Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

Tant de silences de Philippe De Riemaecker ... un livre qui parle au coeur !

Silence, par définition : absence de sons, absence de discours mais espace pendant lequel les mots sont créés, espace pendant lequel on entend l'autre. La musique, elle aussi, est faite de silences pendant lesquels résonnent les notes précédentes et se préparent les notes qui suivent, et pendant lesquels les instruments qui se taisent écoutent ceux qui leur répondent. Le silence est un espace de création, de méditation, de retour sur soi pour mieux revenir aux autres et certains font voeu de silence pour mieux entendre le monde. Le silence est nécessaire pour le repos de l'âme et corps.  Mais le silence peut être torture lorsqu'on est privé de toute communication, le silence est destructeur s'il est rempli de non-dits, le silence devient coupable si l'on préfère se taire que dénoncer les injustices.  Et tous les hommes sans exception sombrent un jour dans le silence de la mort, en espérant que ce ne sera pas celui de l'oubli.

Tant de silences..., le titre d'un livre de Philippe de Riemaecker. Une histoire aux multiples intrigues dont le silence est le personnage principal : le silence d'un couvent où une religieuse grabataire qui offre le sien en communion avec la souffrance du monde communique par delà le réel, le silence des non-dits et de la douleur d'un homme qui voit ses parents plonger dans le silence de la mort dans une famille déchirée par des conflits, le silence des non-dits au sein d'un couple dont le mari est malade, le silence du secret professionnel, et aussi le silence du désert où chemine un couple d'Iraniens fuyant le régime des Mollah pour tenter de rejoindre l'Occident.  Des intrigues qui semblent n'avoir aucun rapport entre elles, sinon les silences d'une souffrance indicible qui hurle au coeur du lecteur.

Un livre poignant, tout en sensibilité, délicatesse et tendresse, à l'image de son auteur,  qui voyage du coeur de l'Orient à la campagne brabançonne, des églises aux mosquées,  qui réunit le Coran et l'Evangile, un hommage aux hommes de bonne volonté avec une fin en clin d'oeil à une des plus belles traditions occidentales.

A découvrir absolument, ou à offrir pour Noël...

Tant de silences

Philippe De Riemaecker aux éditions encrerouge.fr

 


07/12/2017
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La solitude des étoiles : le dernier roman de Martine Rouhart.

Se plonger dans un roman de Martine Rouhart est toujours un ravissement. On ne peut qu'être séduit par son style élégant, tout en finesse et en délicatesse, mélodieux, empreint de poésie.  

La solitude est d'abord celle de Camille, une femme blessée par la vie, qui évite tout rapport avec les autres depuis la mort de son mari. Assistante vétérinaire, elle ne donne son affection qu'aux animaux qu'elle soigne. Elle ne supporte aucun lien, aucune intrusion dans sa vie terne et sans âme, dont personne ne semble comprendre la souffrance. Jusqu'au jour où elle craque et  elle part loin de son existence solitaire et sans but, pour une retraite en pleine forêt ardennaise. Elle y rencontre alors Theodore, un homme sans domicile fixe. Passant outre  ses premières craintes et ses préjugés, elle laisse ce personnage étrange faire intrusion dans sa vie et s'intéresse de plus en plus à son histoire qu'il lui raconte, note après note comme celles qui sortent de la flûte qui ne le quitte pas. Grace à Théodore, (dont le nom signifie don du ciel) Camille parcourt ainsi un voyage existentiel qui la sort du fond d'elle-même pour la ramener à la vraie vie.

 

Une superbe réflexion sur le sens de la solitude, les relations humaines, la souffrance, plusieurs histoires s'y croisent, celle de Camille, de sa mère, de Theodore, d'une mystérieuse Iris...et tout cela dans le magnifique cadre de la forêt ardennaise aux couleurs d'automne, sous la pluie ou dans la neige et sous le regard des étoiles qui là-haut se croisent et se rencontrent dans leur solitude infinie.

 

La solitude des étoiles, par Martine Rouhart aux Editions Murmures du soir

 


05/12/2017
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Médecin généraliste, catégorie à part (Tribune, Le journal du médecin, 2516, 3/11/2017)

Les médecins généralistes sont vraiment une catégorie à part de la profession médicale. Alors que l’évolution de la médecine spécialisée se fait dans le sens d’une technicité de plus en plus poussée avec une hyperspécialisation organique qui fait craindre bientôt des ORL spécialistes de l’oreille interne gauche et d’autres de l’oreille interne droite, le généraliste porte de mieux en mieux son nom.

Nous gérons en effet des patients porteurs de polypathologies, le plus souvent polymédiqués, et nécessitant des soins multiples. Notre rôle de soignant en tant que généraliste ne consiste pas à traiter un organe ou une partie d’organe, mais il implique une prise en charge du patient qui tienne compte de tous les facteurs : physiologiques, psychologiques, mais aussi environnementaux, sociétaux, anthropologiques. Cela nécessite de notre part un lourd investissement en temps, en énergie, en communications chronophages avec tous les intervenants médicaux et aussi sociaux, souvent pour un résultat peu conséquent, voire même sans résultats. Le médecin généraliste est un Sysiphe doublé d’un Don Quichotte.  

