Un peu de tout et de tout un peu

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Mon univers ...


Il y a beaucoup de malades, docteur ?

Voilà une question que nous entendons souvent autour de nous. A l’heure actuelle peu de personnes ne sont pas malades, puisque selon la définition de l’OMS  : « La santé est un état de complet bien-être physique, mental et social, et ne consiste pas seulement en une absence de maladie ou d’infirmité. »

Cette définition part d’une bonne intention, celle qui considère que l’état de santé des individus ne dépend pas que des soins médicaux, mais aussi de décisions socio-politiques. Mais l’enfer est pavé de bonnes intentions et une des dérives de cette définition est qu’elle aboutit a contrario à une surmédicalisation de la vie.

L’OMS aurait pu se contenter de définir la santé comme un état de bien-être, déjà difficile à évaluer en soi. Mais l’adjectif « complet » perturbe la donne : à partir de quel moment peut-on dire qu’un état de bien-être est complet, que tous les besoins d’un individu sont totalement satisfaits ?

Les migrants qui fuient la guerre ou la famine sont persuadés que nos pays occidentaux sont un havre de bien-être, ce que démentiront les personnes les plus précarisées de nos régions. Il fut un temps où l’on parlait de « bonne santé » (c’est encore ce que l’on se souhaite au Nouvel An) ou de « mauvaise santé ». Mais si la santé est un état de complet bien-être, elle n’est plus bonne ou mauvaise : elle est ou elle n’est pas.

Et c’est ainsi qu’au lieu de se limiter à parler de droits aux soins pour maintenir un bon état de santé, on en vient à parler de droit à la santé, avec un capital santé à préserver, voire même à augmenter comme tout capital qui se respecte.

Le droit à la santé devient une quête éperdue de mieux-être qui entraîne (du moins dans nos civilisations occidentales favorisées) un glissement des frontières entre le supportable et le non supportable. En pratique de médecine générale, on constate cela au quotidien dans la diminution de la tolérance pour certains mal-être auparavant acceptés, par exemple les phénomènes liés au vieillissement, mais aussi la fatigue liée aux activités. Paradoxalement, ce sont les personnes habitant les états où le système de santé est le mieux développé qui se plaignent le plus.

Dans ce contexte, nous médecins ne pouvons pas nous limiter à soigner seulement les maladies. Nous devons dépister et prévenir tous les facteurs de risque qui limitent le droit à la santé, c’est-à-dire l’accès au bien-être complet. Recommander aux patients un régime de vie et un comportement adapté aux menaces individuelles qui pèsent sur eux doit être au centre de nos interventions. Nous nous retrouvons ainsi à jongler avec les statistiques autour des paramètres vitaux, le plus souvent chiffrés de nos patients : l’âge, la tension artérielle, le poids, la fréquence cardiaque, le sacro-saint cholestérol, le tabagisme exprimé en années-paquets, le nombre d’unités d’alcool consommé… afin d’estimer les risques de maladies à prendre en charge, risques que l’on finit par confondre avec les maladies.

Cette conception d’un droit à une santé indéfiniment perfectible est frustrante tant pour les patients qui ont l’impression que ce droit n’est pas respecté comme il le faudrait et pour les médecins qui ont toujours l’impression de n’en faire jamais assez pour des patients de plus en plus exigeants, sans compter nos dirigeants qui oublient que le coût de ce modèle de santé est indéfini et imprévisible.

« Il y a beaucoup de malades, docteur ? » Trop, dès lors que comme l’écrivait Ivan Illitch : « l’obsession de la santé parfaite est devenue un facteur pathogène prédominant »

(publié sur http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/il-y-a-beaucoup-de-malades-docteur/article-opinion-34169.html)

 

 

 


11/05/2018
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Une critique de Temps de guerre, temps de paix par l'auteur Claude Cotard

Claude Cotard
23 h

Temps de Guerre, Temps de Paix. Elide Montesi

Dès le premier chapitre, j'ai l'impression d'être replongé dans une trilogie d'Henri Troyat, que j'avais lu enfant, "les semailles et les moissons".

L'écriture et le style sont sensiblement similaires. C'est fluide et suffisamment accrocheur pour que très vite je parvienne à visualiser les scènes. Comme si je ne lisais plus, mais que j'étais plongé dans un film, sur grand (ou petit) écran !

Mais ce n'est pas du Henri Troyat ! C'est du Élide Montesi.

L'histoire de ces personnages, de ces familles, certaines en Allemagne, d'autres en France, pendant les années de guerre, puis, postérieures, et dont la vie est le jeu de la destinée et du hasard.

À travers l'adversité, la guerre, la paix, ils vont se croiser dans ce qui semble être une prédestination espiègle et facétieuse de la vie.

Personnellement, j'ai accroché très vite, ayant le désir d'en savoir plus. Les personnages sont très attachants !

Ils deviennent vite familiers. Observateurs invisibles, nous sommes témoins de leur état d'âme, de leurs actions.

Nous sommes plongés au coeur de leurs histoires, au milieu d'eux. Les rebondissements et les surprises ne manquent pas non plus ! Et à maintes reprises, nous nous exclamons " mais bien sûr !"...

Elide Montesi nous prend dès le départ par la main et nous conduit, via sa narration, là où elle le désire et parvient bien souvent à nous surprendre malicieusement.

Pour moi, un grand roman qui pourrait faire un très bon film ! J'ai adoré et j'en redemande !

Merci Elide Montesi !

 

 

https://www.facebook.com/claude.cotard1/posts/10216144224175848?comment_id=10216150797980189&reply_comment_id=10216150802820310&notif_id=1523516546209904&notif_t=mentions_comment&ref=notif

 


12/04/2018
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EBM, EBP ... et tutti quanti : (Texte publié dans le Journal du médecin du 09 mars 2018 sous le titre Une avalanche de sigles)

Bientôt trente-sept ans de carrière font de moi désormais un vieux médecin. Lorsque j’ai terminé mes études, j’avais appris que la base de la démarche médicale se fondait sur l’analyse des symptômes anamnestiques et physiques. Après l’anamnèse systémique et puis ciblée au cours de laquelle on récoltait le maximum d’informations concernant les plaintes du patient, venait ensuite l’examen clinique proprement dit avec ses quatre piliers : inspection, palpation, percussion, auscultation dont le résultat ouvrait la porte au diagnostic différentiel et une fois le diagnostic le plus probable envisagé, on pouvait enfin décider du traitement à appliquer, traitement se fondant sur les mécanismes physiopathologiques de la maladie diagnostiquée, l’enseignement reçu de nos maîtres ainsi que sur l’expérience personnelle acquise au fil de notre pratique et notre connaissance personnelle du patient.

Foin de ces pratiques et de ce langage d’une autre époque. La médecine a évolué et le langage médical aussi.

Maintenant, fini ce que d’aucuns appellent l’Eminence based medicine. L’EBM (evidence based medicine) et depuis peu l’EBP (evidence based practice) ont la cote. Des preuves, des preuves, il nous faut des preuves.

La connaissance du patient devient désormais les ICE (Ideas, Concerns, Expectations) et les éléments cliniques sont des données à encoder de manière structurée (SOAP : subjectif, objectif, appréciation et plan) et codifiée en ICD-10- CM avec un logiciel médical agréé. Nous ne définirons notre stratégie thérapeutique qu’après avoir procédé à une recherche dans la littérature médicale en posant une question PICO ((Patient-Intervention-Comparison-Outcome) afin de cibler l’objectif de notre recherche de RCT (randomized controlled trial, ) Pratiquer ensuite un CAT( Critically Appraisal of the Topic) permettra de discerner le vrai du faux. Heureusement, il existe des GPC ou RBP. Ces GPC doivent avoir été validées par le CEBAM avec l’instrument AGREE, qui permet de vérifier si les GPC reposent sur des preuves de bonne qualité axées sur le patient càd au moins une recommandation de force A sur l’échelle SORT (Strenght of RecommendationTaxonomy.) Les GPC et la mise en pratique de l’EBM ou de l’EBP seront évidemment mis régulièrement au programme de nos GLEM au cours desquels nous confronterons notre expérience à celle des autres médecins pour être sûrs que nos pratiques soient conformes aux standards des modèles de soins définis par nos dirigeants pour une meilleure qualité des soins, en réalité dans un souci essentiellement économique.

