Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

De l'amie prodigieuse à l'enfant perdue : une histoire à n'en plus finir

Une quadrilogie qui raconte la saga de deux amies depuis la tendre enfance jusqu’à l’âge adulte.

Une amitié conflictuelle, ambivalente, profonde et superficielle, émouvante et agaçante, sombre et lumineuse. Le décor est celui de Naples, avec la misère et la promiscuité de ses bas-fonds, la camorra et la corruption. Lina est belle, intelligente et remplie de créativité mais rebelle et cynique. Elle exerce depuis l’enfance une véritable fascination sur Elena (Lenu) qui même lorsqu’elle devient une écrivaine célèbre qui a parcouru une bonne partie du monde continue à entretenir un sentiment d’infériorité par rapport à Lina qui de toute sa vie n’aura connu que Naples.

Mais Lina est pourtant jalouse de Lena, l'écrivaine à succès, qu'elle sait déstabiliser sans grandes difficultés. Chacune est pour l'autre l'amie prodigieuse qu'elle envie.

Il y a tout dans ce roman, et même un peu trop.

La famille, le mariage et les relations adultérines, les couples légitimes et les autres, les enfants désirés ou non et même disparus, l’homosexualité, la violence conjugale et la violence urbaine, l’exploitation ouvrière et le syndicalisme, l’univers estudiantin, le monde de l’édition, le féminisme, la drogue, la politique,  la maladie et la mort.

Il y a tout et son contraire, la pauvreté, la richesse, l'amitié et l'amour mais aussi la haine, la tendresse et le sexe, la promiscuité et la solitude, le succès et l'indifférence.

Autour des deux fillettes, jeunes filles, puis femmes gravite un grand nombre de personnages, trop de personnages, trop de familles qui s’aiment et se déchirent, trop de couples qui se font, se séparent, se retrouvent, s'échangent. 

Et l’histoire de nos deux amies et de leur entourage, évolue sur fond de l’Histoire de l’Italie, de l’après guerre à l’opération mani pulite de la fin du XXe siècle en passant par les années noires du terrorisme.

On se dit que l’auteur aurait pu faire plus court, c’est parfois redondant comme l’est la vie lorsque l’on répète les mêmes erreurs, les mêmes conflits, les mêmes rapprochements. Une histoire fascinante mais parfois lassante comme peut l’être la vie, lorsqu’on attend quelque chose qui ne vient pas, qui ne viendra plus.  

Une histoire lassante et lourde comme les combats menés par Lila et Lenu pour sortir de leur condition, pour se défaire de liens qui semblent inextricables.

Les quatre romans de la série L’amie prodigieuse me font penser à des films comme Ci siamo tanto amati ou encore La meglio gioventu, description tout à la fois sans concession et indulgente de la vie italienne.

Le style est inimitable et incomparable même en version traduite. Peut-être me faudrait-il la relire en version originale... mais je ne sais pas si je trouverai le courage de me replonger dans cette saga, car il y manque un élément : pas une seule note d'humour n'éclaire cette saga, Lenu et Lina ne nous donnent jamais l'occasion de rire ni de sourire, le ton reste pesant et on referme le livre avec un goût amer en bouche, celui de toutes les vies gâchées, des espoirs d'enfant irrémédiablement perdus, même lorsque Lenu retrouve un souvenir de son enfance.

 

D'Elena Ferrante :

L'amie prodigieuse

Un nouveau nom

Celle qui part et celle qui reste

L'enfant perdue

 

 


29/05/2018
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La posologie des sentiments : un excellent roman de Michel Beuvens

Loin des thrillers et romans fantastiques, un roman pourtant fantastique et qui vous donne le frisson par la profondeur des sentiments que l'auteur y exprime dans une posologie graduelle. Le roman commence dans l'univers terne et sans âme d'une administration où règne la routine d'un travail qui ne demande aucune âme et ne permet d'exprimer aucun sentiment hormis l'ennui, la lassitude et qui n'offre de positif qu'une certaine stabilité d'emploi.  Lucien qui vient d'y être engagé observe les membres du personnel dont l'un devient son ami.  La vie de Lucien et son ami est aussi terne que son emploi, il est seul, il fantasme sagement sur les femmes qu'il croise dans son boulot, toutes sauf une dont le comportement et l'aspect physique n'ont rien de désirables, la caricature de la vieille fille aigrie et acariâtre, surnommée la vieille taupe.  La vie routinière de Lucien connaît toutefois un virage grâce à une promotion, une mutation mais aussi un héritage. Grâce à cet héritage, il retrouve un jour au bord de la mer la vieille taupe et le secret de cette dernière... et comme à Saül sur le chemin de Damas, les écailles des préjugés tombent des yeux de Lucien qui  apprend la nécessité d'aller vers ses semblables pour les découvrir au-delà des apparences. Grâce à la vieille taupe, Lucien trouve enfin un sens à son existence. Un très beau roman, puissant, qui aborde la vie, la mort, l'amour, les sentiments, les vrais, les faux, sur fond de ciel marin avec le chant des vagues et l'odeur iodée de la mer.  Si on en faisait un film on le commencerait en mode muet et en noir et blanc et puis progressivement la couleur et la musique s'imposeraient. Un livre rédigé dans un style classique, simple et efficace, et une écriture fluide, sans chercher à éblouir le lecteur par des effets de plumes,   à découvrir pour ceux qui aiment se plonger dans les profondeurs de l'âme humaine.