Et cerise amère sur un gâteau qui ne l’est parfois pas moins, être médecin généraliste, c’est aussi remplir une fonction administrative. Que ne pestons-nous pas contre cette paperasse, réelle ou de plus en plus souvent informatisée, qui envahit notre temps de consultation et le temps d’après ?   Voilà un rôle dont nous nous passerions bien, parce qu’il n’est pas « soignant » au sens où nous comprenons l’acte de soigner, parce qu’il n’est pas médical au sens où nous entendons la pratique médicale. Un rôle que l’on nous impose, que nous subissons à contrecœur et dont nous avons l’impression qu’il est dévalorisant pour la profession médicale. Pourtant, dernièrement, j’ai entendu un jour une patiente dire : « Je ne comprends pas pourquoi les médecins sont toujours de mauvaise humeur quand nous arrivons avec des papiers à remplir. C’est aussi une manière de s’occuper de leurs patients, non ? »

Certes, je continuerai toujours à m’insurger contre la bureaucratie tatillonne et kafkaïenne et toute simplification administrative est la bienvenue. Mais la réflexion de cette patiente a éclairé d’un jour nouveau mon rôle administratif que je jugeais méprisable et de seconde zone par rapport à mon noble rôle de médecin. Cette patiente n’a pas tort lorsqu’elle dit que remplir un document pour un patient c’est encore et toujours prendre soin de lui. Nous ne sommes pas moins médecins ou soignants lorsque nous remplissons un certificat, une demande de voiturette pour une personne atteinte d’un lourd handicap, lorsque nous introduisons une demande de remboursement pour un médicament, lorsque nous remplissons une demande de reconnaissance de handicap ou un dossier pour le CARA que lorsque nous pratiquons un examen clinique, un ECG, une spirométrie ou une suture, ou lorsque nous l’écoutons nous parler de son vécu. S’occuper de toute cette bureaucratie, rébarbative et fastidieuse, s’inscrit bien pour le médecin généraliste dans cette prise en charge du patient dans sa globalité. (Elide Montesi, 24 octobre 2017)

 


03/11/2017
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Une critique de mon dernier livre et le lien vers une interview par le même journaliste

Temps de Guerre, Temps de Paix – Elide MONTESI ISDN : 9782930756950 (éditions Acrodacrolivres)

 

Disons-le d’emblée, Elide Montesi est un(e) écrivain(e) belge qui mérite toute notre attention.  Femme réservée,  mais qui, si l'on a la chance de la surprendre à raconter l’Histoire, nous fait rapidement oublier le tumulte qui nous entoure.

Une femme passionnante et passionnée, que du bonheur !

L’Histoire, la Guerre ?  Que n’a-t-on pas écrit sur le sujet qui mérite notre curiosité ?  Sans vouloir éluder la question, je vous invite à vous plonger dans « Temps de Guerre, Temps de Paix ».  

Elide Montesi nous accroche par une simple interrogation ; comment les couples, quand l’un des deux conjoints se retrouvait prisonnier de guerre, ont-ils pu vivre la séparation pouvant s’étaler sur une période de cinq ans en ce qui concerne la guerre 1940-1945 ?  Certes, en temps de paix l’emprisonnement existe, reconnaissons cependant que le contexte ne porte pas à comparaison.  Un prisonnier de guerre ignore la date de sa libération.  Ainsi, au sentiment d’échec, de déchéance, s’ajoute une forme de torture psychologique.  Il est évident que l’amour était soumis à rude épreuve, chacun s’arrangera de ce célibat forcé en fonction des circonstances.  Cinq ans, ce n’est pas rien, c’est comme un pan de vie volé, un long fleuve d’intimité que rien ni personne ne pourra vous restituer.  Je ne vous ferai pas l’injure de vous dévoiler l’intrigue, ce livre mérite d’être lu.  Personnellement, je l’ai apprécié comme une sorte de glace à l’italienne.  Vous savez, ces cornets colorés qui découvrent des parfums inattendus et se dévorent avec avidité.  Je ne vous parle pas d’industriel, vous l’aurez compris, et si j’ose la comparaison c’est que ce roman se lit avec délectation.  Lire Elide Montezi, s’est se laisser aspirer en dehors de la réalité pour vibrer en compagnie des personnages qu’elle met en scène.  Guerre, séparation, amour, reconstruction.  Beaucoup d’interrogations  exprimées ou sous-entendues sur la question des blessures invisibles, ces couples brisés, ces prisonniers que l’on déconsidère, car pour nos civilisations la gloire se dévoile sous le feu des champs de bataille, rarement sous l’ombre des barbelés.  Du propre aveu de l’auteur(e), l’idée de ce roman est née faisant suite à la découverte d’une photo et d’un document cachés sous la couverture d’une partition.  C’est ce que j’admire chez Élide, ce côté positif et profondément humain.  Cette sensibilité particulière (en raison de ses racines ?), qui lève un petit coin de voile sur ce que l’Histoire semble occulter.

