Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

Une critique de Temps de guerre, temps de paix par l'auteur Claude Cotard

Claude Cotard
23 h

Temps de Guerre, Temps de Paix. Elide Montesi

Dès le premier chapitre, j'ai l'impression d'être replongé dans une trilogie d'Henri Troyat, que j'avais lu enfant, "les semailles et les moissons".

L'écriture et le style sont sensiblement similaires. C'est fluide et suffisamment accrocheur pour que très vite je parvienne à visualiser les scènes. Comme si je ne lisais plus, mais que j'étais plongé dans un film, sur grand (ou petit) écran !

Mais ce n'est pas du Henri Troyat ! C'est du Élide Montesi.

L'histoire de ces personnages, de ces familles, certaines en Allemagne, d'autres en France, pendant les années de guerre, puis, postérieures, et dont la vie est le jeu de la destinée et du hasard.

À travers l'adversité, la guerre, la paix, ils vont se croiser dans ce qui semble être une prédestination espiègle et facétieuse de la vie.

Personnellement, j'ai accroché très vite, ayant le désir d'en savoir plus. Les personnages sont très attachants !

Ils deviennent vite familiers. Observateurs invisibles, nous sommes témoins de leur état d'âme, de leurs actions.

Nous sommes plongés au coeur de leurs histoires, au milieu d'eux. Les rebondissements et les surprises ne manquent pas non plus ! Et à maintes reprises, nous nous exclamons " mais bien sûr !"...

Elide Montesi nous prend dès le départ par la main et nous conduit, via sa narration, là où elle le désire et parvient bien souvent à nous surprendre malicieusement.

Pour moi, un grand roman qui pourrait faire un très bon film ! J'ai adoré et j'en redemande !

Merci Elide Montesi !

 

 

https://www.facebook.com/claude.cotard1/posts/10216144224175848?comment_id=10216150797980189&reply_comment_id=10216150802820310&notif_id=1523516546209904&notif_t=mentions_comment&ref=notif

 


12/04/2018
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Une mouette bien curieuse, la mer du Nord et une pension-hôtel intrigante... Les soupçons de la mouette, le dernier roman de Marie Meuse

Que peut-on faire lorsqu'on est l'épouse d'un homme qui vous délaisse parce qu'il est plus passionné par Napoléon et ses grognards que par sa femme ? Louise a longtemps hésité et puis un jour, prise de panique parce qu'elle a accidentellement cassé les précieuses statuettes de Napoléon collectionnées par son mari,  elle craque et quitte le domicile conjugal en emmenant Sasha son chat dans un panier et Adrienne son poisson rouge dans un Tupperware. Louise part se réfugier à la mer du Nord, qu'elle appelle la mère du Nord. Elle loue une chambre dans une localité côtière, Flots les bains et s'installe à la Pension-Hôtel Hortense. Dès qu'elle met les pieds dans cet hôtel, Louise va rencontrer des personnages hors du commun qui vont susciter la méfiance de notre protagoniste. Sa curiosité  va l'amener à vivre des situations rocambolesques aux rebondissements multiples et cocasses.

 Sous le ciel aux couleurs variables et au bord d'une mer souvent agitée,  Louise va jouer les détectives et résoudre une intrigue, faire une rencontre qui va la marquer et prendre une décision qui va changer sa vie.  La plume alerte, la verve et l'imagination de Marie Meuse nous entraînent dans cette histoire tragi-comique qui peut sembler légère au premier regard mais qui donne à réfléchir sur la nécessité de trouver un sens à sa vie.  Par moments, l'ambiance qui règne dans la pension-hôtel évoque l'atmosphère des romans d'Agatha Christie mais avec une bonne dose d'humour en plus.

Un roman à ne pas manquer : Les soupçons de la mouette de Marie Meuse publié chez Atramenta

 


18/03/2018
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Critique de mon roman Temps de guerre, temps de paix

Martine Rouhart Chère Elide, j'ai enfin lu "Temps de guerre, Temps de paix" (Acrodacrolivre), pardon de t'avoir tant fait attendre. C'est ton roman que je préfère (jusqu'ici, car je ne doute pas que d'autres suivront). 

Il y a dû y en avoir, de ces couples séparés par la guerre, période pénible imposée où chacun tente, tant bien que mal, de "s'arranger" des circonstances, et qui se retrouvent, avec un petit pan de passé inconnu pour l'autre. Vient alors le temps de se réapprivoiser... Les personnages sont attachants, la musique présente... (on n'en attendait pas moins de la musicienne que tu es), et l'intrigue bien construite. Bravo Elide Montesi

 


12/03/2018
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Double meurtre à Sainte-Rolende, quand le folklore sert le thriller