 

La posologie des sentiments de Michel Beuvens (Editions Chloé des Lys)

 


11/05/2018
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Il y a beaucoup de malades, docteur ?

Voilà une question que nous entendons souvent autour de nous. A l’heure actuelle peu de personnes ne sont pas malades, puisque selon la définition de l’OMS  : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Cette définition part d’une bonne intention, celle qui considère que l’état de santé des individus ne dépend pas que des soins médicaux, mais aussi de décisions socio-politiques. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et une des dérives de cette définition est qu’elle aboutit a contrario à une surmédicalisation de la vie.

L’OMS aurait pu se contenter de définir la santé comme un état de bien-être, déjà difficile à évaluer en soi. Mais l’adjectif « complet » perturbe la donne : à partir de quel moment peut-on dire qu’un état de bien-être est complet, que tous les besoins d’un individu sont totalement satisfaits ?

Les migrants qui fuient la guerre ou la famine sont persuadés que nos pays occidentaux sont un havre de bien-être, ce que démentiront les personnes les plus précarisées de nos régions. Il fut un temps où l’on parlait de « bonne santé » (c’est encore ce que l’on se souhaite au Nouvel An) ou de « mauvaise santé ». Mais si la santé est un état de complet bien-être, elle n’est plus bonne ou mauvaise : elle est ou elle n’est pas.

Et c’est ainsi qu’au lieu de se limiter à parler de droits aux soins pour maintenir un bon état de santé, on en vient à parler de droit à la santé, avec un capital santé à préserver, voire même à augmenter comme tout capital qui se respecte.

Le droit à la santé devient une quête éperdue de mieux-être qui entraîne (du moins dans nos civilisations occidentales favorisées) un glissement des frontières entre le supportable et le non supportable. En pratique de médecine générale, on constate cela au quotidien dans la diminution de la tolérance pour certains mal-être auparavant acceptés, par exemple les phénomènes liés au vieillissement, mais aussi la fatigue liée aux activités. Paradoxalement, ce sont les personnes habitant les états où le système de santé est le mieux développé qui se plaignent le plus.

Dans ce contexte, nous médecins ne pouvons pas nous limiter à soigner seulement les maladies. Nous devons dépister et prévenir tous les facteurs de risque qui limitent le droit à la santé, c’est-à-dire l’accès au bien-être complet. Recommander aux patients un régime de vie et un comportement adapté aux menaces individuelles qui pèsent sur eux doit être au centre de nos interventions. Nous nous retrouvons ainsi à jongler avec les statistiques autour des paramètres vitaux, le plus souvent chiffrés de nos patients : l’âge, la tension artérielle, le poids, la fréquence cardiaque, le sacro-saint cholestérol, le tabagisme exprimé en années-paquets, le nombre d’unités d’alcool consommé… afin d’estimer les risques de maladies à prendre en charge, risques que l’on finit par confondre avec les maladies.

Cette conception d’un droit à une santé indéfiniment perfectible est frustrante tant pour les patients qui ont l’impression que ce droit n’est pas respecté comme il le faudrait et pour les médecins qui ont toujours l’impression de n’en faire jamais assez pour des patients de plus en plus exigeants, sans compter nos dirigeants qui oublient que le coût de ce modèle de santé est indéfini et imprévisible.

« Il y a beaucoup de malades, docteur ? » Trop, dès lors que comme l’écrivait Ivan Illitch : « l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant »

(publié sur http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/il-y-a-beaucoup-de-malades-docteur/article-opinion-34169.html)

 

 

 


11/05/2018
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Une critique de Temps de guerre, temps de paix par l'auteur Claude Cotard

Claude Cotard
23 h

Temps de Guerre, Temps de Paix. Elide Montesi

Dès le premier chapitre, j'ai l'impression d'être replongé dans une trilogie d'Henri Troyat, que j'avais lu enfant, "les semailles et les moissons".