Cinq ans de séparation…  Après le plaisir des premiers regards vient le temps de se ré-apprivoiser.  Vous, vous êtes revenus vivant… Personne ne vous juge, vous n’en pensez pas moins surtout, oui surtout, quand vos yeux effleurent les noms gravés dans la pierre des monuments aux morts. Chaque prénom tremble  comme une accusation. 

Un roman écrit avec sensibilité.  Que puis-je ajouter de plus ?  La guerre est une machine qui n’épargne personne.   On fait chanter le clairon pour saluer les morts, rien de plus normal.  On distingue les héros, on écrit l’Histoire des batailles gagnées ou perdues, mais, oui mais, se souvient-on des ablations de liberté ?

Étrange ségrégation que de minimiser les meurtrissures provoquées par l’emprisonnement, il serait profondément injuste de les ignorer sous l’éclat des médailles.  Oui, sans la moindre hésitation, ce livre mérite notre curiosité.

 

 https://www.podcastgarden.com/episode/les-fruits-de-ma-passion_104808

 


12/09/2017
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"Mai 68, c'était déjà nous !" (Il n'y a plus de vieillesse, par Gilles Horiac)

La vieillesse, la vie et même la fin de vie dans les maisons de retraite, voilà des thèmes qui semblent chargés de nostalgie, de tristesse.  Mais l'auteur, Gilles Horiac, décrit cet univers déprimant avec beaucoup d'humour, parfois décapant, une grande tendresse, plein d'optimisme, bon sens et sérénité. Dans Il n'y a plus de vieillesse, il met en scène quatre personnes qui derrière leurs rides et leurs cheveux blancs ont gardé intacte leur jeunesse. Il y a Alain, un ancien truand, Béatrice, qui dirigeait un restaurant, Bernadette, qui était médecin et Georges, un ancien chanteur.  Et comme ils sont de la génération qui ont fait mai 68, ils rassemblent leur énergie et leur amour pour la vie et se démènent pour améliorer le monde qui les entoure.  Sous la plume alerte et stylée de Gilles, les protagonistes vont vivre des aventures que leur entrée en maison de retraite ne pouvait laisser deviner : le sauvetage d'un site naturel, un dîner offert à des SDF dans un restaurant de luxe, l'organisation d'un mariage gay dans le jardin de la maison de retraite, l'enregistrement d'un disque dont les royalties leur permettent de sauver une maison de retraite moins bien lotie que la leur. Autour d'eux gravite le personnel de la seniorie avec la directrice autoritaire et infantilisante, la sous-directrice qui révèle sa vraie personnalité à la fin du roman, les infirmières et aide-soignantes plus ou moins empathiques, sans oublier les familles des résidents et la participation de la reine Mathilde. Un livre tout à la fois  drôle et sensible mais qui par l'humour dénonce l'infantilisation des personnes âgées, le manque de subsides alloués aux maisons de retraite "sociales", la médicalisation excessive qui pour ajouter des années à la vie, supprimerait les plaisirs de la vie. Ca me rappelle un peu le film Home sweet Home de Benoît Lamy (1973) ou plus récemment le film Les souvenirs de Jean-Paul Rouve. Un livre à découvrir absolument,

Il n'y a plus de vieillesse de Gilles Horiac est publié aux 180e éditions,

 


12/09/2017
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Médecin et écrivain, comment est-ce possible ? (Tribune du Journal du médecin du 01/09/2017)

Voici plusieurs années déjà, je m’étais amusée de l’étonnement manifesté par un de nos enfants, quelques semaines après être entré en classe maternelle, lorsqu’il avait rencontré son institutrice en train de se promener dans le même endroit que nous. Nous lui avions expliqué alors que sa maîtresse d’école avait une vie en dehors de son travail, une maison, une famille, des amis et des loisirs.

J’évoque cette anecdote parce que j’éprouve le même amusement lorsqu’au cours des salons où j’expose mes toiles ou présente mes livres, j’entends des visiteurs s’étonner du fait que j’écris et que je peins alors que je suis médecin généraliste toujours en activité. La question : «Mais comment trouvez-vous le temps d’écrire ou de peindre avec une profession si prenante ? » est souvent posée par mes interlocuteurs du moment, parfois sur un ton où je sens comme un peu de réprobations à l’idée que ce temps consacré à mes hobbies, je l’enlève à mes patients. Je suis alors partagée entre l’amusement et la contrariété en constatant que ces personnes ne voient plus en moi l’auteur ou le peintre que je leur montre, mais exclusivement un médecin qui se dévoie sur des chemins de traverse qui seraient incompatibles avec la voie professionnelle. Amusement parce que je me retrouve comme avec mes enfants à devoir expliquer que ma vie ne se résume pas à ma profession et que j’aime à mettre en pratique ma créativité autrement comme cela est le cas aussi pour bon nombre de mes consoeurs et mes confrères.