Vous prenez un serial killer en Harley Davidson recherché par Europol, un profileur avec des dons paranormaux, une jeune enseignante trompée par son petit ami et retrouvée morte, le fantôme d'une jeune fille brûlée vive au 16e siècle pour sorcellerie et qui hante la ville pour jouer les justicières, vous ajoutez un poète wallon du XIXe siècle et un soupçon de peintre impressionniste de la même époque et la même région,  vous mixez avec les marcheurs de l'Entre Sambre et Meuse en période de Pentecôte dans le décor de la ville de Gerpinnes et ses environs(Acoz, Villers Poterie, etc...), vous servez le tout à une équipe de policiers qui va se retrouver avec quatre cadavres au cours d'un même week-end, le tout au son des tambours et des fifres qui résonnent  dans la campagne environnante pour accompagner la châsse de Sainte Rolende.  Voilà un bon thriller aux accents folkloriques et fantasmagoriques : Double meurtre à Sainte-Rolande est un roman de Pierre-Paule Nelis publié chez Gebarts Brumerge. La particularité de ce roman c'est qu'il a fait l'objet d'un film avant d'être publié en livre : La légende de Marie Lineau par Steve Jennequin sur un scenario de Pierre-Paul Nelis. Au casting du film figure Juliette Nothomb, méconnaissable sous son maquillage de sorcière au cours d'une brève apparition dans les bois de Gerpinnes.

 


11/03/2018
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Le carnet de moleskine

Sur un carnet de moleskine éclairé par la lumière tamisée d'une lampe de bureau, court la plume de Denis. Je devrais  plutôt dire que la plume boite car le narrateur raconte sa vie par bribes haletantes comme sa respiration. "Confession confuse d'un homme tourmenté", tourmenté par un secret tellement lourd qu'il a décidé de se tuer lorsqu'il aura raconté des faits vieux de cinquante ans qu'il avoue pour la première fois. L'amitié, l'amour, la passion, le désir de possession... tous les ingrédients d'un drame que l'on ne découvre qu'à la fin du roman. Le carnet de moleskine est un vrai chef d'oeuvre par l'acuité de l'analyse psychologique des personnages, l'intensité dramatique et passionnelle de cette confession et le paradoxe du principal protagoniste auquel on s'attache en dépit de ses actes. On ne saurait le juger puisqu'il se juge lui-même. Au début de la lecture, on pourrait regretter que la fin du roman est déjà annoncée. Mais le suspense réside en réalité dans la progression de l'aveu qui permet de comprendre pourquoi Denis en arrive à se tuer. Un récit court et dense dont on ne sort pas indemne. Une écriture tout en finesse et un style exceptionnel raffiné, des mots simples et percutants. Tous les ingrédients du vrai talent, celui de Carine Geerts.

 

Carine Geerts, Le carnet de moleskine, Gebarts Brumerge (ISBN 9782375440056)

 

 

 

 

 


10/03/2018
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EBM, EBP ... et tutti quanti : (Texte publié dans le Journal du médecin du 09 mars 2018 sous le titre Une avalanche de sigles)

Bientôt trente-sept ans de carrière font de moi désormais un vieux médecin. Lorsque j’ai terminé mes études, j’avais appris que la base de la démarche médicale se fondait sur l’analyse des symptômes anamnestiques et physiques. Après l’anamnèse systémique et puis ciblée au cours de laquelle on récoltait le maximum d’informations concernant les plaintes du patient, venait ensuite l’examen clinique proprement dit avec ses quatre piliers : inspection, palpation, percussion, auscultation dont le résultat ouvrait la porte au diagnostic différentiel et une fois le diagnostic le plus probable envisagé, on pouvait enfin décider du traitement à appliquer, traitement se fondant sur les mécanismes physiopathologiques de la maladie diagnostiquée, l’enseignement reçu de nos maîtres ainsi que sur l’expérience personnelle acquise au fil de notre pratique et notre connaissance personnelle du patient.

Foin de ces pratiques et de ce langage d’une autre époque. La médecine a évolué et le langage médical aussi.

Maintenant, fini ce que d’aucuns appellent l’Eminence based medicine. L’EBM (evidence based medicine) et depuis peu l’EBP (evidence based practice) ont la cote. Des preuves, des preuves, il nous faut des preuves.

La connaissance du patient devient désormais les ICE (Ideas, Concerns, Expectations) et les éléments cliniques sont des données à encoder de manière structurée (SOAP : subjectif, objectif, appréciation et plan) et codifiée en ICD-10- CM avec un logiciel médical agréé. Nous ne définirons notre stratégie thérapeutique qu’après avoir procédé à une recherche dans la littérature médicale en posant une question PICO ((Patient-Intervention-Comparison-Outcome) afin de cibler l’objectif de notre recherche de RCT (randomized controlled trial, ) Pratiquer ensuite un CAT( Critically Appraisal of the Topic) permettra de discerner le vrai du faux. Heureusement, il existe des GPC ou RBP. Ces GPC doivent avoir été validées par le CEBAM avec l’instrument AGREE, qui permet de vérifier si les GPC reposent sur des preuves de bonne qualité axées sur le patient càd au moins une recommandation de force A sur l’échelle SORT (Strenght of RecommendationTaxonomy.) Les GPC et la mise en pratique de l’EBM ou de l’EBP seront évidemment mis régulièrement au programme de nos GLEM au cours desquels nous confronterons notre expérience à celle des autres médecins pour être sûrs que nos pratiques soient conformes aux standards des modèles de soins définis par nos dirigeants pour une meilleure qualité des soins, en réalité dans un souci essentiellement économique.