De la sorte, nous utiliserons de manière efficiente les examens tels que RMN, PETScan, ou dosage du PSA et prescrirons à bon escient et de manière efficiente les NACO pour la FA, les IPP pour le RGO, les IEC pour l’HTA, les AINS dans la PCE, les LABA et CSI pour la BPCO… pour ne citer que quelques exemples.

En fin de consultation, nous enverrons le SUMHER du patient au RSW (pour le sud du pays), pour autant que le patient nous ait donné son EID et son NISS pour que l’on puisse créer un lien ou une relation thérapeutique. Relation thérapeutique ? A vrai dire dans tout ce processus EBM de recherche de preuves formelles reste-t-il de la place pour une médecine basée sur l’ECRS (empathie, confiance, recherche d’un sens )?

 

 


09/03/2018
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Et si on laissait le temps au temps ?

En dépouillant mon courrier du lundi, je trouve des rapports d’un service d’urgence hospitalier pour une patiente. Le premier est daté du samedi, le second du dimanche. La patiente qui a consulté pour une infection ORL et à qui un traitement a été prescrit, est retournée au service des urgences le lendemain parce que sa plainte était toujours présente malgré le traitement… Un autre patient, qui a consulté le médecin généraliste de garde le samedi, me rappelle le lundi, inquiet de ce que le traitement prescrit au cours de la garde ne l’a pas débarrassé totalement de son problème. Ces situations sont banales en service d’urgence et en médecine générale : les gens veulent être guéris et soulagés en un claquement de doigts. Combien de fois me suis-je retrouvée à devoir expliquer à une personne récemment opérée que le fait d’être renvoyée à son domicile le soir de l’intervention ne signifie pas que tout est déjà cicatrisé et qu’elle peut reprendre ses activités directement comme si de rien n’était ?

Dans nos sociétés occidentales, où tout va de plus en plus vite (quitte à ne plus voir vers quoi l’on se dirige, mais c’est un autre sujet), efficacité devient synonyme de rapidité. Pourtant le corps humain lui, fonctionne toujours physiologiquement et métaboliquement de la même manière que celui de nos ancêtres. Pendant longtemps, avant que la médecine ne se fonde sur les sciences exactes ( et loin de moi l’idée de regretter cette évolution car c’est grâce aux sciences exactes, dites dures, que notre science médicale a pu progresser), une grande partie du traitement, en dehors de remèdes empiriques, consistait à mettre le patient au repos, c'est-à-dire au lit, avec des conseils d’alimentation (allant de la diète à la suralimentation) et le malade savait qu’il lui faudrait du temps pour se rétablir. On utilisait même un terme disparu du vocabulaire médical actuel : convalescence, désignant la période de transition entre la fin d’une maladie et de son traitement et la récupération par le malade de ses forces et de son état de santé antérieur. Actuellement les patients espèrent être guéris avant même la fin du traitement, quant à la convalescence, elle est devenue une notion obsolète, incompatible avec notre mode de vie actuel. Le repos est un remède devenu coûteux et que les médecins ne prescrivent plus sans qu’on ne les culpabilise. D’ailleurs, on ne prescrit pas du repos mais une période d’incapacité, càd d’inefficacité pour la société et qui se doit donc d’être la plus courte possible, et s’il n’y en a pas c’est encore mieux. Les durées d’hospitalisation sont de plus en plus brèves et le renvoi au domicile ne tient pas toujours compte des conditions de vie du patient chez lui. Décisions prises par un pouvoir qui ne sait pas comment vivent les gens qu’il gouverne. Les considérations budgétaires jouent un rôle dans la manière de prendre en considération le temps de guérison d’une pathologie.

Lorsqu’on parle du temps en médecine on évoque immanquablement les durées de consultations trop courtes pour le patient, les journées de consultation trop longues pour le médecin. Pourtant la réussite ou l’échec d’un traitement n’implique-t-il pas que l’on prenne le temps d’expliquer au patient que guérir nécessite un certain temps et qu’on puisse lui laisser ce temps ? (Elide Montesi, tribune publiée sur Le journal du médecin du 12 janvier 2018)

http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/quand-efficacite-est-synonyme-de-rapidite/article-opinion-32371.html

 


12/01/2018
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Médecin généraliste, catégorie à part (Tribune, Le journal du médecin, 2516, 3/11/2017)

Les médecins généralistes sont vraiment une catégorie à part de la profession médicale. Alors que l’évolution de la médecine spécialisée se fait dans le sens d’une technicité de plus en plus poussée avec une hyperspécialisation organique qui fait craindre bientôt des ORL spécialistes de l’oreille interne gauche et d’autres de l’oreille interne droite, le généraliste porte de mieux en mieux son nom.

Nous gérons en effet des patients porteurs de polypathologies, le plus souvent polymédiqués, et nécessitant des soins multiples. Notre rôle de soignant en tant que généraliste ne consiste pas à traiter un organe ou une partie d’organe, mais il implique une prise en charge du patient qui tienne compte de tous les facteurs : physiologiques, psychologiques, mais aussi environnementaux, sociétaux, anthropologiques. Cela nécessite de notre part un lourd investissement en temps, en énergie, en communications chronophages avec tous les intervenants médicaux et aussi sociaux, souvent pour un résultat peu conséquent, voire même sans résultats. Le médecin généraliste est un Sysiphe doublé d’un Don Quichotte.  

Et cerise amère sur un gâteau qui ne l’est parfois pas moins, être médecin généraliste, c’est aussi remplir une fonction administrative. Que ne pestons-nous pas contre cette paperasse, réelle ou de plus en plus souvent informatisée, qui envahit notre temps de consultation et le temps d’après ?   Voilà un rôle dont nous nous passerions bien, parce qu’il n’est pas « soignant » au sens où nous comprenons l’acte de soigner, parce qu’il n’est pas médical au sens où nous entendons la pratique médicale. Un rôle que l’on nous impose, que nous subissons à contrecœur et dont nous avons l’impression qu’il est dévalorisant pour la profession médicale. Pourtant, dernièrement, j’ai entendu un jour une patiente dire : « Je ne comprends pas pourquoi les médecins sont toujours de mauvaise humeur quand nous arrivons avec des papiers à remplir. C’est aussi une manière de s’occuper de leurs patients, non ? »

Certes, je continuerai toujours à m’insurger contre la bureaucratie tatillonne et kafkaïenne et toute simplification administrative est la bienvenue. Mais la réflexion de cette patiente a éclairé d’un jour nouveau mon rôle administratif que je jugeais méprisable et de seconde zone par rapport à mon noble rôle de médecin. Cette patiente n’a pas tort lorsqu’elle dit que remplir un document pour un patient c’est encore et toujours prendre soin de lui. Nous ne sommes pas moins médecins ou soignants lorsque nous remplissons un certificat, une demande de voiturette pour une personne atteinte d’un lourd handicap, lorsque nous introduisons une demande de remboursement pour un médicament, lorsque nous remplissons une demande de reconnaissance de handicap ou un dossier pour le CARA que lorsque nous pratiquons un examen clinique, un ECG, une spirométrie ou une suture, ou lorsque nous l’écoutons nous parler de son vécu. S’occuper de toute cette bureaucratie, rébarbative et fastidieuse, s’inscrit bien pour le médecin généraliste dans cette prise en charge du patient dans sa globalité. (Elide Montesi, 24 octobre 2017)

 


03/11/2017
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Critiques de mon dernier livre et le lien vers une interview par le même journaliste

Temps de Guerre, Temps de Paix – Elide MONTESI ISDN : 9782930756950 (éditions Acrodacrolivres)

 

Disons-le d’emblée, Elide Montesi est un(e) écrivain(e) belge qui mérite toute notre attention.  Femme réservée,  mais qui, si l'on a la chance de la surprendre à raconter l’Histoire, nous fait rapidement oublier le tumulte qui nous entoure.