L'écriture et le style sont sensiblement similaires. C'est fluide et suffisamment accrocheur pour que très vite je parvienne à visualiser les scènes. Comme si je ne lisais plus, mais que j'étais plongé dans un film, sur grand (ou petit) écran !

Mais ce n'est pas du Henri Troyat ! C'est du Élide Montesi.

L'histoire de ces personnages, de ces familles, certaines en Allemagne, d'autres en France, pendant les années de guerre, puis, postérieures, et dont la vie est le jeu de la destinée et du hasard.

À travers l'adversité, la guerre, la paix, ils vont se croiser dans ce qui semble être une prédestination espiègle et facétieuse de la vie.

Personnellement, j'ai accroché très vite, ayant le désir d'en savoir plus. Les personnages sont très attachants !

Ils deviennent vite familiers. Observateurs invisibles, nous sommes témoins de leur état d'âme, de leurs actions.

Nous sommes plongés au coeur de leurs histoires, au milieu d'eux. Les rebondissements et les surprises ne manquent pas non plus ! Et à maintes reprises, nous nous exclamons " mais bien sûr !"...

Elide Montesi nous prend dès le départ par la main et nous conduit, via sa narration, là où elle le désire et parvient bien souvent à nous surprendre malicieusement.

Pour moi, un grand roman qui pourrait faire un très bon film ! J'ai adoré et j'en redemande !

Merci Elide Montesi !

 

 

https://www.facebook.com/claude.cotard1/posts/10216144224175848?comment_id=10216150797980189&reply_comment_id=10216150802820310&notif_id=1523516546209904&notif_t=mentions_comment&ref=notif

 


12/04/2018
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Une mouette bien curieuse, la mer du Nord et une pension-hôtel intrigante... Les soupçons de la mouette, le dernier roman de Marie Meuse

Que peut-on faire lorsqu'on est l'épouse d'un homme qui vous délaisse parce qu'il est plus passionné par Napoléon et ses grognards que par sa femme ? Louise a longtemps hésité et puis un jour, prise de panique parce qu'elle a accidentellement cassé les précieuses statuettes de Napoléon collectionnées par son mari,  elle craque et quitte le domicile conjugal en emmenant Sasha son chat dans un panier et Adrienne son poisson rouge dans un Tupperware. Louise part se réfugier à la mer du Nord, qu'elle appelle la mère du Nord. Elle loue une chambre dans une localité côtière, Flots les bains et s'installe à la Pension-Hôtel Hortense. Dès qu'elle met les pieds dans cet hôtel, Louise va rencontrer des personnages hors du commun qui vont susciter la méfiance de notre protagoniste. Sa curiosité  va l'amener à vivre des situations rocambolesques aux rebondissements multiples et cocasses.

 Sous le ciel aux couleurs variables et au bord d'une mer souvent agitée,  Louise va jouer les détectives et résoudre une intrigue, faire une rencontre qui va la marquer et prendre une décision qui va changer sa vie.  La plume alerte, la verve et l'imagination de Marie Meuse nous entraînent dans cette histoire tragi-comique qui peut sembler légère au premier regard mais qui donne à réfléchir sur la nécessité de trouver un sens à sa vie.  Par moments, l'ambiance qui règne dans la pension-hôtel évoque l'atmosphère des romans d'Agatha Christie mais avec une bonne dose d'humour en plus.

Un roman à ne pas manquer : Les soupçons de la mouette de Marie Meuse publié chez Atramenta

 


18/03/2018
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Critique de mon roman Temps de guerre, temps de paix

Martine Rouhart Chère Elide, j'ai enfin lu "Temps de guerre, Temps de paix" (Acrodacrolivre), pardon de t'avoir tant fait attendre. C'est ton roman que je préfère (jusqu'ici, car je ne doute pas que d'autres suivront). 

Il y a dû y en avoir, de ces couples séparés par la guerre, période pénible imposée où chacun tente, tant bien que mal, de "s'arranger" des circonstances, et qui se retrouvent, avec un petit pan de passé inconnu pour l'autre. Vient alors le temps de se réapprivoiser... Les personnages sont attachants, la musique présente... (on n'en attendait pas moins de la musicienne que tu es), et l'intrigue bien construite. Bravo Elide Montesi

 


12/03/2018
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Double meurtre à Sainte-Rolende, quand le folklore sert le thriller

