livres que lorsqu'ils sont en livre de poche...( ok, mais si je ne rencontre que des gens comme ça, il y a peu de chances qu'il se retrouve en livre de poche) Certains avouent leur addiction : J'ai trop lu dans ma vie, j'ai décidé d'arrêter.

 

Les méprisants : comme cette dame qui après avoir lu la quatrième de couverture a déposé le livre avec une petite moue ironique en ajoutant : "Je vois le genre" (je vois ton genre aussi...)

 

Les sympathiques comme ce monsieur qui attend en faisant les cent pas pendant que je dédicace mes livres et qui vient me dire : - Je ne viens pas vous acheter un livre mais je voudrais juste vous souhaiter un joyeux Noël.

 

Les frustrés et les bras cassés : ceux qui vous racontent leurs démêlés avec les éditeurs, les refus auxquels ils ont été confrontés, ou leur peur d'être édités, ou qui vous demandent conseil pour savoir comment vous avez fait pour publier. Ils en profitent pour vous raconter ce qu'ils ont écrit eux-mêmes mais ne vous laissent pas placer un mot à propos des livres que vous présentez... Parmi ces frustrés, les écrivains en puissance qui n'ont jamais rien écrit mais qui détiennent en eux le best-seller si pas le Nobel de littérature :-  Vous savez, moi aussi je pourrais écrire un livre, ma vie est un vrai roman, vous n'imaginez pas tout ce que je pourrais écrire (mais allez-y, pourquoi ne pas le faire ? ) et les voilà qui me racontent leur vie, leurs problèmes, ... et ils vous quittent juste après parfois même sans vous avoir dit au revoir. Vos livres, ils n'en ont rien à cirer car le leur serait beaucoup mieux, ils auraient eu des choses tellement plus intéressantes à dire que celles que vous avez écrites et qu'ils n'ont du coup pas du tout envie de découvrir. Déformation professionnelle, j'écoute toujours les gens me raconter leurs problèmes, et tant qu'à faire je note certains détails dans un coin de ma mémoire, ça peut toujours servir.

 

On entend aussi des commentaires assez drôles ou interpellants.

 

- Mais où avez-vous appris à écrire ? Moi : A l'école madame !

 

Votre livre (Ndlr : Temps de guerre, temps de paix) c'est l'histoire de mon grand père mais lui il n'a pas eu de liaison quand il était prisonnier, dit une dame avec un ton désapprobateur avant de s'éloigner.

 

- Ce roman évoque la vie d'une famille italienne, il est construit au départ des souvenirs de ma famille - Une histoire d'immigrés ? Ca ne m'interesse pas, des migrants y en a trop en Belgique on devrait les expulser ! (Ah si on pouvait expulser les cons ...)

 

- C'est votre photo au dos du livre ? - Oui ! - Ah, alors c'est vous qui l'avez écrit ? (ben oui, autrement je ne vois pas pourquoi ma photo y figurerait)

 

Tous ces livres sur la table, c'est vous qui les avez écrits ? - Oui monsieur. - Ah, donc on peut dire que vous êtes écrivain... - Oui, on peut dire cela. - Merci madame, bonne continuation...

 

Et enfin je ponds aussi mes perles : ainsi au cours d'un salon, j'achète un livre à un auteur, qui m'en a aussi acheté un. Evidemment on se dédicace mutuellement nos livres. Le lendemain, je me rends compte que je me suis trompée de prénom en lui dédicaçant mon livre. Une autre fois, j'ai dit à quelqu'un qu'on pouvait trouver mes livres dans toutes les bonnes pharmacies... ah déformation professionnelle encore et toujours, mais le plus curieux c'est que la personne à qui j'ai répondu cela n'a pas eu l'air étonnée, elle a sûrement fait la conversion elle-même.

 

 

 

 


28/11/2018
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De l'amie prodigieuse à l'enfant perdue : une histoire à n'en plus finir

Une quadrilogie qui raconte la saga de deux amies depuis la tendre enfance jusqu’à l’âge adulte.