De la sorte, nous utiliserons de manière efficiente les examens tels que RMN, PETScan, ou dosage du PSA et prescrirons à bon escient et de manière efficiente les NACO pour la FA, les IPP pour le RGO, les IEC pour l’HTA, les AINS dans la PCE, les LABA et CSI pour la BPCO… pour ne citer que quelques exemples.

En fin de consultation, nous enverrons le SUMHER du patient au RSW (pour le sud du pays), pour autant que le patient nous ait donné son EID et son NISS pour que l’on puisse créer un lien ou une relation thérapeutique. Relation thérapeutique ? A vrai dire dans tout ce processus EBM de recherche de preuves formelles reste-t-il de la place pour une médecine basée sur l’ECRS (empathie, confiance, recherche d’un sens )?

 

 


09/03/2018
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Et si on laissait le temps au temps ?

En dépouillant mon courrier du lundi, je trouve des rapports d’un service d’urgence hospitalier pour une patiente. Le premier est daté du samedi, le second du dimanche. La patiente qui a consulté pour une infection ORL et à qui un traitement a été prescrit, est retournée au service des urgences le lendemain parce que sa plainte était toujours présente malgré le traitement… Un autre patient, qui a consulté le médecin généraliste de garde le samedi, me rappelle le lundi, inquiet de ce que le traitement prescrit au cours de la garde ne l’a pas débarrassé totalement de son problème. Ces situations sont banales en service d’urgence et en médecine générale : les gens veulent être guéris et soulagés en un claquement de doigts. Combien de fois me suis-je retrouvée à devoir expliquer à une personne récemment opérée que le fait d’être renvoyée à son domicile le soir de l’intervention ne signifie pas que tout est déjà cicatrisé et qu’elle peut reprendre ses activités directement comme si de rien n’était ?

Dans nos sociétés occidentales, où tout va de plus en plus vite (quitte à ne plus voir vers quoi l’on se dirige, mais c’est un autre sujet), efficacité devient synonyme de rapidité. Pourtant le corps humain lui, fonctionne toujours physiologiquement et métaboliquement de la même manière que celui de nos ancêtres. Pendant longtemps, avant que la médecine ne se fonde sur les sciences exactes ( et loin de moi l’idée de regretter cette évolution car c’est grâce aux sciences exactes, dites dures, que notre science médicale a pu progresser), une grande partie du traitement, en dehors de remèdes empiriques, consistait à mettre le patient au repos, c'est-à-dire au lit, avec des conseils d’alimentation (allant de la diète à la suralimentation) et le malade savait qu’il lui faudrait du temps pour se rétablir. On utilisait même un terme disparu du vocabulaire médical actuel : convalescence, désignant la période de transition entre la fin d’une maladie et de son traitement et la récupération par le malade de ses forces et de son état de santé antérieur. Actuellement les patients espèrent être guéris avant même la fin du traitement, quant à la convalescence, elle est devenue une notion obsolète, incompatible avec notre mode de vie actuel. Le repos est un remède devenu coûteux et que les médecins ne prescrivent plus sans qu’on ne les culpabilise. D’ailleurs, on ne prescrit pas du repos mais une période d’incapacité, càd d’inefficacité pour la société et qui se doit donc d’être la plus courte possible, et s’il n’y en a pas c’est encore mieux. Les durées d’hospitalisation sont de plus en plus brèves et le renvoi au domicile ne tient pas toujours compte des conditions de vie du patient chez lui. Décisions prises par un pouvoir qui ne sait pas comment vivent les gens qu’il gouverne. Les considérations budgétaires jouent un rôle dans la manière de prendre en considération le temps de guérison d’une pathologie.

Lorsqu’on parle du temps en médecine on évoque immanquablement les durées de consultations trop courtes pour le patient, les journées de consultation trop longues pour le médecin. Pourtant la réussite ou l’échec d’un traitement n’implique-t-il pas que l’on prenne le temps d’expliquer au patient que guérir nécessite un certain temps et qu’on puisse lui laisser ce temps ? (Elide Montesi, tribune publiée sur Le journal du médecin du 12 janvier 2018)

http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/quand-efficacite-est-synonyme-de-rapidite/article-opinion-32371.html

 


12/01/2018
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Tant de silences de Philippe De Riemaecker ... un livre qui parle au coeur !

Silence, par définition : absence de sons, absence de discours mais espace pendant lequel les mots sont créés, espace pendant lequel on entend l'autre. La musique, elle aussi, est faite de silences pendant lesquels résonnent les notes précédentes et se préparent les notes qui suivent, et pendant lesquels les instruments qui se taisent écoutent ceux qui leur répondent. Le silence est un espace de création, de méditation, de retour sur soi pour mieux revenir aux autres et certains font voeu de silence pour mieux entendre le monde. Le silence est nécessaire pour le repos de l'âme et corps.  Mais le silence peut être torture lorsqu'on est privé de toute communication, le silence est destructeur s'il est rempli de non-dits, le silence devient coupable si l'on préfère se taire que dénoncer les injustices.  Et tous les hommes sans exception sombrent un jour dans le silence de la mort, en espérant que ce ne sera pas celui de l'oubli.