Vous prenez un serial killer en Harley Davidson recherché par Europol, un profileur avec des dons paranormaux, une jeune enseignante trompée par son petit ami et retrouvée morte, le fantôme d'une jeune fille brûlée vive au 16e siècle pour sorcellerie et qui hante la ville pour jouer les justicières, vous ajoutez un poète wallon du XIXe siècle et un soupçon de peintre impressionniste de la même époque et la même région,  vous mixez avec les marcheurs de l'Entre Sambre et Meuse en période de Pentecôte dans le décor de la ville de Gerpinnes et ses environs(Acoz, Villers Poterie, etc...), vous servez le tout à une équipe de policiers qui va se retrouver avec quatre cadavres au cours d'un même week-end, le tout au son des tambours et des fifres qui résonnent  dans la campagne environnante pour accompagner la châsse de Sainte Rolende.  Voilà un bon thriller aux accents folkloriques et fantasmagoriques : Double meurtre à Sainte-Rolande est un roman de Pierre-Paule Nelis publié chez Gebarts Brumerge. La particularité de ce roman c'est qu'il a fait l'objet d'un film avant d'être publié en livre : La légende de Marie Lineau par Steve Jennequin sur un scenario de Pierre-Paul Nelis. Au casting du film figure Juliette Nothomb, méconnaissable sous son maquillage de sorcière au cours d'une brève apparition dans les bois de Gerpinnes.

 


11/03/2018
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Le carnet de moleskine

Sur un carnet de moleskine éclairé par la lumière tamisée d'une lampe de bureau, court la plume de Denis. Je devrais  plutôt dire que la plume boite car le narrateur raconte sa vie par bribes haletantes comme sa respiration. "Confession confuse d'un homme tourmenté", tourmenté par un secret tellement lourd qu'il a décidé de se tuer lorsqu'il aura raconté des faits vieux de cinquante ans qu'il avoue pour la première fois. L'amitié, l'amour, la passion, le désir de possession... tous les ingrédients d'un drame que l'on ne découvre qu'à la fin du roman. Le carnet de moleskine est un vrai chef d'oeuvre par l'acuité de l'analyse psychologique des personnages, l'intensité dramatique et passionnelle de cette confession et le paradoxe du principal protagoniste auquel on s'attache en dépit de ses actes. On ne saurait le juger puisqu'il se juge lui-même. Au début de la lecture, on pourrait regretter que la fin du roman est déjà annoncée. Mais le suspense réside en réalité dans la progression de l'aveu qui permet de comprendre pourquoi Denis en arrive à se tuer. Un récit court et dense dont on ne sort pas indemne. Une écriture tout en finesse et un style exceptionnel raffiné, des mots simples et percutants. Tous les ingrédients du vrai talent, celui de Carine Geerts.

 

Carine Geerts, Le carnet de moleskine, Gebarts Brumerge (ISBN 9782375440056)

 

 

 

 

 


10/03/2018
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EBM, EBP ... et tutti quanti : (Texte publié dans le Journal du médecin du 09 mars 2018 sous le titre Une avalanche de sigles)

Bientôt trente-sept ans de carrière font de moi désormais un vieux médecin. Lorsque j’ai terminé mes études, j’avais appris que la base de la démarche médicale se fondait sur l’analyse des symptômes anamnestiques et physiques. Après l’anamnèse systémique et puis ciblée au cours de laquelle on récoltait le maximum d’informations concernant les plaintes du patient, venait ensuite l’examen clinique proprement dit avec ses quatre piliers : inspection, palpation, percussion, auscultation dont le résultat ouvrait la porte au diagnostic différentiel et une fois le diagnostic le plus probable envisagé, on pouvait enfin décider du traitement à appliquer, traitement se fondant sur les mécanismes physiopathologiques de la maladie diagnostiquée, l’enseignement reçu de nos maîtres ainsi que sur l’expérience personnelle acquise au fil de notre pratique et notre connaissance personnelle du patient.

Foin de ces pratiques et de ce langage d’une autre époque. La médecine a évolué et le langage médical aussi.

Maintenant, fini ce que d’aucuns appellent l’Eminence based medicine. L’EBM (evidence based medicine) et depuis peu l’EBP (evidence based practice) ont la cote. Des preuves, des preuves, il nous faut des preuves.