Une amitié conflictuelle, ambivalente, profonde et superficielle, émouvante et agaçante, sombre et lumineuse. Le décor est celui de Naples, avec la misère et la promiscuité de ses bas-fonds, la camorra et la corruption. Lina est belle, intelligente et remplie de créativité mais rebelle et cynique. Elle exerce depuis l’enfance une véritable fascination sur Elena (Lenu) qui même lorsqu’elle devient une écrivaine célèbre qui a parcouru une bonne partie du monde continue à entretenir un sentiment d’infériorité par rapport à Lina qui de toute sa vie n’aura connu que Naples.

Mais Lina est pourtant jalouse de Lena, l'écrivaine à succès, qu'elle sait déstabiliser sans grandes difficultés. Chacune est pour l'autre l'amie prodigieuse qu'elle envie.

Il y a tout dans ce roman, et même un peu trop.

La famille, le mariage et les relations adultérines, les couples légitimes et les autres, les enfants désirés ou non et même disparus, l’homosexualité, la violence conjugale et la violence urbaine, l’exploitation ouvrière et le syndicalisme, l’univers estudiantin, le monde de l’édition, le féminisme, la drogue, la politique,  la maladie et la mort.

Il y a tout et son contraire, la pauvreté, la richesse, l'amitié et l'amour mais aussi la haine, la tendresse et le sexe, la promiscuité et la solitude, le succès et l'indifférence.

Autour des deux fillettes, jeunes filles, puis femmes gravite un grand nombre de personnages, trop de personnages, trop de familles qui s’aiment et se déchirent, trop de couples qui se font, se séparent, se retrouvent, s'échangent. 

Et l’histoire de nos deux amies et de leur entourage, évolue sur fond de l’Histoire de l’Italie, de l’après guerre à l’opération mani pulite de la fin du XXe siècle en passant par les années noires du terrorisme.

On se dit que l’auteur aurait pu faire plus court, c’est parfois redondant comme l’est la vie lorsque l’on répète les mêmes erreurs, les mêmes conflits, les mêmes rapprochements. Une histoire fascinante mais parfois lassante comme peut l’être la vie, lorsqu’on attend quelque chose qui ne vient pas, qui ne viendra plus.  

Une histoire lassante et lourde comme les combats menés par Lila et Lenu pour sortir de leur condition, pour se défaire de liens qui semblent inextricables.

Les quatre romans de la série L’amie prodigieuse me font penser à des films comme Ci siamo tanto amati ou encore La meglio gioventu, description tout à la fois sans concession et indulgente de la vie italienne.

Le style est inimitable et incomparable même en version traduite. Peut-être me faudrait-il la relire en version originale... mais je ne sais pas si je trouverai le courage de me replonger dans cette saga, car il y manque un élément : pas une seule note d'humour n'éclaire cette saga, Lenu et Lina ne nous donnent jamais l'occasion de rire ni de sourire, le ton reste pesant et on referme le livre avec un goût amer en bouche, celui de toutes les vies gâchées, des espoirs d'enfant irrémédiablement perdus, même lorsque Lenu retrouve un souvenir de son enfance.

 

D'Elena Ferrante :

L'amie prodigieuse

Un nouveau nom

Celle qui part et celle qui reste

L'enfant perdue

 

 


29/05/2018
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La posologie des sentiments : un excellent roman de Michel Beuvens

Loin des thrillers et romans fantastiques, un roman pourtant fantastique et qui vous donne le frisson par la profondeur des sentiments que l'auteur y exprime dans une posologie graduelle. Le roman commence dans l'univers terne et sans âme d'une administration où règne la routine d'un travail qui ne demande aucune âme et ne permet d'exprimer aucun sentiment hormis l'ennui, la lassitude et qui n'offre de positif qu'une certaine stabilité d'emploi.  Lucien qui vient d'y être engagé observe les membres du personnel dont l'un devient son ami.  La vie de Lucien et son ami est aussi terne que son emploi, il est seul, il fantasme sagement sur les femmes qu'il croise dans son boulot, toutes sauf une dont le comportement et l'aspect physique n'ont rien de désirables, la caricature de la vieille fille aigrie et acariâtre, surnommée la vieille taupe.  La vie routinière de Lucien connaît toutefois un virage grâce à une promotion, une mutation mais aussi un héritage. Grâce à cet héritage, il retrouve un jour au bord de la mer la vieille taupe et le secret de cette dernière... et comme à Saül sur le chemin de Damas, les écailles des préjugés tombent des yeux de Lucien qui  apprend la nécessité d'aller vers ses semblables pour les découvrir au-delà des apparences. Grâce à la vieille taupe, Lucien trouve enfin un sens à son existence. Un très beau roman, puissant, qui aborde la vie, la mort, l'amour, les sentiments, les vrais, les faux, sur fond de ciel marin avec le chant des vagues et l'odeur iodée de la mer.  Si on en faisait un film on le commencerait en mode muet et en noir et blanc et puis progressivement la couleur et la musique s'imposeraient. Un livre rédigé dans un style classique, simple et efficace, et une écriture fluide, sans chercher à éblouir le lecteur par des effets de plumes,   à découvrir pour ceux qui aiment se plonger dans les profondeurs de l'âme humaine.