Tant de silences..., le titre d'un livre de Philippe de Riemaecker. Une histoire aux multiples intrigues dont le silence est le personnage principal : le silence d'un couvent où une religieuse grabataire qui offre le sien en communion avec la souffrance du monde communique par delà le réel, le silence des non-dits et de la douleur d'un homme qui voit ses parents plonger dans le silence de la mort dans une famille déchirée par des conflits, le silence des non-dits au sein d'un couple dont le mari est malade, le silence du secret professionnel, et aussi le silence du désert où chemine un couple d'Iraniens fuyant le régime des Mollah pour tenter de rejoindre l'Occident.  Des intrigues qui semblent n'avoir aucun rapport entre elles, sinon les silences d'une souffrance indicible qui hurle au coeur du lecteur.

Un livre poignant, tout en sensibilité, délicatesse et tendresse, à l'image de son auteur,  qui voyage du coeur de l'Orient à la campagne brabançonne, des églises aux mosquées,  qui réunit le Coran et l'Evangile, un hommage aux hommes de bonne volonté avec une fin en clin d'oeil à une des plus belles traditions occidentales.

A découvrir absolument, ou à offrir pour Noël...

Tant de silences

Philippe De Riemaecker aux éditions encrerouge.fr

 


07/12/2017
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La solitude des étoiles : le dernier roman de Martine Rouhart.

Se plonger dans un roman de Martine Rouhart est toujours un ravissement. On ne peut qu'être séduit par son style élégant, tout en finesse et en délicatesse, mélodieux, empreint de poésie.  

La solitude est d'abord celle de Camille, une femme blessée par la vie, qui évite tout rapport avec les autres depuis la mort de son mari. Assistante vétérinaire, elle ne donne son affection qu'aux animaux qu'elle soigne. Elle ne supporte aucun lien, aucune intrusion dans sa vie terne et sans âme, dont personne ne semble comprendre la souffrance. Jusqu'au jour où elle craque et  elle part loin de son existence solitaire et sans but, pour une retraite en pleine forêt ardennaise. Elle y rencontre alors Theodore, un homme sans domicile fixe. Passant outre  ses premières craintes et ses préjugés, elle laisse ce personnage étrange faire intrusion dans sa vie et s'intéresse de plus en plus à son histoire qu'il lui raconte, note après note comme celles qui sortent de la flûte qui ne le quitte pas. Grace à Théodore, (dont le nom signifie don du ciel) Camille parcourt ainsi un voyage existentiel qui la sort du fond d'elle-même pour la ramener à la vraie vie.

 

Une superbe réflexion sur le sens de la solitude, les relations humaines, la souffrance, plusieurs histoires s'y croisent, celle de Camille, de sa mère, de Theodore, d'une mystérieuse Iris...et tout cela dans le magnifique cadre de la forêt ardennaise aux couleurs d'automne, sous la pluie ou dans la neige et sous le regard des étoiles qui là-haut se croisent et se rencontrent dans leur solitude infinie.

 

La solitude des étoiles, par Martine Rouhart aux Editions Murmures du soir

 


05/12/2017
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Médecin généraliste, catégorie à part (Tribune, Le journal du médecin, 2516, 3/11/2017)

Les médecins généralistes sont vraiment une catégorie à part de la profession médicale. Alors que l’évolution de la médecine spécialisée se fait dans le sens d’une technicité de plus en plus poussée avec une hyperspécialisation organique qui fait craindre bientôt des ORL spécialistes de l’oreille interne gauche et d’autres de l’oreille interne droite, le généraliste porte de mieux en mieux son nom.

Nous gérons en effet des patients porteurs de polypathologies, le plus souvent polymédiqués, et nécessitant des soins multiples. Notre rôle de soignant en tant que généraliste ne consiste pas à traiter un organe ou une partie d’organe, mais il implique une prise en charge du patient qui tienne compte de tous les facteurs : physiologiques, psychologiques, mais aussi environnementaux, sociétaux, anthropologiques. Cela nécessite de notre part un lourd investissement en temps, en énergie, en communications chronophages avec tous les intervenants médicaux et aussi sociaux, souvent pour un résultat peu conséquent, voire même sans résultats. Le médecin généraliste est un Sysiphe doublé d’un Don Quichotte.  

Et cerise amère sur un gâteau qui ne l’est parfois pas moins, être médecin généraliste, c’est aussi remplir une fonction administrative. Que ne pestons-nous pas contre cette paperasse, réelle ou de plus en plus souvent informatisée, qui envahit notre temps de consultation et le temps d’après ?   Voilà un rôle dont nous nous passerions bien, parce qu’il n’est pas « soignant » au sens où nous comprenons l’acte de soigner, parce qu’il n’est pas médical au sens où nous entendons la pratique médicale. Un rôle que l’on nous impose, que nous subissons à contrecœur et dont nous avons l’impression qu’il est dévalorisant pour la profession médicale. Pourtant, dernièrement, j’ai entendu un jour une patiente dire : « Je ne comprends pas pourquoi les médecins sont toujours de mauvaise humeur quand nous arrivons avec des papiers à remplir. C’est aussi une manière de s’occuper de leurs patients, non ? »

