Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

La médecine par les plantes désormais contrôlée

(publié dans le magazine Equilibre)

Depuis le 1er avril 2011, les plantes médicinales sont soumises à une standardisation des mesures de contrôle de qualité qui leur sont appliquées. Mais tout le monde ne l'entend pas de cette oreille! Les auteurs de la pétition "Guérison défendue – les remèdes naturels que l'Union européenne et les multinationales pharmaceutiques veulent vous interdire" présentent les mesures de contrôle prévues dans la nouvelle directive comme une déclaration de guerre à la phytothérapie...  Sans faire le jeu des multinationales, on peut tout de même se demander si des critères d’autorisation de mise sur le marché pour la phytopharmacie sont vraiment superflus ? Car les plantes ne sont pas des placebos : si elles contiennent des principes actifs, en raison même de cette efficacité potentielle, elles ne sont pas dénuées de toxicité. Se soigner par les plantes nécessite donc d’abord de savoir de quoi on parle.

 

De la tisane à l'huile essentielle

Or, la chose est loin d’être simple. Le nom scientifique d’un végétal est constitué de deux mots latins, mais une même plante peut porter plusieurs noms latins différents. Par contre, un même nom populaire peut désigner des plantes très différentes : le terme citronnelle par exemple peut désigner la mélisse, la verveine des Indes (vraie citronnelle) ou une variété d’armoise, toutes plantes aux propriétés distinctes.

D’autre part, de nombreux éléments sont à prendre en considération pour établir l’efficacité ou la toxicité des plantes. Celles-ci sont composées de différentes parties, tige, écorce, feuilles, fleurs, fruits, racines, qui n’ont pas les mêmes propriétés. Ainsi, les tubercules de pommes de terre sont comestibles, mais les feuilles et les fruits sont toxiques. Et si les effets des fleurs de la camomille romaine sont utiles pour les troubles digestifs, toutes les parties aériennes de la grande camomille sont nécessaires pour soigner les céphalées…

La composition d'une plante varie aussi en fonction de la région et de la saison où elles ont été récoltées. Sa qualité dépend également de la manière dont elle est conservée après récolte. Et enfin, la composition et la concentration du produit actif sont fonction du mode de préparation, sachant aussi que d’une même partie de plantes, on peut tirer plusieurs produits.

Lorsqu’on consomme des tisanes, qu’elles soient préparées par infusion, décoction ou macération de la plante séchée, seuls les composés hydrosolubles sont ingérés. Par contre, en avalant des gélules de poudre de plante séchée, on absorbe tout le végétal et pas seulement la partie soluble dans l’eau. Quant aux extraits de plante, ils sont obtenus à partir de végétaux secs par évaporation d’un solvant (eau, alcool ou les deux) et ensuite purifiés. La composition chimique dépend alors du solvant, de la température, de la durée, et des techniques de purification… Les huiles essentielles sont acquises grâce à des procédés mécaniques et physiques. Les essences sont extraites à l’aide d’un solvant non aqueux (graisse ou dioxyde de carbone à l’état supercritique) et là encore la composition, la concentration du produit dépendent du type de solvant, de la durée d’extraction …

Etablir la fiche d’identité d’un produit en phytothérapie est donc essentiel non seulement pour savoir ce que l’on consomme – tout ce qui est sur le marché de la phytopharmacie n’est pas d’égale qualité – mais aussi pour assurer une bonne évaluation de la balance bénéfices-risques de ce type de médicaments.

 

"C'est naturel"

Trop de personnes ne considèrent pas les plantes comme des traitements sous prétexte que "c’est naturel" et ne signalent pas à leur médecin qu’elles en consomment … Les conséquences d’un tel type de comportement ne sont pas sans danger. Par exemple, le millepertuis est efficace dans les dépressions légères et modérées. Voilà qui est intéressant pour éviter de prendre trop vite un antidépresseur. Oui, mais il a l’inconvénient d’interférer avec un système enzymatique (le cytochrome P450) qui accélère l’élimination de certains médicaments dont il diminue ainsi l’efficacité. C’est le cas pour les immunosuppresseurs destinés entre autre à éviter le rejet d'une greffe, mais aussi les contraceptifs, les antiviraux utilisés dans le traitement du SIDA, les anticoagulants avec pour résultat des thromboses, des grossesses non désirées, voire des décès par rejet de greffe…  Le millepertuis n’est pas la seule plante à occasionner de telles interactions médicamenteuses potentiellement graves;  mieux vaut donc être prudent avec les plantes quand on prend par ailleurs plusieurs médicaments. Une utilisation prolongée de médicaments à base de plante n’est pas non plus recommandée, bon nombre d’entre eux étant toxiques pour le foie.