Mon sentiment de contrariété vient du fait que, dans cette interrogation quant à la difficulté voire l’impossibilité pour un médecin de pouvoir se consacrer à autre chose qu’à sa profession, on voit que la représentation la plus populaire est celle du médecin qui ne vivrait jour et nuit qu'avec son stéthoscope au cou et le téléphone à l’oreille, consacrant sa vie et son temps à ses patients et ne s’accordant aucun repos, aucune distraction. Bref, nombreux sont encore ceux qui considèrent que la médecin ne peut être qu’un sacerdoce dévorant. N’est-il pas effrayant de constater que le médecin dans l’imaginaire collectif est celle finalement d’un individu débordé, proche du burn-out voire déjà en plein burn-out ?

« Medice, cura te ipsum » : s’il veut vraiment être utile, un médecin se doit de prendre d’abord soin de lui-même, en veillant à garder un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée, entre travail et loisirs. La pratique d’un art sous quelque forme que ce soit, le sport, les activités en rapport avec la nature, la musique, la lecture (autre que celle de la littérature médicale si bonne soit-elle), le partage d’activités avec sa famille sont autant de moyens nécessaires pour nous soigner, évacuer la pression de notre travail qui nous plonge quotidiennement dans une réalité douloureuse. Justement parce que notre profession est prenante, exigeante et lourde, nous avons besoin de soupapes de sécurité, d’aires de détente sur notre parcours. On nous impose une formation complémentaire pour maintenir nos compétences professionnelles, heures de formation qui empiètent sur nos heures de loisirs et de repos, au risque d’en faire bondir certains, ne pourrait-on nous « imposer » de prouver que nous avons un hobby quelconque ?

Nous, médecins, abordons l’humanité quasi exclusivement par le biais de sa fragilité, de ses blessures, de ses dysfonctionnements, au risque de ne plus voir l’être humain que comme un malade présent ou à venir. N’est-ce pas important pour appréhender nos patients dans leur globalité que nous prenions le temps de partager des activités qui nous les font rencontrer autrement que comme simplement des patients justement ? Et en conséquence, nous prouvons ainsi que nous sommes nous aussi des êtres humains à part entière, qui vivent en dehors de leur cabinet médical, qui savent faire autre chose que la pratique de la médecine. Le besoin de nous ressourcer ne se limite pas seulement à quelques jours ou quelques semaines de vacances annuelles, il est nécessaire d’avoir notre ballon d’oxygène tous les jours à notre portée. Respecter ce besoin vital me semble capital pour la survie de notre profession.

http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/medecin-generaliste-et-ecrivain-comment-est-ce-possible/article-opinion-30601.html

 


01/09/2017
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Patricia Duterne, l'auteur qui entend le murmure du papillon

"Nul ne guérit de son enfance" chantait Jean Ferrat.  Le héros de ce roman de Patricia Duterne ne fait pas exception.  Marié à une femme adorable et amoureuse, père d'un petit garçon, a la tête de sa propre entreprise, Victor a tout de l'homme moderne et comblé par la vie. Et pourtant Victor est hanté par une promesse qu'il a faite à son amie Louise avec laquelle il a partagé des vacances qui auraient pu être un des souvenirs les plus agréables de son enfance sans justement cette promesse, qui, faite au cours du moment douloureux que constitue la séparation de ses parents, prend des proportions telles qu'elle rendra taboue toute évocation de cette période de sa vie. Ces souvenirs d'enfance sont finalement pour Victor aussi effrayants que les papillons qui le terrorisaient enfant. Un jour, le hasard (mais est-ce vraiment le hasard ?) lui fait rencontrer une petite fille dont le visage fait rejaillir le volcan des émotions refoulées.  

Le lecteur voyage entre le temps des rêves de l'enfance et la vie quelque part à l'âge adulte. Les chapitres consacrés à l'enfance, en particulier ceux des vacances chez les grands-parents ne sont pas sans rappeler l'ambiance des histoires de la bibliothèque rose ou les vacances de la Comtesse de Ségur, entre les pique-nique secrets au bord de l'étang, les jeux de carte sous le lit pendant l'orage, les crêpes préparées par Mamy et Papy qui collectionne les papillons. Mais la ressemblance s'arrête là tant l'atmosphère est lourde, remplie d'angoisses cristallisées autour de ce Sphynx à tête de mort, qui annonce la mort, celles des rêves de l'enfant détruits par les disputes parentales. Le temps des rêves et la vie à l'âge adulte se télescopent brutalement lorsque le destin de Victor croise un jour celui plus tragique  de son amie. 

Un très beau roman, qui fait penser à Peter Pan, non pas celui de Walt Disney mais le personnage original de J.M. Barrie, cet enfant qui ne veut ni grandir ni se souvenir. Tout comme Peter Pan se rabat sur l'enfant de Wendy lorsqu'il voit que Wendy a grandi, Victor s'attache à un enfant dont il croise le destin. Le personnage présente de nombreux symptômes du syndrome de Peter Pan décrit en psychologie : isolement, angoisses, fausses fiertés, insatisfaction, apitoiement sur soi, difficultés à gérer leurs émotions...