 

La posologie des sentiments de Michel Beuvens (Editions Chloé des Lys)

 


11/05/2018
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Il y a beaucoup de malades, docteur ?

Voilà une question que nous entendons souvent autour de nous. A l’heure actuelle peu de personnes ne sont pas malades, puisque selon la définition de l’OMS  : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Cette définition part d’une bonne intention, celle qui considère que l’état de santé des individus ne dépend pas que des soins médicaux, mais aussi de décisions socio-politiques. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et une des dérives de cette définition est qu’elle aboutit a contrario à une surmédicalisation de la vie.

L’OMS aurait pu se contenter de définir la santé comme un état de bien-être, déjà difficile à évaluer en soi. Mais l’adjectif « complet » perturbe la donne : à partir de quel moment peut-on dire qu’un état de bien-être est complet, que tous les besoins d’un individu sont totalement satisfaits ?

Les migrants qui fuient la guerre ou la famine sont persuadés que nos pays occidentaux sont un havre de bien-être, ce que démentiront les personnes les plus précarisées de nos régions. Il fut un temps où l’on parlait de « bonne santé » (c’est encore ce que l’on se souhaite au Nouvel An) ou de « mauvaise santé ». Mais si la santé est un état de complet bien-être, elle n’est plus bonne ou mauvaise : elle est ou elle n’est pas.

Et c’est ainsi qu’au lieu de se limiter à parler de droits aux soins pour maintenir un bon état de santé, on en vient à parler de droit à la santé, avec un capital santé à préserver, voire même à augmenter comme tout capital qui se respecte.

Le droit à la santé devient une quête éperdue de mieux-être qui entraîne (du moins dans nos civilisations occidentales favorisées) un glissement des frontières entre le supportable et le non supportable. En pratique de médecine générale, on constate cela au quotidien dans la diminution de la tolérance pour certains mal-être auparavant acceptés, par exemple les phénomènes liés au vieillissement, mais aussi la fatigue liée aux activités. Paradoxalement, ce sont les personnes habitant les états où le système de santé est le mieux développé qui se plaignent le plus.

Dans ce contexte, nous médecins ne pouvons pas nous limiter à soigner seulement les maladies. Nous devons dépister et prévenir tous les facteurs de risque qui limitent le droit à la santé, c’est-à-dire l’accès au bien-être complet. Recommander aux patients un régime de vie et un comportement adapté aux menaces individuelles qui pèsent sur eux doit être au centre de nos interventions. Nous nous retrouvons ainsi à jongler avec les statistiques autour des paramètres vitaux, le plus souvent chiffrés de nos patients : l’âge, la tension artérielle, le poids, la fréquence cardiaque, le sacro-saint cholestérol, le tabagisme exprimé en années-paquets, le nombre d’unités d’alcool consommé… afin d’estimer les risques de maladies à prendre en charge, risques que l’on finit par confondre avec les maladies.

Cette conception d’un droit à une santé indéfiniment perfectible est frustrante tant pour les patients qui ont l’impression que ce droit n’est pas respecté comme il le faudrait et pour les médecins qui ont toujours l’impression de n’en faire jamais assez pour des patients de plus en plus exigeants, sans compter nos dirigeants qui oublient que le coût de ce modèle de santé est indéfini et imprévisible.

« Il y a beaucoup de malades, docteur ? » Trop, dès lors que comme l’écrivait Ivan Illitch : « l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant »

(publié sur http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/il-y-a-beaucoup-de-malades-docteur/article-opinion-34169.html)

 

 

 


11/05/2018
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