La connaissance du patient devient désormais les ICE (Ideas, Concerns, Expectations) et les éléments cliniques sont des données à encoder de manière structurée (SOAP : subjectif, objectif, appréciation et plan) et codifiée en ICD-10- CM avec un logiciel médical agréé. Nous ne définirons notre stratégie thérapeutique qu’après avoir procédé à une recherche dans la littérature médicale en posant une question PICO ((Patient-Intervention-Comparison-Outcome) afin de cibler l’objectif de notre recherche de RCT (randomized controlled trial, ) Pratiquer ensuite un CAT( Critically Appraisal of the Topic) permettra de discerner le vrai du faux. Heureusement, il existe des GPC ou RBP. Ces GPC doivent avoir été validées par le CEBAM avec l’instrument AGREE, qui permet de vérifier si les GPC reposent sur des preuves de bonne qualité axées sur le patient càd au moins une recommandation de force A sur l’échelle SORT (Strenght of RecommendationTaxonomy.) Les GPC et la mise en pratique de l’EBM ou de l’EBP seront évidemment mis régulièrement au programme de nos GLEM au cours desquels nous confronterons notre expérience à celle des autres médecins pour être sûrs que nos pratiques soient conformes aux standards des modèles de soins définis par nos dirigeants pour une meilleure qualité des soins, en réalité dans un souci essentiellement économique.

De la sorte, nous utiliserons de manière efficiente les examens tels que RMN, PETScan, ou dosage du PSA et prescrirons à bon escient et de manière efficiente les NACO pour la FA, les IPP pour le RGO, les IEC pour l’HTA, les AINS dans la PCE, les LABA et CSI pour la BPCO… pour ne citer que quelques exemples.

En fin de consultation, nous enverrons le SUMHER du patient au RSW (pour le sud du pays), pour autant que le patient nous ait donné son EID et son NISS pour que l’on puisse créer un lien ou une relation thérapeutique. Relation thérapeutique ? A vrai dire dans tout ce processus EBM de recherche de preuves formelles reste-t-il de la place pour une médecine basée sur l’ECRS (empathie, confiance, recherche d’un sens )?

 

 


09/03/2018
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Et si on laissait le temps au temps ?

En dépouillant mon courrier du lundi, je trouve des rapports d’un service d’urgence hospitalier pour une patiente. Le premier est daté du samedi, le second du dimanche. La patiente qui a consulté pour une infection ORL et à qui un traitement a été prescrit, est retournée au service des urgences le lendemain parce que sa plainte était toujours présente malgré le traitement… Un autre patient, qui a consulté le médecin généraliste de garde le samedi, me rappelle le lundi, inquiet de ce que le traitement prescrit au cours de la garde ne l’a pas débarrassé totalement de son problème. Ces situations sont banales en service d’urgence et en médecine générale : les gens veulent être guéris et soulagés en un claquement de doigts. Combien de fois me suis-je retrouvée à devoir expliquer à une personne récemment opérée que le fait d’être renvoyée à son domicile le soir de l’intervention ne signifie pas que tout est déjà cicatrisé et qu’elle peut reprendre ses activités directement comme si de rien n’était ?

Dans nos sociétés occidentales, où tout va de plus en plus vite (quitte à ne plus voir vers quoi l’on se dirige, mais c’est un autre sujet), efficacité devient synonyme de rapidité. Pourtant le corps humain lui, fonctionne toujours physiologiquement et métaboliquement de la même manière que celui de nos ancêtres. Pendant longtemps, avant que la médecine ne se fonde sur les sciences exactes ( et loin de moi l’idée de regretter cette évolution car c’est grâce aux sciences exactes, dites dures, que notre science médicale a pu progresser), une grande partie du traitement, en dehors de remèdes empiriques, consistait à mettre le patient au repos, c'est-à-dire au lit, avec des conseils d’alimentation (allant de la diète à la suralimentation) et le malade savait qu’il lui faudrait du temps pour se rétablir. On utilisait même un terme disparu du vocabulaire médical actuel : convalescence, désignant la période de transition entre la fin d’une maladie et de son traitement et la récupération par le malade de ses forces et de son état de santé antérieur. Actuellement les patients espèrent être guéris avant même la fin du traitement, quant à la convalescence, elle est devenue une notion obsolète, incompatible avec notre mode de vie actuel. Le repos est un remède devenu coûteux et que les médecins ne prescrivent plus sans qu’on ne les culpabilise. D’ailleurs, on ne prescrit pas du repos mais une période d’incapacité, càd d’inefficacité pour la société et qui se doit donc d’être la plus courte possible, et s’il n’y en a pas c’est encore mieux. Les durées d’hospitalisation sont de plus en plus brèves et le renvoi au domicile ne tient pas toujours compte des conditions de vie du patient chez lui. Décisions prises par un pouvoir qui ne sait pas comment vivent les gens qu’il gouverne. Les considérations budgétaires jouent un rôle dans la manière de prendre en considération le temps de guérison d’une pathologie.