Une femme passionnante et passionnée, que du bonheur !

L’Histoire, la Guerre ?  Que n’a-t-on pas écrit sur le sujet qui mérite notre curiosité ?  Sans vouloir éluder la question, je vous invite à vous plonger dans « Temps de Guerre, Temps de Paix ».  

Elide Montesi nous accroche par une simple interrogation ; comment les couples, quand l’un des deux conjoints se retrouvait prisonnier de guerre, ont-ils pu vivre la séparation pouvant s’étaler sur une période de cinq ans en ce qui concerne la guerre 1940-1945 ?  Certes, en temps de paix l’emprisonnement existe, reconnaissons cependant que le contexte ne porte pas à comparaison.  Un prisonnier de guerre ignore la date de sa libération.  Ainsi, au sentiment d’échec, de déchéance, s’ajoute une forme de torture psychologique.  Il est évident que l’amour était soumis à rude épreuve, chacun s’arrangera de ce célibat forcé en fonction des circonstances.  Cinq ans, ce n’est pas rien, c’est comme un pan de vie volé, un long fleuve d’intimité que rien ni personne ne pourra vous restituer.  Je ne vous ferai pas l’injure de vous dévoiler l’intrigue, ce livre mérite d’être lu.  Personnellement, je l’ai apprécié comme une sorte de glace à l’italienne.  Vous savez, ces cornets colorés qui découvrent des parfums inattendus et se dévorent avec avidité.  Je ne vous parle pas d’industriel, vous l’aurez compris, et si j’ose la comparaison c’est que ce roman se lit avec délectation.  Lire Elide Montezi, s’est se laisser aspirer en dehors de la réalité pour vibrer en compagnie des personnages qu’elle met en scène.  Guerre, séparation, amour, reconstruction.  Beaucoup d’interrogations  exprimées ou sous-entendues sur la question des blessures invisibles, ces couples brisés, ces prisonniers que l’on déconsidère, car pour nos civilisations la gloire se dévoile sous le feu des champs de bataille, rarement sous l’ombre des barbelés.  Du propre aveu de l’auteur(e), l’idée de ce roman est née faisant suite à la découverte d’une photo et d’un document cachés sous la couverture d’une partition.  C’est ce que j’admire chez Élide, ce côté positif et profondément humain.  Cette sensibilité particulière (en raison de ses racines ?), qui lève un petit coin de voile sur ce que l’Histoire semble occulter.

Cinq ans de séparation…  Après le plaisir des premiers regards vient le temps de se ré-apprivoiser.  Vous, vous êtes revenus vivant… Personne ne vous juge, vous n’en pensez pas moins surtout, oui surtout, quand vos yeux effleurent les noms gravés dans la pierre des monuments aux morts. Chaque prénom tremble  comme une accusation. 

Un roman écrit avec sensibilité.  Que puis-je ajouter de plus ?  La guerre est une machine qui n’épargne personne.   On fait chanter le clairon pour saluer les morts, rien de plus normal.  On distingue les héros, on écrit l’Histoire des batailles gagnées ou perdues, mais, oui mais, se souvient-on des ablations de liberté ?

Étrange ségrégation que de minimiser les meurtrissures provoquées par l’emprisonnement, il serait profondément injuste de les ignorer sous l’éclat des médailles.  Oui, sans la moindre hésitation, ce livre mérite notre curiosité.

 

 https://www.podcastgarden.com/episode/les-fruits-de-ma-passion_104808

 


12/09/2017
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Médecin et écrivain, comment est-ce possible ? (Tribune du Journal du médecin du 01/09/2017)

Voici plusieurs années déjà, je m’étais amusée de l’étonnement manifesté par un de nos enfants, quelques semaines après être entré en classe maternelle, lorsqu’il avait rencontré son institutrice en train de se promener dans le même endroit que nous. Nous lui avions expliqué alors que sa maîtresse d’école avait une vie en dehors de son travail, une maison, une famille, des amis et des loisirs.

J’évoque cette anecdote parce que j’éprouve le même amusement lorsqu’au cours des salons où j’expose mes toiles ou présente mes livres, j’entends des visiteurs s’étonner du fait que j’écris et que je peins alors que je suis médecin généraliste toujours en activité. La question : «Mais comment trouvez-vous le temps d’écrire ou de peindre avec une profession si prenante ? » est souvent posée par mes interlocuteurs du moment, parfois sur un ton où je sens comme un peu de réprobations à l’idée que ce temps consacré à mes hobbies, je l’enlève à mes patients. Je suis alors partagée entre l’amusement et la contrariété en constatant que ces personnes ne voient plus en moi l’auteur ou le peintre que je leur montre, mais exclusivement un médecin qui se dévoie sur des chemins de traverse qui seraient incompatibles avec la voie professionnelle. Amusement parce que je me retrouve comme avec mes enfants à devoir expliquer que ma vie ne se résume pas à ma profession et que j’aime à mettre en pratique ma créativité autrement comme cela est le cas aussi pour bon nombre de mes consoeurs et mes confrères.

Mon sentiment de contrariété vient du fait que, dans cette interrogation quant à la difficulté voire l’impossibilité pour un médecin de pouvoir se consacrer à autre chose qu’à sa profession, on voit que la représentation la plus populaire est celle du médecin qui ne vivrait jour et nuit qu'avec son stéthoscope au cou et le téléphone à l’oreille, consacrant sa vie et son temps à ses patients et ne s’accordant aucun repos, aucune distraction. Bref, nombreux sont encore ceux qui considèrent que la médecin ne peut être qu’un sacerdoce dévorant. N’est-il pas effrayant de constater que le médecin dans l’imaginaire collectif est celle finalement d’un individu débordé, proche du burn-out voire déjà en plein burn-out ?

« Medice, cura te ipsum » : s’il veut vraiment être utile, un médecin se doit de prendre d’abord soin de lui-même, en veillant à garder un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée, entre travail et loisirs. La pratique d’un art sous quelque forme que ce soit, le sport, les activités en rapport avec la nature, la musique, la lecture (autre que celle de la littérature médicale si bonne soit-elle), le partage d’activités avec sa famille sont autant de moyens nécessaires pour nous soigner, évacuer la pression de notre travail qui nous plonge quotidiennement dans une réalité douloureuse. Justement parce que notre profession est prenante, exigeante et lourde, nous avons besoin de soupapes de sécurité, d’aires de détente sur notre parcours. On nous impose une formation complémentaire pour maintenir nos compétences professionnelles, heures de formation qui empiètent sur nos heures de loisirs et de repos, au risque d’en faire bondir certains, ne pourrait-on nous « imposer » de prouver que nous avons un hobby quelconque ?