Une belle écriture fluide, un style simple et élégant, l''histoire est très bien construite avec ces aller et retour entre présent et passé et les personnages sont très bien décrits, attachants.

Le murmure du papillon, une histoire troublante, un livre que je vous recommande par Patricia Duterne aux Editions Acrodacrolivres

 

 


31/05/2017
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Les risques du métier(article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Les risques du métier (article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Le Conseil de l’Ordre des médecins nous invite à participer à une enquête intitulée « La violence à l’encontre des médecins au sein de la relation médecin-patient ».

Cette enquête a pour but de recueillir des informations quant à la prévalence des types de violences à l’égard des médecins (…)

Un questionnaire entièrement et correctement rempli vous donnera un point d’accréditation en Éthique et Économie. »

En lisant la communication de l’Ordre des médecins, je n’ai pu manquer de me sentir interpellée

par le fait que répondre à ce questionnaire permet de gagner un point d’accréditation.

Le Conseil de l’ordre suppose donc que notre sécurité nous est tellement indifférente qu’il faille nous motiver par des points d’accréditation

pour répondre à leur questionnaire.

Cette initiative prouve en tout cas la volonté d’une de nos instances supérieures de prendre au sérieux notre sécurité au travail.

Il est temps enfin de reconnaître que nous généralistes pratiquons un métier à risque : violences verbales, menaces, intimidations,

coups et blessures, violences sexuelles et même meurtres, comme celui dont a été victime notre regretté confrère Patrick Roelandt.

Des mesures de précaution sont-elles cependant vraiment possibles ?

Nous pratiquons une profession dont la pierre angulaire est une relation de confiance entre deux personnes.  

Or, qui dit vigilance implique aussi méfiance. Par exemple, lever le secret concernant le casier judiciaire d’un patient est une mesure certes utile d’un point de vue sécuritaire,

mais ne risque-t-elle pas de nuire à la qualité des soins en modifiant, fut-ce inconsciemment, le regard que nous porterons sur ces patients ?

Et lorsque nous saurons que tel patient est un repris de justice potentiellement dangereux, quelle suite faudra-t-il donner à cette information ?

Se faire accompagner d’un policier au cours d’une visite à domicile le concernant ? Porter un gilet pare-balle, suivre des cours d’autodéfense (éventuellement accrédités) ?

Lors des déplacements en garde de nuit, en ce qui concerne notre rôle de garde, nous avons le privilège d’être accompagnés d’un chauffeur

qui a mission d’entrer avec nous au domicile du patient.

Certes, les déplacements sont rendus plus agréables par la présence réconfortante de ces auxiliaires au demeurant très sympathiques.

On peut s’interroger toutefois quant à l’atteinte à la confidentialité que constitue leur présence.

Ils savent se faire discrets, restent souvent dans la pièce voisine ou dans le hall et je ne mets pas en doute leur capacité à taire ce qu’ils ont surpris de la consultation.

Mais d’une part, ils ne sont pas armés, et d’autre part leur présence serait-elle vraiment dissuasive pour un forcené armé et

ne courraient-ils pas autant de risques que nous  s’ils cherchaient à s’interposer ?  

Par ailleurs, nous ne disposons d’un chauffeur que pour le service de nuit, en journée, nous restons livrés à nous-mêmes.

Si nous sommes peut-être statistiquement plus à risque de subir une agression la nuit, elles ne sont pas exclues pendant le jour…

même de la part de patients que nous connaissons pourtant bien.

Au cabinet, nous bénéficions de plus de sécurité : bip d’appel personnel, système de télévigilance et caméras de surveillance, la technologie nous assure une protection relative.

Relative, car même si elle peut avoir un effet dissuasif, elle ne nous met pas à l’abri d’un mauvais coup.

Au-delà des moyens de protection tels que système d’alarme, chauffeurs, et autodéfense, au-delà de la déclaration de toutes les agressions que nous subissons,

nous pouvons aussi nous former à la gestion des conflits pour désamorcer toutes les situations susceptibles de déraper en occasion de violences verbales et de manque de respect.

Tiens, respect : voilà le mot-clef qui arrive.

Notre profession est victime d’un manque de respect de plus en plus flagrant non seulement de la part de certains patients, mais aussi de la part de nos dirigeants.

Comment voulez-vous que les gens aient de la considération et du respect pour une profession aussi décriée que la nôtre ?

On n’arrête pas de renvoyer de nous, non l’image de personnes qui consacrent leur temps et leur vie (parfois au sens propre) pour aider et soulager les patients,

mais le plus souvent celle de gens qui prescrivent trop ou trop peu et de toute façon toujours mal, qui dépensent sans réfléchir l’argent de la sécurité sociale,

qui font trop de certificats à mauvais escient, que l’on doit contrôler en permanence, qui doivent toujours se justifier

et à qui il faut régulièrement rappeler comment ils doivent faire leur métier …

Nous nous adressons aux pouvoirs publics pour qu’ils prennent des mesures pour limiter la violence dont certains d’entre nous sont victimes

alors même que nos instances dirigeantes nous font violence tous les jours.