Certes, je continuerai toujours à m’insurger contre la bureaucratie tatillonne et kafkaïenne et toute simplification administrative est la bienvenue. Mais la réflexion de cette patiente a éclairé d’un jour nouveau mon rôle administratif que je jugeais méprisable et de seconde zone par rapport à mon noble rôle de médecin. Cette patiente n’a pas tort lorsqu’elle dit que remplir un document pour un patient c’est encore et toujours prendre soin de lui. Nous ne sommes pas moins médecins ou soignants lorsque nous remplissons un certificat, une demande de voiturette pour une personne atteinte d’un lourd handicap, lorsque nous introduisons une demande de remboursement pour un médicament, lorsque nous remplissons une demande de reconnaissance de handicap ou un dossier pour le CARA que lorsque nous pratiquons un examen clinique, un ECG, une spirométrie ou une suture, ou lorsque nous l’écoutons nous parler de son vécu. S’occuper de toute cette bureaucratie, rébarbative et fastidieuse, s’inscrit bien pour le médecin généraliste dans cette prise en charge du patient dans sa globalité. (Elide Montesi, 24 octobre 2017)

 


03/11/2017
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Critiques de mon dernier livre et le lien vers une interview par le même journaliste

Temps de Guerre, Temps de Paix – Elide MONTESI ISDN : 9782930756950 (éditions Acrodacrolivres)

 

Disons-le d’emblée, Elide Montesi est un(e) écrivain(e) belge qui mérite toute notre attention.  Femme réservée,  mais qui, si l'on a la chance de la surprendre à raconter l’Histoire, nous fait rapidement oublier le tumulte qui nous entoure.

Une femme passionnante et passionnée, que du bonheur !

L’Histoire, la Guerre ?  Que n’a-t-on pas écrit sur le sujet qui mérite notre curiosité ?  Sans vouloir éluder la question, je vous invite à vous plonger dans « Temps de Guerre, Temps de Paix ».  

Elide Montesi nous accroche par une simple interrogation ; comment les couples, quand l’un des deux conjoints se retrouvait prisonnier de guerre, ont-ils pu vivre la séparation pouvant s’étaler sur une période de cinq ans en ce qui concerne la guerre 1940-1945 ?  Certes, en temps de paix l’emprisonnement existe, reconnaissons cependant que le contexte ne porte pas à comparaison.  Un prisonnier de guerre ignore la date de sa libération.  Ainsi, au sentiment d’échec, de déchéance, s’ajoute une forme de torture psychologique.  Il est évident que l’amour était soumis à rude épreuve, chacun s’arrangera de ce célibat forcé en fonction des circonstances.  Cinq ans, ce n’est pas rien, c’est comme un pan de vie volé, un long fleuve d’intimité que rien ni personne ne pourra vous restituer.  Je ne vous ferai pas l’injure de vous dévoiler l’intrigue, ce livre mérite d’être lu.  Personnellement, je l’ai apprécié comme une sorte de glace à l’italienne.  Vous savez, ces cornets colorés qui découvrent des parfums inattendus et se dévorent avec avidité.  Je ne vous parle pas d’industriel, vous l’aurez compris, et si j’ose la comparaison c’est que ce roman se lit avec délectation.  Lire Elide Montezi, s’est se laisser aspirer en dehors de la réalité pour vibrer en compagnie des personnages qu’elle met en scène.  Guerre, séparation, amour, reconstruction.  Beaucoup d’interrogations  exprimées ou sous-entendues sur la question des blessures invisibles, ces couples brisés, ces prisonniers que l’on déconsidère, car pour nos civilisations la gloire se dévoile sous le feu des champs de bataille, rarement sous l’ombre des barbelés.  Du propre aveu de l’auteur(e), l’idée de ce roman est née faisant suite à la découverte d’une photo et d’un document cachés sous la couverture d’une partition.  C’est ce que j’admire chez Élide, ce côté positif et profondément humain.  Cette sensibilité particulière (en raison de ses racines ?), qui lève un petit coin de voile sur ce que l’Histoire semble occulter.

Cinq ans de séparation…  Après le plaisir des premiers regards vient le temps de se ré-apprivoiser.  Vous, vous êtes revenus vivant… Personne ne vous juge, vous n’en pensez pas moins surtout, oui surtout, quand vos yeux effleurent les noms gravés dans la pierre des monuments aux morts. Chaque prénom tremble  comme une accusation. 

Un roman écrit avec sensibilité.  Que puis-je ajouter de plus ?  La guerre est une machine qui n’épargne personne.   On fait chanter le clairon pour saluer les morts, rien de plus normal.  On distingue les héros, on écrit l’Histoire des batailles gagnées ou perdues, mais, oui mais, se souvient-on des ablations de liberté ?

Étrange ségrégation que de minimiser les meurtrissures provoquées par l’emprisonnement, il serait profondément injuste de les ignorer sous l’éclat des médailles.  Oui, sans la moindre hésitation, ce livre mérite notre curiosité.