Nous, médecins, abordons l’humanité quasi exclusivement par le biais de sa fragilité, de ses blessures, de ses dysfonctionnements, au risque de ne plus voir l’être humain que comme un malade présent ou à venir. N’est-ce pas important pour appréhender nos patients dans leur globalité que nous prenions le temps de partager des activités qui nous les font rencontrer autrement que comme simplement des patients justement ? Et en conséquence, nous prouvons ainsi que nous sommes nous aussi des êtres humains à part entière, qui vivent en dehors de leur cabinet médical, qui savent faire autre chose que la pratique de la médecine. Le besoin de nous ressourcer ne se limite pas seulement à quelques jours ou quelques semaines de vacances annuelles, il est nécessaire d’avoir notre ballon d’oxygène tous les jours à notre portée. Respecter ce besoin vital me semble capital pour la survie de notre profession.

http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/medecin-generaliste-et-ecrivain-comment-est-ce-possible/article-opinion-30601.html

 


01/09/2017
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Les risques du métier(article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Les risques du métier (article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Le Conseil de l’Ordre des médecins nous invite à participer à une enquête intitulée « La violence à l’encontre des médecins au sein de la relation médecin-patient ».

Cette enquête a pour but de recueillir des informations quant à la prévalence des types de violences à l’égard des médecins (…)

Un questionnaire entièrement et correctement rempli vous donnera un point d’accréditation en Éthique et Économie. »

En lisant la communication de l’Ordre des médecins, je n’ai pu manquer de me sentir interpellée

par le fait que répondre à ce questionnaire permet de gagner un point d’accréditation.

Le Conseil de l’ordre suppose donc que notre sécurité nous est tellement indifférente qu’il faille nous motiver par des points d’accréditation

pour répondre à leur questionnaire.

Cette initiative prouve en tout cas la volonté d’une de nos instances supérieures de prendre au sérieux notre sécurité au travail.

Il est temps enfin de reconnaître que nous généralistes pratiquons un métier à risque : violences verbales, menaces, intimidations,

coups et blessures, violences sexuelles et même meurtres, comme celui dont a été victime notre regretté confrère Patrick Roelandt.

Des mesures de précaution sont-elles cependant vraiment possibles ?

Nous pratiquons une profession dont la pierre angulaire est une relation de confiance entre deux personnes.  

Or, qui dit vigilance implique aussi méfiance. Par exemple, lever le secret concernant le casier judiciaire d’un patient est une mesure certes utile d’un point de vue sécuritaire,

mais ne risque-t-elle pas de nuire à la qualité des soins en modifiant, fut-ce inconsciemment, le regard que nous porterons sur ces patients ?

Et lorsque nous saurons que tel patient est un repris de justice potentiellement dangereux, quelle suite faudra-t-il donner à cette information ?

Se faire accompagner d’un policier au cours d’une visite à domicile le concernant ? Porter un gilet pare-balle, suivre des cours d’autodéfense (éventuellement accrédités) ?

Lors des déplacements en garde de nuit, en ce qui concerne notre rôle de garde, nous avons le privilège d’être accompagnés d’un chauffeur

qui a mission d’entrer avec nous au domicile du patient.

Certes, les déplacements sont rendus plus agréables par la présence réconfortante de ces auxiliaires au demeurant très sympathiques.

On peut s’interroger toutefois quant à l’atteinte à la confidentialité que constitue leur présence.

Ils savent se faire discrets, restent souvent dans la pièce voisine ou dans le hall et je ne mets pas en doute leur capacité à taire ce qu’ils ont surpris de la consultation.

Mais d’une part, ils ne sont pas armés, et d’autre part leur présence serait-elle vraiment dissuasive pour un forcené armé et

ne courraient-ils pas autant de risques que nous  s’ils cherchaient à s’interposer ?  

Par ailleurs, nous ne disposons d’un chauffeur que pour le service de nuit, en journée, nous restons livrés à nous-mêmes.

Si nous sommes peut-être statistiquement plus à risque de subir une agression la nuit, elles ne sont pas exclues pendant le jour…

même de la part de patients que nous connaissons pourtant bien.

Au cabinet, nous bénéficions de plus de sécurité : bip d’appel personnel, système de télévigilance et caméras de surveillance, la technologie nous assure une protection relative.

Relative, car même si elle peut avoir un effet dissuasif, elle ne nous met pas à l’abri d’un mauvais coup.

Au-delà des moyens de protection tels que système d’alarme, chauffeurs, et autodéfense, au-delà de la déclaration de toutes les agressions que nous subissons,

nous pouvons aussi nous former à la gestion des conflits pour désamorcer toutes les situations susceptibles de déraper en occasion de violences verbales et de manque de respect.

Tiens, respect : voilà le mot-clef qui arrive.

Notre profession est victime d’un manque de respect de plus en plus flagrant non seulement de la part de certains patients, mais aussi de la part de nos dirigeants.

Comment voulez-vous que les gens aient de la considération et du respect pour une profession aussi décriée que la nôtre ?

On n’arrête pas de renvoyer de nous, non l’image de personnes qui consacrent leur temps et leur vie (parfois au sens propre) pour aider et soulager les patients,

mais le plus souvent celle de gens qui prescrivent trop ou trop peu et de toute façon toujours mal, qui dépensent sans réfléchir l’argent de la sécurité sociale,

qui font trop de certificats à mauvais escient, que l’on doit contrôler en permanence, qui doivent toujours se justifier

et à qui il faut régulièrement rappeler comment ils doivent faire leur métier …

Nous nous adressons aux pouvoirs publics pour qu’ils prennent des mesures pour limiter la violence dont certains d’entre nous sont victimes

alors même que nos instances dirigeantes nous font violence tous les jours.

Et enfin si nous nous respections plus et mieux d’abord nous-mêmes ?

Pourquoi notre profession ne pose-t-elle aucun geste fort lorsqu’un l’un des nôtres se fait trucider ?

Pourquoi n’y a-t-il eu aucun mot d’ordre de grève, même brève, aucune marche blanche ni manifestation publique de solidarité

(autre que l’invitation à faire nos consultations avec un brassard noir) lorsque par exemple notre confrère Patrick Roelandt s’est fait égorger par un patient ?

On critique les chauffeurs de TEC qui débraient au moindre pet de canard, mais au moins font-ils preuve de solidarité et expriment-ils ainsi leur volonté d’être mieux considérés.

Nous, médecins ne bougeons pas, jamais ou trop peu, quelques réactions sur les forums médicaux, dans nos journaux professionnels pour dénoncer les pouvoirs publics qui ne font rien

et puis c’est tout, l’indignation retombe comme un mauvais soufflé.

Nous acceptons dans l’indifférence que notre profession devienne un métier à risque.

L’Ordre des médecins l’a bien compris d’ailleurs puisqu’il pense que pour nous motiver à répondre à son enquête, il doit nous offrir des points d’accréditation…

L'indifférence à notre propre égard n’est-elle pas finalement la cause la plus violente de toutes les agressions que nous subissons ?

 


28/04/2017
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Mon dernier roman : Temps de guerre, temps de paix

Voici quelques années, en examinant de vieux recueils de partitions ayant appartenu à son grand-père paternel, ancien prisonnier de guerre, musicien et chef d’Harmonie, mon mari trouva, bien cachée sous la couverture de papier bleu qui recouvrait l’un deux, une enveloppe jaunie et presque en lambeaux, contenant deux lettres datées de 1947, provenant de la zone russe en Allemagne ainsi que la photo d’une jeune femme tenant un enfant dans les bras. Une des deux lettres était adressée au grand-père de mon mari, l’autre à un inconnu prénommé Armand qui d’après le contenu de la lettre était le père de l’enfant sur la photo.  Faut-il préciser que nous avons essayé d’en savoir plus ? Mais notre enquête ne nous a pas vraiment permis d’aller au-delà de ce que mon mari savait déjà : son grand-père, ancien prisonnier de guerre en Silésie dans le stalag VIIIA pendant la Deuxième Guerre mondiale, avait gardé des contacts avec des Allemands qu’il avait rencontrés en captivité, dont le directeur des cristalleries  et le propriétaire de la ferme où il avait travaillé.  Nous n’avons rien découvert à propos d’Armand. Avoir en mains quelques pièces d’un puzzle dont toutes les autres ont disparu a enflammé mon imagination et tout un roman s’est lentement dessiné.