Et enfin si nous nous respections plus et mieux d’abord nous-mêmes ?

Pourquoi notre profession ne pose-t-elle aucun geste fort lorsqu’un l’un des nôtres se fait trucider ?

Pourquoi n’y a-t-il eu aucun mot d’ordre de grève, même brève, aucune marche blanche ni manifestation publique de solidarité

(autre que l’invitation à faire nos consultations avec un brassard noir) lorsque par exemple notre confrère Patrick Roelandt s’est fait égorger par un patient ?

On critique les chauffeurs de TEC qui débraient au moindre pet de canard, mais au moins font-ils preuve de solidarité et expriment-ils ainsi leur volonté d’être mieux considérés.

Nous, médecins ne bougeons pas, jamais ou trop peu, quelques réactions sur les forums médicaux, dans nos journaux professionnels pour dénoncer les pouvoirs publics qui ne font rien

et puis c’est tout, l’indignation retombe comme un mauvais soufflé.

Nous acceptons dans l’indifférence que notre profession devienne un métier à risque.

L’Ordre des médecins l’a bien compris d’ailleurs puisqu’il pense que pour nous motiver à répondre à son enquête, il doit nous offrir des points d’accréditation…

L'indifférence à notre propre égard n’est-elle pas finalement la cause la plus violente de toutes les agressions que nous subissons ?

 


28/04/2017
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Inondation de Marie Meuse, (on croirait lire du Pagnol sous la pluie)

 

Toute l'histoire se passe dans un village qui a son quartier du haut et son quartier du bas, avec sa mairie, son épicerie, sa boucherie, son entreprise des pompes funèbre, sa pharmacie, son garage, son école, son café et son église. Evidemment, dans ce village, il  y a des habitants : le maire, l'épicier, le boucher, l'entrepreneur des pompes funèbres, le pharmacien, le mécanicien, la tenancière du café, Irène, une belle femme au décolleté aussi généreux que son caractère, l'amant de la tenancière, Emile, un homme au passé mystérieux et que tout le monde respecte. Le personnage principal est le curé, Arnold, passionné par les chansons de Mylène Farmer et qui est aidé dans son ministère par des femmes, des bénévoles, dont Serena,  plus catholique que le pape mais qui voue un amour aussi chaste que désespéré au prêtre. Et n'oublions pas Tartuffe le chien diabétique du vieux Bastien que l'on enterre au début de l'histoire, chien qui va être adopté par le curé. Voilà les personnages et le décor d'un délicieux roman. Non, en fait il manque au décor un élément essentiel, personnage principal de cette histoire : la pluie, la pluie qui tombe sans discontinuer (la faute au réchauffement climatique) et plonge (le mot est on ne pleut plus juste) le village et les villageois dans une inondation de plus en plus catastrophique au fil du récit. L'église du village étant envahie par le déluge, le curé se donne pour mission de chercher un autre endroit pour célébrer la messe ... mais l'endroit qu'il va trouver n'est pas accepté par les bénévoles qui  vont s'empresser de tout faire pour que le curé change d'avis, tandis que ce dernier lui se démène pour fournir les soins à son chien diabétique. L'histoire est pleine de rebondissements avec des situations cocasses, du suspense,  et un dénouement pour le moins inattendu.

Ce roman m'a ravi d'un bout à l'autre, le style est simple et raffiné, le rythme de l'histoire est enlevé, les dialogues savoureux, les personnages tout à la fois drôles et attachants... cette tragi-comédie villageoise n'est pas sans rappeler les romans de Marcel Pagnol.

Inondation de Marie Meuse, une auteure dont je découvre le talent avec  ravissement et que je vous recommande tant j'ai adoré !

(édité chez Mon petit éditeur)

 


24/04/2017
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La dernière pièce du puzzle par Aurelie Di

Vingt chapitres, vingt personnages, vingt "cabossés de la vie" ou "bras cassés", vingt destins qui s'entrelacent les uns aux autres sur le mode des "chansons en laisse", ces chansons enfantines où chaque phrase contient un mot de la phrase qui précède et un autre de la phrase qui suit jusqu'au moment où l'on retombe sur la phrase du début, ce qui permet de reprendre la chanson dans une boucle infinie : trois petits chats, chapeau de paille, paillasson...

Aurélie Di enchaîne ainsi vingt histoires différentes mais les personnages de chacun de ces récits ont un lien avec celui de l'histoire qui précède et celui de l'histoire qui suit, jusqu'au moment où on retrouve ceux du premier chapitre bouclant le cercle dans lequel l'auteur vous a entrainé, en terminant sur un élément que vous aviez pressenti dans le premier chapitre. Des femmes, des hommes, à la recherche de l'amour, du bonheur, d'eux-mêmes et qui tout en s'égarant au fil de leur quête posent des actes qui auront des répercussions sur la vie des autres personnages du roman. Tous évoluent dans un univers plutôt sombre, fait d'apparences trompeuses, où règnent trahisons, secrets et mensonges, un univers qui comme l'enfer est pavé des bonnes intentions des autres qui transforment la vie en champ de ruines.  Les protagonistes sont parfois attachants, parfois agaçants, parfois sordides, mais aucun d'entre eux ne laisse le lecteur indifférent.  On termine la lecture un peu étourdi par ce tourbillon infernal écrit  dans un style simple et moderne qui rend sa lecture fluide.