 

 https://www.podcastgarden.com/episode/les-fruits-de-ma-passion_104808

 


12/09/2017
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"Mai 68, c'était déjà nous !" (Il n'y a plus de vieillesse, par Gilles Horiac)

La vieillesse, la vie et même la fin de vie dans les maisons de retraite, voilà des thèmes qui semblent chargés de nostalgie, de tristesse.  Mais l'auteur, Gilles Horiac, décrit cet univers déprimant avec beaucoup d'humour, parfois décapant, une grande tendresse, plein d'optimisme, bon sens et sérénité. Dans Il n'y a plus de vieillesse, il met en scène quatre personnes qui derrière leurs rides et leurs cheveux blancs ont gardé intacte leur jeunesse. Il y a Alain, un ancien truand, Béatrice, qui dirigeait un restaurant, Bernadette, qui était médecin et Georges, un ancien chanteur.  Et comme ils sont de la génération qui ont fait mai 68, ils rassemblent leur énergie et leur amour pour la vie et se démènent pour améliorer le monde qui les entoure.  Sous la plume alerte et stylée de Gilles, les protagonistes vont vivre des aventures que leur entrée en maison de retraite ne pouvait laisser deviner : le sauvetage d'un site naturel, un dîner offert à des SDF dans un restaurant de luxe, l'organisation d'un mariage gay dans le jardin de la maison de retraite, l'enregistrement d'un disque dont les royalties leur permettent de sauver une maison de retraite moins bien lotie que la leur. Autour d'eux gravite le personnel de la seniorie avec la directrice autoritaire et infantilisante, la sous-directrice qui révèle sa vraie personnalité à la fin du roman, les infirmières et aide-soignantes plus ou moins empathiques, sans oublier les familles des résidents et la participation de la reine Mathilde. Un livre tout à la fois  drôle et sensible mais qui par l'humour dénonce l'infantilisation des personnes âgées, le manque de subsides alloués aux maisons de retraite "sociales", la médicalisation excessive qui pour ajouter des années à la vie, supprimerait les plaisirs de la vie. Ca me rappelle un peu le film Home sweet Home de Benoît Lamy (1973) ou plus récemment le film Les souvenirs de Jean-Paul Rouve. Un livre à découvrir absolument,

Il n'y a plus de vieillesse de Gilles Horiac est publié aux 180e éditions,

 


12/09/2017
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Médecin et écrivain, comment est-ce possible ? (Tribune du Journal du médecin du 01/09/2017)

Voici plusieurs années déjà, je m’étais amusée de l’étonnement manifesté par un de nos enfants, quelques semaines après être entré en classe maternelle, lorsqu’il avait rencontré son institutrice en train de se promener dans le même endroit que nous. Nous lui avions expliqué alors que sa maîtresse d’école avait une vie en dehors de son travail, une maison, une famille, des amis et des loisirs.

J’évoque cette anecdote parce que j’éprouve le même amusement lorsqu’au cours des salons où j’expose mes toiles ou présente mes livres, j’entends des visiteurs s’étonner du fait que j’écris et que je peins alors que je suis médecin généraliste toujours en activité. La question : «Mais comment trouvez-vous le temps d’écrire ou de peindre avec une profession si prenante ? » est souvent posée par mes interlocuteurs du moment, parfois sur un ton où je sens comme un peu de réprobations à l’idée que ce temps consacré à mes hobbies, je l’enlève à mes patients. Je suis alors partagée entre l’amusement et la contrariété en constatant que ces personnes ne voient plus en moi l’auteur ou le peintre que je leur montre, mais exclusivement un médecin qui se dévoie sur des chemins de traverse qui seraient incompatibles avec la voie professionnelle. Amusement parce que je me retrouve comme avec mes enfants à devoir expliquer que ma vie ne se résume pas à ma profession et que j’aime à mettre en pratique ma créativité autrement comme cela est le cas aussi pour bon nombre de mes consoeurs et mes confrères.

Mon sentiment de contrariété vient du fait que, dans cette interrogation quant à la difficulté voire l’impossibilité pour un médecin de pouvoir se consacrer à autre chose qu’à sa profession, on voit que la représentation la plus populaire est celle du médecin qui ne vivrait jour et nuit qu'avec son stéthoscope au cou et le téléphone à l’oreille, consacrant sa vie et son temps à ses patients et ne s’accordant aucun repos, aucune distraction. Bref, nombreux sont encore ceux qui considèrent que la médecin ne peut être qu’un sacerdoce dévorant. N’est-il pas effrayant de constater que le médecin dans l’imaginaire collectif est celle finalement d’un individu débordé, proche du burn-out voire déjà en plein burn-out ?

« Medice, cura te ipsum » : s’il veut vraiment être utile, un médecin se doit de prendre d’abord soin de lui-même, en veillant à garder un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée, entre travail et loisirs. La pratique d’un art sous quelque forme que ce soit, le sport, les activités en rapport avec la nature, la musique, la lecture (autre que celle de la littérature médicale si bonne soit-elle), le partage d’activités avec sa famille sont autant de moyens nécessaires pour nous soigner, évacuer la pression de notre travail qui nous plonge quotidiennement dans une réalité douloureuse. Justement parce que notre profession est prenante, exigeante et lourde, nous avons besoin de soupapes de sécurité, d’aires de détente sur notre parcours. On nous impose une formation complémentaire pour maintenir nos compétences professionnelles, heures de formation qui empiètent sur nos heures de loisirs et de repos, au risque d’en faire bondir certains, ne pourrait-on nous « imposer » de prouver que nous avons un hobby quelconque ?