Le livre de Daniel Dellisse « Une guerre en captivité (publié à la Renaissance du livre, avril 2015) a été une grande source d’information concernant les conditions de vie dans les stalags. Les témoignages des trois anciens prisonniers de guerre rapportés par l’auteur de ce livre correspondaient à ce que je pouvais deviner des photos envoyées à son épouse par le grand-père de mon époux, ainsi que tous les sites internet abordant la vie dans les stalags 

Sur le site du CAIRN, j'ai découvert la thèse de Fabien Theofilakis, agrégé d’histoire, qui s’est intéressé à la sexualité du prisonnier de guerre (publié dans Vingtième siècle, revue d’Histoire 2008/3(n°99) Presses de SciencePo), permettant de comprendre ces liaisons dangereuses qui se sont nouées entre ceux que l’on avait déclarés ennemis.

La zone russe d’où provient la lettre s’est retrouvée à faire partie de la RDA, état aujourd’hui disparu. Pour approcher le quotidien des Allemands de l’Est, deux ouvrages m’ont beaucoup appris sur le sujet. Tout d’abord celui de Jean-Pierre Hammer, Le vrai visage de la RDA entre la Stasi et l’opposition démocratique (publié aux éditions Septentrion presses universitaires, 2010) et aussi Histoire d’un Allemand de l’Est par Maxim Leo (publié chez Acte Sud, 2010) 

Tous les faits racontés relèvent entièrement de la fiction même si quelques anecdotes sont véridiques. Ce livre n’est qu’un roman. (Falisolle, octobre 2016)

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03/03/2017
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Mon troisième livre et premier roman : Les lignes brisées

 

Sophie est une étudiante d'une vingtaine d’années lorsqu’elle rencontre Luca, avocat, âgé de 40 ans et marié.  Vingt ans après la rupture douloureuse qui a suivi leur liaison passionnée,  le hasard les fait se retrouver.  Chacun d’eux se remet alors en mémoire les souvenirs de leur relation et des événements qui ont bouleversé leurs existences après leur séparation. A l'heure où leurs destins se croisent, la vie continue son parcours en lignes brisées.

Une intrigue amoureuse, des destins analogues, des histoires de couples qui se font, se défont, des vies qui se croisent, se séparent, se retrouvent, des secrets, des mensonges, un récit qui voyage entre présent et souvenir, de Belgique en Italie et une fin inattendue : voici la trame de mon premier roman de fiction.lignebrisee_cover.jpg

 

un commentaire de Martine Rouhart à propos des lignes brisées

Un roman qui raconte la vie comme elle vient, comme elle va, avec ses hauts et ses bas.. Plusieurs existences, qui tantôt surfent sur le sommet de la vague et tantôt se démènent en son creux.  Une histoire d'amour entre Sophie et Luca, avec ses aller-retour, son cortège de doutes de questionnements, et de petites trahisons, mais pas seulement. Viennent s'y imbriquer les destins en ligne brisée d'autres personnes qui gravitent autour d'eux : la mère de Sophie, Eléonore, et Lucia, la femme de Luca (pour laquelle j'ai une pensée particulière- Lucia, malade, qui devient écrivain et pour qui s'ouvre une nouvelle vie inattendue). Il y est question aussi de tous les non-dits entre des personnes proches (proches et lointaines ;), que les années et les hasards de la vie se chargent souvent de révéler un jour ; mais est-ce encore temps, alors? (Martine Rouhart)

Un commentaire de Carine Geerts :Je suis sous le charme de cette histoire.  C'est un texte très émouvant puisqu'on y parle de vie et d'amour.  Le début de ce roman me fait penser à ces départs de train où on pense que l'on a peut être le temps de descendre, mais très vite, il est trop tard et nous sommes définitivement embarqués.  On ne lâche plus la lecture pour savoir jusqu'où Sophie ira pour "retrouver" celui qu'elle a perdu.
Le sujet est original.  Sophie est touchante, attachante et l'histoire est convaincante.
J'aime beaucoup l'écriture de Elide.  Elle a une façon bien à elle pour décrire les états d'âmes de Sophie et de Luca. 
Entre présent et passé, l'histoire se tisse et se livre.  Elle met en évidence l'attente, la solitude, la sensibilité à fleur de peau, le doute, la rupture, l'angoisse et la peur.  Tout y est bien ciblés.
Il y a une continuité qui pique la curiosité de la lectrice que je suis et l'incite à tourner les pages jusqu'à la fin.
C'est le troisième livre que je lis de Elide Montesi et j'attends le prochain avec impatience.http://carine-geerts.skynetblogs.be/archive/2017/01/16/les-lignes-brisees-elide-montesi-acrodacrolivres-8691118.html

 


15/11/2016
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La nuit n'est jamais complète : commentaires de lecteurs

Pierre Lerot

Bonjour Elide, je viens de terminer la lecture de ton livre "Le nuit ...".J'ai beaucoup apprécié. Par sa facilité de lecture tout d'abord, mais aussi et surtout pour le témoignage sur la vie de ta famille et l'amour qui s'en dégage malgré la dureté et les exigences de cette vie là. Vie que je savais très pénible, mais tu m'apportes un éclairage nouveau de la vie de tous les jours tout au long de ce siècle passé en Italie et ensuite en Belgique. Tes parents ont été vraiment exemplaire dans un monde qui est loin de celui qu'on rêve. Félicitations. Pierre.

Christel Mariën "La nuit n'est jamais complète" de Elide Montesi, édité aux éditions Acrodacrolivre, est un roman étonnant, dont le style littéraire devrait ravir les lecteurs qui ont apprécié le roman "Les saisons et les jours" de Caroline Miller (prix Pulitzer de 1934, roman culte sur le sud, paru juste avant "Autant en emporte le vent") La nuit n'est jamais complète, roman biographique, agréable à lire, s'inscrit dans le contexte de la migration de nombreux italiens vers la Belgique au sortir de la deuxième guerre mondiale et évoque admirablement et avec bonté les écueils rencontrés et surmontés. (Montesi Elide - La nuit n'est jamais complète. Edition Acrodacrolivre 2015)

 

Carine Geerts : Le livre "La nuit n'est jamais complète" d'Elide Montesi est son deuxième roman publié par les éditions Acrodacrolivres.
Ce roman est une "chronique familiale" qui commence en Italie et continue en Belgique. L'auteure a réussit à y mêler l'histoire et la romance.  C'est émouvant de suivre la vie d'Annetta, Antonio, Vera et Léo.  
Entre présent et passé, petit à petit, la toile se tisse, l'histoire se livre.  L'auteure tout en douceur, avec beaucoup d'émotions nous montre, un peu plus à chaque page, un pan de vie de ses personnages, mais de la sienne aussi.  Elle en dévoile assez pour satisfaire notre curiosité.  Ce livre, c'est beaucoup plus qu'une histoire, c'est beaucoup plus qu'un drame, c'est une symphonie d'émotions que l'on ne peut pas ignorer.  C'est une belle histoire que l'on ne veut pas quitter.
Elide, tu peux être fière de ta famille...
C'est le second livre que je lis de toi, et j'attends les suivants avec impatience.

http://carine-geerts.skynetblogs.be/archive/2016/01/09/la-nuit-n-est-jamais-complete-elide-montesi-les-editions-ac-8552784.html

Flora Garcia Sanchez Chère Elide Montesi - je suis au dernier chapitre de ton livre

et waouwww - je n'ai pas envie qu'il finisse - je voudrais que l'histoire continue.
C'est prenant du début jusqu'à la fin.
Belle histoire de ta famille - simple - heureuse - triste - et toi qui es devenue ce que tu es maintenant - charmante - simple - heureuse et toujours aussi timide (hihihi) malgré tout ce long périple - BRAVO.