"La dernière pièce du puzzle", un livre que je vous recommande est le premier roman d'Aurelie Di, une jeune auteur à qui on souhaite une longue et fructueuse carrière.

"La dernière pièce du puzzle" aux Editions Acrodacrolivres

 


16/04/2017
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Romance avec le passé (Laure Hadrien)

Ils se rencontrent, ils s'aiment, ils se séparent et un jour ils se retrouvent : voilà les éléments de base pour une romance. La littérature et la cuisine ont ceci en commun qu'avec les mêmes ingrédients on arrive à des résultats totalement différents.

Muriel a 20 ans lorsqu'elle rencontre Hugo, plus âgé qu'elle. Ils tombent amoureux mais un jour, sans crier gare,  Hugo part avec Linda qu'il épouse et avec laquelle il a des enfants. 20 ans plus tard Muriel qui a fait une belle carrière et est toujours seule, se met à la recherche de son premier et unique amour sur Google. Et elle le retrouve alors qu'il vient juste de divorcer. Les deux anciens amants se donnent rendez-vous... L'occasion de regretter le passé, le temps perdu et peut-être, peut-être d'envisager un nouveau bonheur qui s'ouvre à eux ... peut-être ou peut-être pas.

Laure Hadrien, l'auteur de Romance avec le passé, traite le thème des retrouvailles entre anciens amants avec sensibilité et poésie. Des personnages attachants et le lac Léman en toile de fond.

Romance avec le passé (Laure Hadrien, Editions Chloé des Lys)

 

 


21/03/2017
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Oser le rouge (Josiane Van Melle) : une superbe découverte !

La vie d'artiste peut être une tragédie pour ceux qui vivent avec lui. Mais les oeuvres de l'artiste font écran à la somme des souffrances qu'il a infligées à ceux qui l'aime. Retracer la vie d'un peintre célèbre, en l'occurence Paul Gauguin, par le regard de l'épouse de ce dernier, Mette Sophie Gad, voilà une approche comme je les aime.  L'histoire d'une passion amoureuse qui se délite, se detruit inexorablement à mesure que Gauguin se passionne pour la peinture à laquelle il va se consacrer comme à une maîtresse destructrice et exigeante jusqu'à s'exiler pour combler son désir d'anticonformisme, en laissant derrière lui désolation et mort.

Je ne connaissais pas  Josiane Van Melle, "amoureuse des langues et de la langue française en particulier". Son style tout en finesse, son écriture très forte  me rappellent mes auteurs préférés : Emile Zola (dont je retrouve l'atmosphère de L'oeuvre), Maupassant, ou encore Flaubert.  A lire pour l'histoire mais aussi pour la description et l'analyse du courant impressionniste. Une auteure que je suis ravie d'avoir découvert ! 

Oser le rouge, Josiane Van Melle (Société des Ecrivains)

 

 

 


21/03/2017
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Proche Lointain de Martine Rouhart

Si on ne sait pas toujours expliquer l'amour, on peut tout aussi difficilement comprendre pourquoi naît une amitié. "Parce que c'était lui, parce que c'était moi" a dit Montaigne, qui avec ces mots, n'explique finalement rien, il ne fait que décrire. L'amitié est un sentiment unique, les vrais amis sont rares. Mais l'amitié tout comme l'amour peut prendre fin. Et tout comme en amour, certaines blessures mènent à la rupture. Etre déçu en amitié est terrible car s'il peut persister de l'amitié après la fin d'une relation amoureuse, que reste-t-il lorsque l'amitié s'effondre ? 

Entre les deux protagonistes du roman de Martine Rouhart, existe une amitié de plus de vingt ans qui un jour ne résiste pas à la déception provoquée par la révélation d'un comportement inacceptable qui en détruisant la représentation que le narrateur se fait de son ami, détruit l'amitié qui les liait.  Dans le style élégant, raffiné et tout en sobriété qui la caractérise, Martine Rouhart décrit avec justesse, finesse et simplicité, le deuil d'une amitié qui semblait devoir résister à toutes les secousses.  S'éloigner après avoir été si proche, et puis se retrouver proche au moment de l'éloignement final.  Avec Proche Lointain, Martine Rouhart signe un roman remarquable, empreint d'émotion,  et elle gravit encore un échelon dans le talent qu'elle manifeste déjà dans Accueillir et Agir, Aller Retour, ou Séparations.