Lorsqu’on parle du temps en médecine on évoque immanquablement les durées de consultations trop courtes pour le patient, les journées de consultation trop longues pour le médecin. Pourtant la réussite ou l’échec d’un traitement n’implique-t-il pas que l’on prenne le temps d’expliquer au patient que guérir nécessite un certain temps et qu’on puisse lui laisser ce temps ? (Elide Montesi, tribune publiée sur Le journal du médecin du 12 janvier 2018)

http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/quand-efficacite-est-synonyme-de-rapidite/article-opinion-32371.html

 


12/01/2018
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Tant de silences de Philippe De Riemaecker ... un livre qui parle au coeur !

Silence, par définition : absence de sons, absence de discours mais espace pendant lequel les mots sont créés, espace pendant lequel on entend l'autre. La musique, elle aussi, est faite de silences pendant lesquels résonnent les notes précédentes et se préparent les notes qui suivent, et pendant lesquels les instruments qui se taisent écoutent ceux qui leur répondent. Le silence est un espace de création, de méditation, de retour sur soi pour mieux revenir aux autres et certains font voeu de silence pour mieux entendre le monde. Le silence est nécessaire pour le repos de l'âme et corps.  Mais le silence peut être torture lorsqu'on est privé de toute communication, le silence est destructeur s'il est rempli de non-dits, le silence devient coupable si l'on préfère se taire que dénoncer les injustices.  Et tous les hommes sans exception sombrent un jour dans le silence de la mort, en espérant que ce ne sera pas celui de l'oubli.

Tant de silences..., le titre d'un livre de Philippe de Riemaecker. Une histoire aux multiples intrigues dont le silence est le personnage principal : le silence d'un couvent où une religieuse grabataire qui offre le sien en communion avec la souffrance du monde communique par delà le réel, le silence des non-dits et de la douleur d'un homme qui voit ses parents plonger dans le silence de la mort dans une famille déchirée par des conflits, le silence des non-dits au sein d'un couple dont le mari est malade, le silence du secret professionnel, et aussi le silence du désert où chemine un couple d'Iraniens fuyant le régime des Mollah pour tenter de rejoindre l'Occident.  Des intrigues qui semblent n'avoir aucun rapport entre elles, sinon les silences d'une souffrance indicible qui hurle au coeur du lecteur.

Un livre poignant, tout en sensibilité, délicatesse et tendresse, à l'image de son auteur,  qui voyage du coeur de l'Orient à la campagne brabançonne, des églises aux mosquées,  qui réunit le Coran et l'Evangile, un hommage aux hommes de bonne volonté avec une fin en clin d'oeil à une des plus belles traditions occidentales.

A découvrir absolument, ou à offrir pour Noël...

Tant de silences

Philippe De Riemaecker aux éditions encrerouge.fr

 


07/12/2017
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La solitude des étoiles : le dernier roman de Martine Rouhart.

Se plonger dans un roman de Martine Rouhart est toujours un ravissement. On ne peut qu'être séduit par son style élégant, tout en finesse et en délicatesse, mélodieux, empreint de poésie.  

La solitude est d'abord celle de Camille, une femme blessée par la vie, qui évite tout rapport avec les autres depuis la mort de son mari. Assistante vétérinaire, elle ne donne son affection qu'aux animaux qu'elle soigne. Elle ne supporte aucun lien, aucune intrusion dans sa vie terne et sans âme, dont personne ne semble comprendre la souffrance. Jusqu'au jour où elle craque et  elle part loin de son existence solitaire et sans but, pour une retraite en pleine forêt ardennaise. Elle y rencontre alors Theodore, un homme sans domicile fixe. Passant outre  ses premières craintes et ses préjugés, elle laisse ce personnage étrange faire intrusion dans sa vie et s'intéresse de plus en plus à son histoire qu'il lui raconte, note après note comme celles qui sortent de la flûte qui ne le quitte pas. Grace à Théodore, (dont le nom signifie don du ciel) Camille parcourt ainsi un voyage existentiel qui la sort du fond d'elle-même pour la ramener à la vraie vie.

 

Une superbe réflexion sur le sens de la solitude, les relations humaines, la souffrance, plusieurs histoires s'y croisent, celle de Camille, de sa mère, de Theodore, d'une mystérieuse Iris...et tout cela dans le magnifique cadre de la forêt ardennaise aux couleurs d'automne, sous la pluie ou dans la neige et sous le regard des étoiles qui là-haut se croisent et se rencontrent dans leur solitude infinie.

 

La solitude des étoiles, par Martine Rouhart aux Editions Murmures du soir

 


05/12/2017
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Médecin généraliste, catégorie à part (Tribune, Le journal du médecin, 2516, 3/11/2017)

Les médecins généralistes sont vraiment une catégorie à part de la profession médicale. Alors que l’évolution de la médecine spécialisée se fait dans le sens d’une technicité de plus en plus poussée avec une hyperspécialisation organique qui fait craindre bientôt des ORL spécialistes de l’oreille interne gauche et d’autres de l’oreille interne droite, le généraliste porte de mieux en mieux son nom.