Encore merci pour ce beau voyage dans le temps Elide Montesi, celam'a fait me rappeler de ma propre enfance - arrivée en Belgique l'hiver 1954 - le Canal de Molenbeek était gelé !! BRRRR et puis la suite - un périple aussi - mais sutout pour mes parents et SOUVENIRS SOUVENIRS.

Myriam Radis Elide Montesi a pris sa plume pour une seconde fois et m'a dévoilé sans tomber dans le mélo, la trajectoire de ses parents. Tout le long du livre, j'ai partagé les épisodes marquants de leur vie Ils sont arrivés d’Italie en Belgique dans les années 50 , en pleine « bataille du charbon ». Fuyant la misère de leur pays...ils quittaient la lumière d’Italie pour aller travailler dans les entrailles de la terre. Cela me touche d'autant plus que mon papa à vécu le même parcours quittant, la Grèce et ses moutons pour descendre à la "fosse" comme il dit. Je retiendrai plus la combativité de sa maman Vera qui a su faire face devant l'adversité...je vous conseille vivement sa lecture. C'est une écriture simple et narrative, on ne se lasse pas et dès les premières lignes on s'y accroche...Ps suis fière d'avoir œuvré à sa couverture...."La nuit n'est jamais complète"

Régine Lannoy (Flora Panesi) : Voyage dans le temps, entre le Sud et le Nord, dans l'Histoire, et dans une histoire, celle de ta famille, de tes parents. D'emblée les titres des chapitres m'ont séduite. Cette histoire de vie "qui s'apparente à un roman", toute cousue de simplicité, de difficultés, mais aussi d'amour et de courage est un témoignage précieux. Du soleil et de la douceur de la terre italienne (qui pourtant a vu partir tant de ses enfants) aux ciels gris et difficiles des charbonnages belges (derrière lesquels se découvrent aussi de "vertes prairies et l'odeur de la terre après la pluie")nous suivons avec émotion le parcours d'une enfant, devenue femme, d'un couple puis d'une famille, à travers les méandres lumineux et obscurcis de l'existence, entre les rêves et la réalité... Ces vies que tu racontes avec tendresse et lucidité, ces vies qui se croisent, se mêlent, se nourrissent les unes des autres, nous disent la Vie faite de bonheurs, de douleurs, mais aussi d'espoir. Car oui, comme le dit si bien le titre que tu as choisi pour ton livre, "La nuit n'est jamais complète. Au bout du chemin, une fenêtre ouverte, une fenêtre éclairée... La vie à se partager." Ton hommage est complet, riche, émouvant, vrai... c'est une vague d'humanité ! Merci Elide !

Micheline Cyr je voulais te remercier pour la nuit que j'ai passé avec ton dernier livre que je n'arrivais pas à lâcher avant la fin. L'écriture est belle et le roman agréable à lire, tu as un réel talent bonne continuité et merci encore. C'est généreux écrire, partager.

Aurelie Di Girolami : 

"La nuit n'est jamais complète" est le second roman d'Elide Montesi publié aux éditions "Acrodacrolivres" qui est la maison où je vais moi-même publier un roman prévu pour début 2016. Ma marraine chérieee (que j'embrasse fort) a fait la photo qui a servi à la conception de la couverture du livre. Du coup, j'ai eu envie de lire ce bouquin.

 J'avais un peu peur en commençant ma lecture. Je voulais être sincère avec l'auteure sur ce que j'avais pensé de son livre et je partais, je dois l'admettre, plutôt négative car ce n'est absolument pas mon style de lecture. Et finalement, je n'ai pas aimé, ni adoré, j'ai tout simplement surkiffééééééééééééé! Je l'ai lu en deux jours et je n'arrivais plus à reposer ce roman. C'est la chronique d'une famille italienne pendant la deuxième guerre mondiale. Je suis plutôt du genre réticente avec les faits historiques mais Elide a trouvé un moyen de rendre ça captivant, intéressant en mêlant histoire et romance. Je ne me suis pas ennuyée une seule seconde et j'ai eu l'impression d'apprendre plein de choses sur cette période. On y parle de la guerre, de l'immigration et de la famille et toutes les valeurs mises en avant par l'auteur m'ont vraiment bouleversée. J'ai eu l'impression d'en apprendre un peu plus sur ma propre famille et sur ma propre histoire. Je me suis complètement laissée embarquer par cette magnifique histoire (vraie, de surcroît) et je recommande chaudement ce magnifique ouvrage à quiconque souhaite passer un superbe moment de lecture.( http://par-amour-des-livres.blogspot.be/2015/11/la-nuit-nest-jamais-complete-delide.html?showComment=1446807861314#c3660862886609947272)

Veronique Golart : 

Merci pour ton livre. Je l'ai lu d'une traite.Tu nous avais déjà raconté l'histoire surprenante de ta famille et c'était un plaisir de la lire.J'ai beaucoup appris de la condition des Italiens tant dans leur pays qu''en Belgique au lendemain de la guerre...Bravo pour cet ouvrage!

Marie-Paule Gardet Voilà , livre terminé ! J'ai été en admiration devant autant de courage de cette famille qui est la tienne ! Livre émouvant, famille avec beaucoup de personnalités, tantôt triste, tantôt amusant.. Une vie d'exemple qui t'a permis d'être ce que tu es aujourd'hui ! Médecin, artiste, musicienne et... écrivain ! Je recommande ce livre vivement, car dans la vie, rien est facile, mais, l’amour, les efforts et la volonté y sont, et vous encourage à en prendre de la graine !! Merci Elide ! A quand ton prochain ? 

Amanda Bourguignon Je l'ai acheté par amitié.... , je l'ai commencé par curiosité ...... , et au final je l'ai dévoré en une soirée , merci de nous avoir conté cette merveilleuse histoire , qui m'a beaucoup touchée .

Nicole Dupuis J'ai lu "les filles d'Hippocrate" et je vais terminer "La nuit n'est jamais complète" avant de les offrir à ma maman. Je crois qu'elle va être contente de son cadeau, j'ai beaucoup aimé.  bravo Elide Merci pour ce voyage dans le temps.

 Nadine Colmant de Kock  Dès que j'ai commencé à lire ce livre j'étais avide de connaître la fin et on est tenté de le lire d'une traite. J'ai beaucoup aimé, j'ai trouvé le caractère reposant et l'espace aéré. Pour avoir vécu à Jumet au pied de terrils je connaissais l'immigration italienne.. j'avais douze ans à la catastrophe du Bois du Cazier , j'ai vu mineur et protection civile et secours de longues semaines durant dans les trams vers Charleroi. Nous entendions les commentaires, cela m'a marqué J'ai beaucoup aimé les deux parties la première en Italie, la seconde plus triste avec le problème de santé de ton Papa, j'admire beaucoup aussi ta Maman, seule face à la lourdeur d'être épouse de Léo, dans des conditions tragiques, d'être Maman, d'être mère au Foyer et jardinière . Je ne te cache pas mon admiration profonde et félicitations à ce couple confronté à des préjugés .  Ouf les progrès de la médecine, mais dur dur de vivre la perte de la vue. Et j'ai une douce pensée pour ce couple vaillant. Merci à Toi Elide de nous avoir permis de découvrir ce livre.

Anne Bodart :  J'ai profité de notre séjour dans le Jura pour lire ton livre qui m'a appris des choses que je ne connaissais pas... J'ai vraiment apprécié cette lecture, cet espoir qui continue à être en nous.... Très beau livre !!!

Cecile Minsart : J'ai terminé ton livre et il est magnifique ! Un peu triste à certains moments mais j'ai adoré. Félicitations, continue comme ça  ! Vivement le prochain !