Un livre à découvrir, un beau et précieux moment d'émotion, qui m'a beaucoup touchée

 

Proche Lointain par Martine Rouhart aux Editions Dricot (ISBN 9782870955239)


11/03/2017
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Le silence des poupées (Anna Sam et Raoul Cauvin)

Personnellement, les thrillers qu'ils soient littéraires ou cinématographiques ne sont pas vraiment ma tasse de thé. J'ai du mal à comprendre que les gens puissent aimer se faire peur (sauf à imaginer qu'ils trouvent agréable que cela s'arrête) et j'ai toujours pensé qu'il fallait être doté d'un esprit assez sadique pour créer des oeuvres destinées à faire se dresser les cheveux sur la tête des gens. Seul Hitchcock, le maître du suspense, trouve grâce à mes yeux.

Le silence des poupées est arrivé entre mes mains par hasard et par la volonté de mon éditeur qui est aussi celui de l'auteur de ce roman, Anna Sam. Il m'a été soumis pour relecture avant envoi chez l'imprimeur afin de traquer ces coquilles de dernière minute qui arrivent à échapper à la vigilance de l'auteur et de tous les relecteurs.  Je me suis donc plongée dans la lecture de ce récit avec un regard purement technique d'abord mais mot après mot et page après page, je me suis laissée séduire par cette histoire aussi étrange qu'originale. 

Originale parce que le thème principal autour duquel est bâtie toute l'intrigue, c'est la taxidermie. Je conserve toujours un petit écureuil empaillé qui avait été offert à mes parents par un oncle qui avait ramassé le petit animal mort au pied d'un arbre et qui l'avait porté chez un taxidermiste dont la vitrine d'ailleurs me fascinait quand j'étais enfant. Cet écureuil est resté accroché au mur sur sa branche avec une noisette entre les pattes avant, et il avait l'air vivant, prêt à bondir... et 60 ans plus tard, bien que poussiéreux il a toujours le regard aussi vif, même s'il est relégué au dessus d'un placard dans une pièce où l'on ne va jamais.

En plongeant dans l'univers des poupées d'Anna Sam, j'ai retrouvé la fascination que je ressentais  enfant en regardant l'écureuil de mon oncle ou en contemplant derrière la vitrine du taxidermiste tous ces animaux morts et vivants tout à la fois.  Mieux qu'un musée de cire qui ne fait que reproduire la vie, les taxidermistes ressuscitent un instant de la vie d'un animal, le rendant en quelque sorte immortel.

L'auteur ne nous épargne aucun détail technique : toute la démarche taxidermique est développée au cours de son récit, très didactique sur le sujet. En tant que médecin, ayant eu l'occasion de pratiquer des séances de dissection, d'assister à une autopsie et à de nombreuses interventions chirurgicales, j'avoue que les scènes de dépeçage et de traitement de cadavres n'ont suscité chez moi aucun effroi. J'ai trouvé qu'Anna s'était bien documentée sur le sujet.

Un taxidermiste réputé qui avant de mourir veut réaliser un projet aussi macabre que surprenant, un ancien sculpteur à qui la vie a tout repris après lui avoir tout donné et qui n'a donc plus rien à perdre, un vieux chasseur alcoolique qui jouera un rôle non négligeable dans l'histoire, un manoir à l'atmosphère lugubre dont les murs cachent des activités étranges, de mystérieux personnages dont le rôle est un peu opaque au départ... Autour de tout ce scénario, on a une deuxième intrigue... dont on se demande jusqu'au bout ce qu'il en adviendra et quel est le lien avec les résidents du château.  Je ne vous en dis pas plus, on ne raconte pas un thriller.  La vie, la mort, le désir d'immortalité ...

Une histoire vraiment bien construite, un style simple comme la vie et la mort, une atmosphère sombre avec de l'humour noir en prime car Anna est une personne pleine de vie,  d'esprit et d'humour... un bon moment à passer, surtout pour ceux qui raffolent de ce genre de littérature, ils ne seront pas déçus.

Le silence des poupées, par Anna Sam, sur une idée originale de Raoul Cauvin, aux éditions Acrodacrolivres

 

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09/03/2017
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Pénurie dans la galaxie : une tragédie pleine d'humour !

Quand la passion de la cuisine rencontre celle de l'écriture, ça donne des livres de cuisine, un roman ou de la science-fiction culinaire. 

Pénurie dans la galaxie aborde le thème du réchauffement climatique de manière tout à fait décalée  avec beaucoup d'humour. L'histoire se passe dans la Voie lactée, bien nommée, mais mal connue des terriens que nous sommes.   Un industriel déclenche par ses activités un réchauffement climatique qui modifie l'univers des Lactésiens, transformant leurs mers de lait en nappe de beurre, et provoquant une pénurie alimentaire. Pour limiter les dégâts, les Lactésiens font appel aux Terriens... et une solution assez originale va être trouvée. 

Le réchauffement climatique a des conséquences indigestes, mais le style enlevé et la verve de Juliette Nothomb en font un récit original et plein d'humour, que l'on avale d'une traite comme un bol de lait frais agrémenté d'une couronne de crème chantilly.

 

Pénurie dans la galaxie, par Juliette Nothomb aux Editions  Acrodacrolivres (ISBN 9782930756813),

 


07/03/2017
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