Nous, médecins, abordons l’humanité quasi exclusivement par le biais de sa fragilité, de ses blessures, de ses dysfonctionnements, au risque de ne plus voir l’être humain que comme un malade présent ou à venir. N’est-ce pas important pour appréhender nos patients dans leur globalité que nous prenions le temps de partager des activités qui nous les font rencontrer autrement que comme simplement des patients justement ? Et en conséquence, nous prouvons ainsi que nous sommes nous aussi des êtres humains à part entière, qui vivent en dehors de leur cabinet médical, qui savent faire autre chose que la pratique de la médecine. Le besoin de nous ressourcer ne se limite pas seulement à quelques jours ou quelques semaines de vacances annuelles, il est nécessaire d’avoir notre ballon d’oxygène tous les jours à notre portée. Respecter ce besoin vital me semble capital pour la survie de notre profession.

http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/medecin-generaliste-et-ecrivain-comment-est-ce-possible/article-opinion-30601.html

 


01/09/2017
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Patricia Duterne, l'auteur qui entend le murmure du papillon

"Nul ne guérit de son enfance" chantait Jean Ferrat.  Le héros de ce roman de Patricia Duterne ne fait pas exception.  Marié à une femme adorable et amoureuse, père d'un petit garçon, a la tête de sa propre entreprise, Victor a tout de l'homme moderne et comblé par la vie. Et pourtant Victor est hanté par une promesse qu'il a faite à son amie Louise avec laquelle il a partagé des vacances qui auraient pu être un des souvenirs les plus agréables de son enfance sans justement cette promesse, qui, faite au cours du moment douloureux que constitue la séparation de ses parents, prend des proportions telles qu'elle rendra taboue toute évocation de cette période de sa vie. Ces souvenirs d'enfance sont finalement pour Victor aussi effrayants que les papillons qui le terrorisaient enfant. Un jour, le hasard (mais est-ce vraiment le hasard ?) lui fait rencontrer une petite fille dont le visage fait rejaillir le volcan des émotions refoulées.  

Le lecteur voyage entre le temps des rêves de l'enfance et la vie quelque part à l'âge adulte. Les chapitres consacrés à l'enfance, en particulier ceux des vacances chez les grands-parents ne sont pas sans rappeler l'ambiance des histoires de la bibliothèque rose ou les vacances de la Comtesse de Ségur, entre les pique-nique secrets au bord de l'étang, les jeux de carte sous le lit pendant l'orage, les crêpes préparées par Mamy et Papy qui collectionne les papillons. Mais la ressemblance s'arrête là tant l'atmosphère est lourde, remplie d'angoisses cristallisées autour de ce Sphynx à tête de mort, qui annonce la mort, celles des rêves de l'enfant détruits par les disputes parentales. Le temps des rêves et la vie à l'âge adulte se télescopent brutalement lorsque le destin de Victor croise un jour celui plus tragique  de son amie. 

Un très beau roman, qui fait penser à Peter Pan, non pas celui de Walt Disney mais le personnage original de J.M. Barrie, cet enfant qui ne veut ni grandir ni se souvenir. Tout comme Peter Pan se rabat sur l'enfant de Wendy lorsqu'il voit que Wendy a grandi, Victor s'attache à un enfant dont il croise le destin. Le personnage présente de nombreux symptômes du syndrome de Peter Pan décrit en psychologie : isolement, angoisses, fausses fiertés, insatisfaction, apitoiement sur soi, difficultés à gérer leurs émotions...

Une belle écriture fluide, un style simple et élégant, l''histoire est très bien construite avec ces aller et retour entre présent et passé et les personnages sont très bien décrits, attachants.

Le murmure du papillon, une histoire troublante, un livre que je vous recommande par Patricia Duterne aux Editions Acrodacrolivres

 

 


31/05/2017
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Les risques du métier(article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Les risques du métier (article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Le Conseil de l’Ordre des médecins nous invite à participer à une enquête intitulée « La violence à l’encontre des médecins au sein de la relation médecin-patient ».

Cette enquête a pour but de recueillir des informations quant à la prévalence des types de violences à l’égard des médecins (…)

Un questionnaire entièrement et correctement rempli vous donnera un point d’accréditation en Éthique et Économie. »

En lisant la communication de l’Ordre des médecins, je n’ai pu manquer de me sentir interpellée

par le fait que répondre à ce questionnaire permet de gagner un point d’accréditation.

Le Conseil de l’ordre suppose donc que notre sécurité nous est tellement indifférente qu’il faille nous motiver par des points d’accréditation

pour répondre à leur questionnaire.

Cette initiative prouve en tout cas la volonté d’une de nos instances supérieures de prendre au sérieux notre sécurité au travail.