Nous gérons en effet des patients porteurs de polypathologies, le plus souvent polymédiqués, et nécessitant des soins multiples. Notre rôle de soignant en tant que généraliste ne consiste pas à traiter un organe ou une partie d’organe, mais il implique une prise en charge du patient qui tienne compte de tous les facteurs : physiologiques, psychologiques, mais aussi environnementaux, sociétaux, anthropologiques. Cela nécessite de notre part un lourd investissement en temps, en énergie, en communications chronophages avec tous les intervenants médicaux et aussi sociaux, souvent pour un résultat peu conséquent, voire même sans résultats. Le médecin généraliste est un Sysiphe doublé d’un Don Quichotte.  

Et cerise amère sur un gâteau qui ne l’est parfois pas moins, être médecin généraliste, c’est aussi remplir une fonction administrative. Que ne pestons-nous pas contre cette paperasse, réelle ou de plus en plus souvent informatisée, qui envahit notre temps de consultation et le temps d’après ?   Voilà un rôle dont nous nous passerions bien, parce qu’il n’est pas « soignant » au sens où nous comprenons l’acte de soigner, parce qu’il n’est pas médical au sens où nous entendons la pratique médicale. Un rôle que l’on nous impose, que nous subissons à contrecœur et dont nous avons l’impression qu’il est dévalorisant pour la profession médicale. Pourtant, dernièrement, j’ai entendu un jour une patiente dire : « Je ne comprends pas pourquoi les médecins sont toujours de mauvaise humeur quand nous arrivons avec des papiers à remplir. C’est aussi une manière de s’occuper de leurs patients, non ? »

Certes, je continuerai toujours à m’insurger contre la bureaucratie tatillonne et kafkaïenne et toute simplification administrative est la bienvenue. Mais la réflexion de cette patiente a éclairé d’un jour nouveau mon rôle administratif que je jugeais méprisable et de seconde zone par rapport à mon noble rôle de médecin. Cette patiente n’a pas tort lorsqu’elle dit que remplir un document pour un patient c’est encore et toujours prendre soin de lui. Nous ne sommes pas moins médecins ou soignants lorsque nous remplissons un certificat, une demande de voiturette pour une personne atteinte d’un lourd handicap, lorsque nous introduisons une demande de remboursement pour un médicament, lorsque nous remplissons une demande de reconnaissance de handicap ou un dossier pour le CARA que lorsque nous pratiquons un examen clinique, un ECG, une spirométrie ou une suture, ou lorsque nous l’écoutons nous parler de son vécu. S’occuper de toute cette bureaucratie, rébarbative et fastidieuse, s’inscrit bien pour le médecin généraliste dans cette prise en charge du patient dans sa globalité. (Elide Montesi, 24 octobre 2017)

 


03/11/2017
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Critiques de mon dernier livre et le lien vers une interview par le même journaliste

Temps de Guerre, Temps de Paix – Elide MONTESI ISDN : 9782930756950 (éditions Acrodacrolivres)

 

Disons-le d’emblée, Elide Montesi est un(e) écrivain(e) belge qui mérite toute notre attention.  Femme réservée,  mais qui, si l'on a la chance de la surprendre à raconter l’Histoire, nous fait rapidement oublier le tumulte qui nous entoure.

Une femme passionnante et passionnée, que du bonheur !

L’Histoire, la Guerre ?  Que n’a-t-on pas écrit sur le sujet qui mérite notre curiosité ?  Sans vouloir éluder la question, je vous invite à vous plonger dans « Temps de Guerre, Temps de Paix ».  