 

Efficaces mais…

Les médecins "classiques", de plus en plus éduqués à l’école de la médecine basée sur les faits prouvés, hésitent souvent à utiliser la phytothérapie faute d’essais comparatifs suffisants et valables prouvant son efficacité. Ils n’ont pas toujours tort. Une étude randomisée en double aveugle auprès de 3000 personnes pendant plus de six ans avec le gingko biloba (prescrit même par des neurologues, pour prévenir les troubles de mémoire de maladies comme celle d’Alzheimer) n’a finalement montré aucune efficacité de ce produit par rapport à un placebo. 

Pourtant, les médicaments traditionnels à base de plantes peuvent constituer une alternative intéressante et utile pour traiter certains troubles fonctionnels, à la place de médicaments dont les risques dans certaines situations de faible gravité sont supérieurs aux bénéfices. L’extrait de racine de valériane évite parfois le recours à des somnifères classiques, pour autant que la préparation contienne de l’acide valérénique en quantité suffisante … et pas de valépotriates cancérogènes (surtout présents dans la poudre de la plante et dans les extraits alcooliques à forte concentration). L’efficacité des plantes recommandées pour les troubles digestifs ne repose sur aucune étude solide à ce jour, toutefois, leur utilisation en infusion ne démontrant aucune toxicité, elles peuvent venir à point, comme la menthe poivrée, pour soulager les désagréments d’un colon irritable par exemple.

 

Des règles strictes

La nouvelle réglementation permettra peut-être d’éviter  une nouvelle affaire des plantes chinoises où une confusion de dénomination de plantes prescrites pour maigrir avait conduit  plusieurs personnes à l'insuffisance rénale chronique et au décès. Des échantillons de fangji (Stephania tetrandra) avaient été substitués par du guangfangji (Aristolochia fangchi), cette dernière hautement toxique pour les reins et responsable aussi de cancers des voies urinaires.  Le plus ironique étant que toutes ces plantes amaigrissantes sont inefficaces …

Un autre exemple concerne le ginseng, en principe le Panax ginseng. Mais les préparations à base de ginseng contiennent d’autres plantes du type panax, ou parfois même des plantes d’autres familles vendues sous le nom de ginseng dans d’autres pays. Ces produits sont dotés d’une toxicité importante en cas d’abus, avec hallucinations et même effets tératogènes (masculinisation du fœtus féminin). Mais faute de connaître ce qui est réellement vendu sous la dénomination de ginseng, on ne sait dire si les effets secondaires décrits sont liés au panax ginseng lui-même ou à d’autres produits dénommés comme tels.

Des contrôles de production, une harmonisation et une « phytovigilance » garantissent une utilisation plus sûre des plantes. Dès lors, exiger des médicaments à base de plantes autant que des autres médicaments  n’est-ce pas rendre ses lettres de noblesse à la phytothérapie 

 

 

En 2004, l’Union Européenne a adopté une directive (2004/24/CE) destinée à harmoniser les conditions de mise sur le marché des médicaments traditionnels à base de plantes et des plantes médicinales d’usage établi. Des règles et procédures valables pour tous les Etats de l’Union européenne ont été ainsi introduites et un comité européen des médicaments à base de plante (ESCOP) a été créé au sein de l’Agence européenne du médicament (EMEA). Ce comité a  élaboré des monographies pour chacun de ces produits.

La directive permet une procédure simplifiée d’autorisation de mise sur le marché tout en ciblant des garanties de qualité. Dans cette procédure simplifiée, des essais toxicologiques, pharmacologiques et cliniques ne sont pas exigés pour les plantes pouvant justifier d’un usage traditionnel : un rapport d’expert et/ou une étude bibliographique concernant les données de sécurité suffit. Et une reconnaissance de l’enregistrement d'un usage traditionnel dans un état-membre rend obligatoire la reconnaissance par les autres états membres. Depuis le 1er avril 2011, les médicaments par les plantes ne répondant pas à ces exigences sont retirés du marché.



14/02/2014
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