Martine Rouhart Voilà, chère Élide, je l'ai lu! J'ai trouvé ton livre vraiment très intéressant et touchant.A travers les joies, les peines et les difficultés rencontrées par Vera, j'ai appris beaucoup de choses, notamment sur le mode de vie de toute une catégorie de gens à cette époque. Il s'agit de la chronique d'une famille attachante mais pas seulement, c'est aussi une chronique historique très précise et détaillée sur une période qui a bouleversé de nombreuses vies.C'est aussi un livre d'espoir, comme tu le dis si bien avec Eluard, la nuit n'est jamais complète...merci!

Marylène Guilbaud Je l'ai lu avec beaucoup d’intérêt. L'émotion m'a submergé à plusieurs reprises. La vie pleine de difficultés et de courage d'une jeune femme Italienne venue vivre en Belgique, ne vous laissera pas indifférents. Je vous le conseille....

Odile Coulon De l'émotion, le parfum de l'Italie, de la dignité, de la simplicité et surtout après la dernière page, la force de continuer ..

Nicole Annet : bien que je connaisse en grande partie l'histoire de tes parents, j'ai lu ton livre en une soirée.Il est bien écrit et leur parcours de vie est un fameux sujet de roman

Angelo Montesi Suite à la lecture de ce roman, j'ai découvert des aspects du caractère de ma mère qui m'étaient inconnus, ainsi qu'un profond sentiment de gratitude de ce que mes parents, malgré les aléas que la vie leur a fait subir, ont fait pour mes sœurs et moi afin de nous offrir un avenir plus radieux que le leur. Merci Elide pour ce bel ouvrage qui mérite d'être lu. Ne jamais abandonner, toujours avancer, il y a toujours la lumière au bout du tunnel...

Colette Decock Que dire de ton livre sinon qu'il est passionnant.
Quelle vie que celle de tes parents, la tienne aussi, quel courage il vous a fallu pour voir le positif de la vie et le soleil qui se cache parfois tellement bien derrière les nuages.
Mais vous y avez cru et il a fini par briller. Merci pour ce moment de lecture

Marie-Luce Seressia suis sous le charme.....Rarement une lecture m'a émue à ce point, en particulier, vers la fin....(Chez nous, mes parents disent "àl'mojone" ) Je ne peux que conseiller la lecture de ton deuxième opus ...ton écriture sonne juste, les renseignements historiques sont pertinents.....suis fan 

Christine Scohier  Merci pour ces moments de lecture. Après la lecture on sait d'où viennent tes talents de peintre , d'écrivain et ton amour pour ton métier , la façon de regarder tout ce qui t'entoure ,la nature et les lumières ! Ton papa doit être fier de toi. Une histoire de vie qui nous fait comprendre le "on ne sait plus si on est d'ici ou de là bas" . (...). Je crois que la personne qui quitte son pays en souffre toute sa vie , même si il est "intégré " dans son nouveau chez lui .

Estelle Kabwagira En lisant ton livre, j'ai l'impression de t'entendre parler (avec tes gestes bien entendu ! Sincèrement, je vous le recommande ... il est vraiment bien !Elide, tu me scotches dans le divan un week-end sans pc ! C'est un exploit !

Christian Picard : "J’ai lu ton livre avec beaucoup de plaisir et aussi beaucoup d’émotion. J’ai apprécié ton style que je trouve alerte et qui maintient un intérêt constant dans une histoire dépourvue des suspens auxquels la littérature actuelle nous a habitués. Tu nous décris des scènes de la vie quotidienne d’une famille italienne en y incluant les réactions psychologiques des protagonistes avec finesse et respect, pas d’armes à feu, pas de sexe ! Ce sont surtout tes parents qui m’ont ému, leurs espoirs déçus, leur résilience et leur lutte pour une vie pourtant difficile parsemée de malheurs. 

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20/09/2015
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Naissance d'une oeuvre

Il vient un jour où il est important et nécessaire de remonter le cours du temps et de retrouver nos racines.   

Lorsque les gens qui nous ont précédés ne sont plus, il reste alors le souvenir des histoires entendues mille et une fois. Histoires qui nous ravissaient quand nous étions enfants, parce qu'il nous semblait impossible que nos parents aient été eux aussi des enfants. Anecdotes qui nous agaçaient quand nous étions adolescents parce qu'à cet âge nous voulons refaire le monde par nous mêmes et le passé, c'est le passé. Récits dont on souvient avec nostalgie lorsqu'on devient vieux soi-même et que l'on ne veut pas voir dériver et se perdre dans l'océan du passé l'histoire de ceux qui nous ont portés. Parce qu'ils ont été ce que nous sommes et que nous sommes devenus ce qu'ils ont été. 

Travail de mémoire, au départ de ce dont on se souvient et puis de quelques photos jaunies par le temps. Travail aussi d'imagination, dans le vrai sens du terme qui consiste à mettre des images et des représentations sur les mots racontant des vécus passés. Travail d'élagage pour dégager ce qui paraît important à souligner, ce qui nous a le plus marqué. Travail aussi de documentation et d'information pour situer ces histoires au coeur de l'Histoire et mieux comprendre.

Pour que la nuit qui efface les souvenirs ne soit jamais complète. 

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14/08/2015
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Ma recherche du temps perdu

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"Ma mère évoquait souvent et avec force détails, ses
souvenirs d’enfance et sa jeunesse italienne. Mon père
aimait aussi raconter les anecdotes les plus saillantes de
sa vie avant son arrivée en Belgique. Souvenirs sombres
de la vie sous le fascisme et pendant la guerre sous le
soleil d’Italie, mémoire de la vie des mineurs immigrés
dans la Belgique des années 50 à l’ombre des terrils,
souvenirs douloureux de la maladie de mon père qui
changea le cours de leur vie. Mais, cette vie difficile semée
d’humiliations et de drames familiaux et personnels,
a été éclairée par de nombreux moments d’insouciance,
de tendresse et des anecdotes drôles, autant d’éclaircies
dans un ciel pas toujours clément. Parce que la nuit la
plus noire n’est jamais complète." (extrait de La nuit n'est jamais complète)


02/08/2015
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Le vrai rôle du médecin généraliste