Elide Montesi nous accroche par une simple interrogation ; comment les couples, quand l’un des deux conjoints se retrouvait prisonnier de guerre, ont-ils pu vivre la séparation pouvant s’étaler sur une période de cinq ans en ce qui concerne la guerre 1940-1945 ?  Certes, en temps de paix l’emprisonnement existe, reconnaissons cependant que le contexte ne porte pas à comparaison.  Un prisonnier de guerre ignore la date de sa libération.  Ainsi, au sentiment d’échec, de déchéance, s’ajoute une forme de torture psychologique.  Il est évident que l’amour était soumis à rude épreuve, chacun s’arrangera de ce célibat forcé en fonction des circonstances.  Cinq ans, ce n’est pas rien, c’est comme un pan de vie volé, un long fleuve d’intimité que rien ni personne ne pourra vous restituer.  Je ne vous ferai pas l’injure de vous dévoiler l’intrigue, ce livre mérite d’être lu.  Personnellement, je l’ai apprécié comme une sorte de glace à l’italienne.  Vous savez, ces cornets colorés qui découvrent des parfums inattendus et se dévorent avec avidité.  Je ne vous parle pas d’industriel, vous l’aurez compris, et si j’ose la comparaison c’est que ce roman se lit avec délectation.  Lire Elide Montezi, s’est se laisser aspirer en dehors de la réalité pour vibrer en compagnie des personnages qu’elle met en scène.  Guerre, séparation, amour, reconstruction.  Beaucoup d’interrogations  exprimées ou sous-entendues sur la question des blessures invisibles, ces couples brisés, ces prisonniers que l’on déconsidère, car pour nos civilisations la gloire se dévoile sous le feu des champs de bataille, rarement sous l’ombre des barbelés.  Du propre aveu de l’auteur(e), l’idée de ce roman est née faisant suite à la découverte d’une photo et d’un document cachés sous la couverture d’une partition.  C’est ce que j’admire chez Élide, ce côté positif et profondément humain.  Cette sensibilité particulière (en raison de ses racines ?), qui lève un petit coin de voile sur ce que l’Histoire semble occulter.

Cinq ans de séparation…  Après le plaisir des premiers regards vient le temps de se ré-apprivoiser.  Vous, vous êtes revenus vivant… Personne ne vous juge, vous n’en pensez pas moins surtout, oui surtout, quand vos yeux effleurent les noms gravés dans la pierre des monuments aux morts. Chaque prénom tremble  comme une accusation. 

Un roman écrit avec sensibilité.  Que puis-je ajouter de plus ?  La guerre est une machine qui n’épargne personne.   On fait chanter le clairon pour saluer les morts, rien de plus normal.  On distingue les héros, on écrit l’Histoire des batailles gagnées ou perdues, mais, oui mais, se souvient-on des ablations de liberté ?

Étrange ségrégation que de minimiser les meurtrissures provoquées par l’emprisonnement, il serait profondément injuste de les ignorer sous l’éclat des médailles.  Oui, sans la moindre hésitation, ce livre mérite notre curiosité.

 

 https://www.podcastgarden.com/episode/les-fruits-de-ma-passion_104808

 


12/09/2017
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"Mai 68, c'était déjà nous !" (Il n'y a plus de vieillesse, par Gilles Horiac)

La vieillesse, la vie et même la fin de vie dans les maisons de retraite, voilà des thèmes qui semblent chargés de nostalgie, de tristesse.  Mais l'auteur, Gilles Horiac, décrit cet univers déprimant avec beaucoup d'humour, parfois décapant, une grande tendresse, plein d'optimisme, bon sens et sérénité. Dans Il n'y a plus de vieillesse, il met en scène quatre personnes qui derrière leurs rides et leurs cheveux blancs ont gardé intacte leur jeunesse. Il y a Alain, un ancien truand, Béatrice, qui dirigeait un restaurant, Bernadette, qui était médecin et Georges, un ancien chanteur.  Et comme ils sont de la génération qui ont fait mai 68, ils rassemblent leur énergie et leur amour pour la vie et se démènent pour améliorer le monde qui les entoure.  Sous la plume alerte et stylée de Gilles, les protagonistes vont vivre des aventures que leur entrée en maison de retraite ne pouvait laisser deviner : le sauvetage d'un site naturel, un dîner offert à des SDF dans un restaurant de luxe, l'organisation d'un mariage gay dans le jardin de la maison de retraite, l'enregistrement d'un disque dont les royalties leur permettent de sauver une maison de retraite moins bien lotie que la leur. Autour d'eux gravite le personnel de la seniorie avec la directrice autoritaire et infantilisante, la sous-directrice qui révèle sa vraie personnalité à la fin du roman, les infirmières et aide-soignantes plus ou moins empathiques, sans oublier les familles des résidents et la participation de la reine Mathilde. Un livre tout à la fois  drôle et sensible mais qui par l'humour dénonce l'infantilisation des personnes âgées, le manque de subsides alloués aux maisons de retraite "sociales", la médicalisation excessive qui pour ajouter des années à la vie, supprimerait les plaisirs de la vie. Ca me rappelle un peu le film Home sweet Home de Benoît Lamy (1973) ou plus récemment le film Les souvenirs de Jean-Paul Rouve. Un livre à découvrir absolument,

Il n'y a plus de vieillesse de Gilles Horiac est publié aux 180e éditions,

 


12/09/2017
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