Il est temps enfin de reconnaître que nous généralistes pratiquons un métier à risque : violences verbales, menaces, intimidations,

coups et blessures, violences sexuelles et même meurtres, comme celui dont a été victime notre regretté confrère Patrick Roelandt.

Des mesures de précaution sont-elles cependant vraiment possibles ?

Nous pratiquons une profession dont la pierre angulaire est une relation de confiance entre deux personnes.  

Or, qui dit vigilance implique aussi méfiance. Par exemple, lever le secret concernant le casier judiciaire d’un patient est une mesure certes utile d’un point de vue sécuritaire,

mais ne risque-t-elle pas de nuire à la qualité des soins en modifiant, fut-ce inconsciemment, le regard que nous porterons sur ces patients ?

Et lorsque nous saurons que tel patient est un repris de justice potentiellement dangereux, quelle suite faudra-t-il donner à cette information ?

Se faire accompagner d’un policier au cours d’une visite à domicile le concernant ? Porter un gilet pare-balle, suivre des cours d’autodéfense (éventuellement accrédités) ?

Lors des déplacements en garde de nuit, en ce qui concerne notre rôle de garde, nous avons le privilège d’être accompagnés d’un chauffeur

qui a mission d’entrer avec nous au domicile du patient.

Certes, les déplacements sont rendus plus agréables par la présence réconfortante de ces auxiliaires au demeurant très sympathiques.

On peut s’interroger toutefois quant à l’atteinte à la confidentialité que constitue leur présence.

Ils savent se faire discrets, restent souvent dans la pièce voisine ou dans le hall et je ne mets pas en doute leur capacité à taire ce qu’ils ont surpris de la consultation.

Mais d’une part, ils ne sont pas armés, et d’autre part leur présence serait-elle vraiment dissuasive pour un forcené armé et

ne courraient-ils pas autant de risques que nous  s’ils cherchaient à s’interposer ?  

Par ailleurs, nous ne disposons d’un chauffeur que pour le service de nuit, en journée, nous restons livrés à nous-mêmes.

Si nous sommes peut-être statistiquement plus à risque de subir une agression la nuit, elles ne sont pas exclues pendant le jour…

même de la part de patients que nous connaissons pourtant bien.

Au cabinet, nous bénéficions de plus de sécurité : bip d’appel personnel, système de télévigilance et caméras de surveillance, la technologie nous assure une protection relative.

Relative, car même si elle peut avoir un effet dissuasif, elle ne nous met pas à l’abri d’un mauvais coup.

Au-delà des moyens de protection tels que système d’alarme, chauffeurs, et autodéfense, au-delà de la déclaration de toutes les agressions que nous subissons,

nous pouvons aussi nous former à la gestion des conflits pour désamorcer toutes les situations susceptibles de déraper en occasion de violences verbales et de manque de respect.

Tiens, respect : voilà le mot-clef qui arrive.

Notre profession est victime d’un manque de respect de plus en plus flagrant non seulement de la part de certains patients, mais aussi de la part de nos dirigeants.

Comment voulez-vous que les gens aient de la considération et du respect pour une profession aussi décriée que la nôtre ?

On n’arrête pas de renvoyer de nous, non l’image de personnes qui consacrent leur temps et leur vie (parfois au sens propre) pour aider et soulager les patients,

mais le plus souvent celle de gens qui prescrivent trop ou trop peu et de toute façon toujours mal, qui dépensent sans réfléchir l’argent de la sécurité sociale,

qui font trop de certificats à mauvais escient, que l’on doit contrôler en permanence, qui doivent toujours se justifier

et à qui il faut régulièrement rappeler comment ils doivent faire leur métier …

Nous nous adressons aux pouvoirs publics pour qu’ils prennent des mesures pour limiter la violence dont certains d’entre nous sont victimes

alors même que nos instances dirigeantes nous font violence tous les jours.

Et enfin si nous nous respections plus et mieux d’abord nous-mêmes ?

Pourquoi notre profession ne pose-t-elle aucun geste fort lorsqu’un l’un des nôtres se fait trucider ?

Pourquoi n’y a-t-il eu aucun mot d’ordre de grève, même brève, aucune marche blanche ni manifestation publique de solidarité

(autre que l’invitation à faire nos consultations avec un brassard noir) lorsque par exemple notre confrère Patrick Roelandt s’est fait égorger par un patient ?

On critique les chauffeurs de TEC qui débraient au moindre pet de canard, mais au moins font-ils preuve de solidarité et expriment-ils ainsi leur volonté d’être mieux considérés.

Nous, médecins ne bougeons pas, jamais ou trop peu, quelques réactions sur les forums médicaux, dans nos journaux professionnels pour dénoncer les pouvoirs publics qui ne font rien

et puis c’est tout, l’indignation retombe comme un mauvais soufflé.

Nous acceptons dans l’indifférence que notre profession devienne un métier à risque.

L’Ordre des médecins l’a bien compris d’ailleurs puisqu’il pense que pour nous motiver à répondre à son enquête, il doit nous offrir des points d’accréditation…

L'indifférence à notre propre égard n’est-elle pas finalement la cause la plus violente de toutes les agressions que nous subissons ?

 


28/04/2017
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