L’idéal à la base de toute vocation médicale qui se respecte est de soigner les malades et surtout les guérir, la suprême ambition étant celle de sauver les vies. Même ceux qui optent pour consacrer leur vie à la recherche plutôt qu’aux patients ont pour but de guérir les malades et de sauver des vies en trouvant au fond d’une éprouvette le remède miracle. Quelqu’un connaît-il des étudiants en médecine dont l’objectif serait de réaliser des tâches administratives ? Certaines spécialités médicales comme la chirurgie semblent privilégiées en termes de guérison. Mais à nous généralistes, le travail in vivo apprend vite l’humilité. Entre les maladies qui guérissent toutes seules, celles dont on ne guérit pas et qui tuent, celles qui ne guérissent pas et avec lesquelles les patients doivent vivre, les maladies fonctionnelles dont la souffrance est bien réelle, admettons qu’on guérit peu. Et lorsque nous diagnostiquons des pathologies curables, les traitements efficaces sont rarement de notre ressort. Par ailleurs des revues comme Prescrire ou Minerva nous rappellent que bon nombre de nos interventions sont non valides. Bref, les médecins généralistes, peuvent rarement s’enorgueillir de la gloire des guérisons.
Mais la sagesse populaire ne dit-elle pas que prévenir vaut mieux que guérir ? Voilà un beau rôle pour nous généralistes : la promotion de la santé, l’éducation à la santé, la prévention … Empêcher les gens de « tomber malades », préserver cette richesse sans prix qu’est la santé nous rend à notre idéal de « sauveur de vie » en étant le premier rempart contre la maladie.
Dans ce domaine aussi, nous devons faire preuve d’humilité surtout depuis que l’OMS a défini la santé comme un état de bien être physique, mental et social : assurer ces trois conditions à chaque être humain n’est plus du ressort du médecin seul. L’histoire nous apprend que les actions politiques et sociales ont fait autant que la médecine. Une meilleure hygiène, de meilleures conditions de vie, l’accès à l’eau potable et les égouts ont aidé plus que les antibiotiques à la disparition des maladies infectieuses …. Certes les vaccins sont une des avancées préventives les plus remarquables du XXe siècle mais la volonté politique est nécessaire pour que ces vaccins soient accessibles à tous. La santé des gens dépend beaucoup plus des choix politiques et des choix de société que de nos interventions de généralistes. Par ailleurs, un bon battage médiatique et l’action d’éducateurs de santé semblent tout aussi efficaces qu’un diplôme médical pour dire aux gens qu’ils doivent manger sain, bouger plus et ne pas fumer…,
Et la prévention n’est-elle pas qu’une illusion ? Les gens survivent désormais aux épidémies infectieuses mais vieillissent en affrontant les maladies cardiovasculaires. La prévention des risques cardiovasculaires diminue la mortalité d’origine cardiovasculaire mais celle par cancer augmente. L’allongement de l’espérance de vie attendue avec la diminution de la mortalité par cancer suite aux campagnes de dépistage entraîne l’augmentation des pathologies dégénératives. En réduisant le risque d’une cause particulière de décès, on change simplement les causes de la mort.
Alors à quoi servons-nous ? Loin des prouesses techniques réalisées par nos confrères spécialistes oeuvrant dans un univers hypertechnicisé, notre rôle semble des plus modestes, occupés que nous sommes à gérer le doute et la chronicité. Nous, généralistes, sommes les spécialistes des maladies qui ne guérissent pas et dont la prise en charge se résoud à mettre en place un accompagnement adapté au vécu de chaque patient. Nous ne les guérissons pas, nous nous contentons d’en retarder l’évolution et les complications. Travail fastidieux et de longue haleine aux résultats peu spectaculaires ! Mais en cheminant modestement aux côtés de nos patients, en tenant compte de leurs choix de vie, de leurs représentations pour gérer tout ce qui les affecte au cours de leur vie, en écoutant simplement leur souffrance, nous sauvons plus que leurs vies : nous sauvegardons leur humanité. Le médecin généraliste est le seul vrai garant d’une médecine à visage humain qui dans chaque patient voit non une maladie à guérir mais un être humain à part entière. Et à ce titre, les généralistes sont indispensables à la société.

(d'après un éditorial que j'ai publié en avril 2009 dans la Revue de la médecine générale)


17/03/2015
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Pouvoir dormir chez soi au soir de sa vie

La tradition rapporte qu’au XIXe siècle encore, dans certaines tribus polynésiennes, les plus jeunes ébranlaient les cocotiers pour tester la force physique des personnes âgées. Celles qui ne savaient plus grimper au sommet de l’arbre et n’arrivaient pas à s’accrocher pour terminer la cueillette étaient éliminées au sens propre du terme. De là viendrait l’expression « secouer le cocotier ». Si la légende est vraie, ces îles idylliques du Pacifique étaient manifestement loin d’être un paradis pour les aînés et, contrairement à une opinion assez répandue, le respect aux anciens n’est assurément pas une valeur pratiquée par tous les peuples primitifs.
L’attitude de nos sociétés modernes, quoiqu’on puisse en dire, est quand même plus civilisée à l’égard des personnes âgées. Voire ! Fait-il si bon vieillir dans notre civilisation conçue par des adultes jeunes pour des adultes jeunes et qui raisonne surtout en termes de productivité, d’efficacité et de rentabilité ? Poser la question, c’est déjà y répondre.
Les médecins généralistes qui rencontrent au quotidien les problèmes de toute nature posés par la vieillesse, sont bien placés pour savoir que devenir vieux nécessite toujours de s’accrocher au cocotier pour survivre.
La vieillesse si elle n’est pas une maladie n’en est pas moins une période d’adaptation parfois pénible dans la mesure où elle correspond à la dépossession progressive mais inexorable des repères qui cernent l’identité d’une personne.
Vieillir commence par la perte de son rôle social avec le départ à la retraite (ou celui des enfants pour la mère au foyer) qui peut générer un sentiment d’inutilité. Pour une grande majorité, les revenus réduits de la pension diminuent les possibilités de faire encore « bonne figure » dans une société de consommation où l’avoir prime sur l’être. Les relations sociales se réduisent d’autant plus que la vieillesse est l’âge où la mort emporte les proches.
Ensuite, petit à petit, doit se réaliser le deuil des capacités physiques et de la bonne santé insolente de la jeunesse. Les « outils » de fonction lâchent. L’image corporelle s’altère par les modifications que le corps subit du fait du poids des ans. Situation d’autant plus difficile à vivre que la représentation de la personne âgée « acceptable » renvoyée le plus souvent par les médias et la publicité est celle du grand-père ou de la grand-mère au visage bronzé et aux rides séduisantes, alerte, dynamique, pédalant allègrement au même rythme que ses petits-enfants et croquant la vie à pleines dents (sans prothèse). Une certaine médecine dite « anti-âge » entretient d’ailleurs l’illusion qu’il est possible de prendre de l’âge sans vieillir (ou de vieillir sans montrer qu’on prend de l’âge ?).
Enfin, avec la multiplication des problèmes de santé, l’autonomie peut prendre un coup dans l’aile et il faut dès lors s’accrocher pour conserver ses derniers repères : sa maison, ces murs et ces objets qui, tout inanimés qu’ils soient, ont été les témoins des peines et des joies de toute une existence.
Le « chez-soi » au fil du temps devient une partie indissociable de soi-même, de la personne que l’on est et que l’on a été.
Quitter SA maison pour une personne âgée c’est déjà mourir un peu et même parfois mourir tout court. Certes, les maisons de repos actuelles n’ont plus rien à voir avec les hospices mouroirs d’antan où des vieillards croupissaient sur leur grabat en attendant leur dernière heure. Le travail effectué par le personnel des MR et MRS est souvent remarquable.
Mais vieillir (et mourir) à la maison est autrement doux à considérer pour la personne vieillissante.
Les statistiques révèlent que, contrairement à ce que l'on pourrait penser, la majorité des personnes âgées vivent chez elles en dépit des multiples comorbidités dont elles sont atteintes et la plupart du temps tout se passe sans problèmes majeurs.
J’aime à penser que cette situation est rendue possible un peu (beaucoup) grâce aux médecins généralistes qui, par leurs visites régulières et leur collaboration avec les autres acteurs de la première ligne de soins, veillent sur la santé physique et morale de cette population particulière dans son cadre de vie. 
Pour la société, qui se demande comment elle va pouvoir assurer financièrement des conditions de vie acceptables à cette population dont le nombre ne cesse de croître, laisser les personnes âgées vivre chez elles est une solution d’un bon rapport cout-bénéfice. Encore faut-il que ce choix soit fait en concertation avec les principaux intéressés. Il ne suffit pas de prendre des décisions pour les aider. Assister les personnes âgées, chercher des solutions pour leur garantir non seulement de vivre chez elles mais d’y vivre une existence de qualité nécessite de les intégrer dans les processus décisionnels et de préserver ainsi leur autodétermination. En tant que généralistes, nous sommes au premier rang pour entendre les désirs et les espoirs de nos aînés et leur permettre de garder du pouvoir sur leur propre vie, à mon sens la meilleure façon de les honorer. « Ne pas honorer la vieillesse, a écrit Alphonse Karra, c’est démolir la maison où l’on doit dormir le soir ».
Les médecins généralistes veillent à ce que la société ait encore une maison où coucher le soir… en espérant que ce soit « chez soi » pour le plus grand nombre. Les médecins généralistes garantissent  la stabilité du cocotier … et ils peuvent être fiers de leur travail. (texte repris d'un éditorial que j'ai publié dans la revue de la médecine générale de mars 2010)


17/03/2015
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