Un peu de tout et de tout un peu

Un peu de tout et de tout un peu

Une critique de mon dernier livre et le lien vers une interview par le même journaliste

Temps de Guerre, Temps de Paix – Elide MONTESI ISDN : 9782930756950 (éditions Acrodacrolivres)

 

Disons-le d’emblée, Elide Montesi est un(e) écrivain(e) belge qui mérite toute notre attention.  Femme réservée,  mais qui, si l'on a la chance de la surprendre à raconter l’Histoire, nous fait rapidement oublier le tumulte qui nous entoure.

Une femme passionnante et passionnée, que du bonheur !

L’Histoire, la Guerre ?  Que n’a-t-on pas écrit sur le sujet qui mérite notre curiosité ?  Sans vouloir éluder la question, je vous invite à vous plonger dans « Temps de Guerre, Temps de Paix ».  

Elide Montesi nous accroche par une simple interrogation ; comment les couples, quand l’un des deux conjoints se retrouvait prisonnier de guerre, ont-ils pu vivre la séparation pouvant s’étaler sur une période de cinq ans en ce qui concerne la guerre 1940-1945 ?  Certes, en temps de paix l’emprisonnement existe, reconnaissons cependant que le contexte ne porte pas à comparaison.  Un prisonnier de guerre ignore la date de sa libération.  Ainsi, au sentiment d’échec, de déchéance, s’ajoute une forme de torture psychologique.  Il est évident que l’amour était soumis à rude épreuve, chacun s’arrangera de ce célibat forcé en fonction des circonstances.  Cinq ans, ce n’est pas rien, c’est comme un pan de vie volé, un long fleuve d’intimité que rien ni personne ne pourra vous restituer.  Je ne vous ferai pas l’injure de vous dévoiler l’intrigue, ce livre mérite d’être lu.  Personnellement, je l’ai apprécié comme une sorte de glace à l’italienne.  Vous savez, ces cornets colorés qui découvrent des parfums inattendus et se dévorent avec avidité.  Je ne vous parle pas d’industriel, vous l’aurez compris, et si j’ose la comparaison c’est que ce roman se lit avec délectation.  Lire Elide Montezi, s’est se laisser aspirer en dehors de la réalité pour vibrer en compagnie des personnages qu’elle met en scène.  Guerre, séparation, amour, reconstruction.  Beaucoup d’interrogations  exprimées ou sous-entendues sur la question des blessures invisibles, ces couples brisés, ces prisonniers que l’on déconsidère, car pour nos civilisations la gloire se dévoile sous le feu des champs de bataille, rarement sous l’ombre des barbelés.  Du propre aveu de l’auteur(e), l’idée de ce roman est née faisant suite à la découverte d’une photo et d’un document cachés sous la couverture d’une partition.  C’est ce que j’admire chez Élide, ce côté positif et profondément humain.  Cette sensibilité particulière (en raison de ses racines ?), qui lève un petit coin de voile sur ce que l’Histoire semble occulter.

Cinq ans de séparation…  Après le plaisir des premiers regards vient le temps de se ré-apprivoiser.  Vous, vous êtes revenus vivant… Personne ne vous juge, vous n’en pensez pas moins surtout, oui surtout, quand vos yeux effleurent les noms gravés dans la pierre des monuments aux morts. Chaque prénom tremble  comme une accusation. 

Un roman écrit avec sensibilité.  Que puis-je ajouter de plus ?  La guerre est une machine qui n’épargne personne.   On fait chanter le clairon pour saluer les morts, rien de plus normal.  On distingue les héros, on écrit l’Histoire des batailles gagnées ou perdues, mais, oui mais, se souvient-on des ablations de liberté ?

Étrange ségrégation que de minimiser les meurtrissures provoquées par l’emprisonnement, il serait profondément injuste de les ignorer sous l’éclat des médailles.  Oui, sans la moindre hésitation, ce livre mérite notre curiosité.

 

 https://www.podcastgarden.com/episode/les-fruits-de-ma-passion_104808

 


12/09/2017
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"Mai 68, c'était déjà nous !" (Il n'y a plus de vieillesse, par Gilles Horiac)

La vieillesse, la vie et même la fin de vie dans les maisons de retraite, voilà des thèmes qui semblent chargés de nostalgie, de tristesse.  Mais l'auteur, Gilles Horiac, décrit cet univers déprimant avec beaucoup d'humour, parfois décapant, une grande tendresse, plein d'optimisme, bon sens et sérénité. Dans Il n'y a plus de vieillesse, il met en scène quatre personnes qui derrière leurs rides et leurs cheveux blancs ont gardé intacte leur jeunesse. Il y a Alain, un ancien truand, Béatrice, qui dirigeait un restaurant, Bernadette, qui était médecin et Georges, un ancien chanteur.  Et comme ils sont de la génération qui ont fait mai 68, ils rassemblent leur énergie et leur amour pour la vie et se démènent pour améliorer le monde qui les entoure.  Sous la plume alerte et stylée de Gilles, les protagonistes vont vivre des aventures que leur entrée en maison de retraite ne pouvait laisser deviner : le sauvetage d'un site naturel, un dîner offert à des SDF dans un restaurant de luxe, l'organisation d'un mariage gay dans le jardin de la maison de retraite, l'enregistrement d'un disque dont les royalties leur permettent de sauver une maison de retraite moins bien lotie que la leur. Autour d'eux gravite le personnel de la seniorie avec la directrice autoritaire et infantilisante, la sous-directrice qui révèle sa vraie personnalité à la fin du roman, les infirmières et aide-soignantes plus ou moins empathiques, sans oublier les familles des résidents et la participation de la reine Mathilde. Un livre tout à la fois  drôle et sensible mais qui par l'humour dénonce l'infantilisation des personnes âgées, le manque de subsides alloués aux maisons de retraite "sociales", la médicalisation excessive qui pour ajouter des années à la vie, supprimerait les plaisirs de la vie. Ca me rappelle un peu le film Home sweet Home de Benoît Lamy (1973) ou plus récemment le film Les souvenirs de Jean-Paul Rouve. Un livre à découvrir absolument,

Il n'y a plus de vieillesse de Gilles Horiac est publié aux 180e éditions,

 


12/09/2017
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Médecin et écrivain, comment est-ce possible ? (Tribune du Journal du médecin du 01/09/2017)

Voici plusieurs années déjà, je m’étais amusée de l’étonnement manifesté par un de nos enfants, quelques semaines après être entré en classe maternelle, lorsqu’il avait rencontré son institutrice en train de se promener dans le même endroit que nous. Nous lui avions expliqué alors que sa maîtresse d’école avait une vie en dehors de son travail, une maison, une famille, des amis et des loisirs.

J’évoque cette anecdote parce que j’éprouve le même amusement lorsqu’au cours des salons où j’expose mes toiles ou présente mes livres, j’entends des visiteurs s’étonner du fait que j’écris et que je peins alors que je suis médecin généraliste toujours en activité. La question : «Mais comment trouvez-vous le temps d’écrire ou de peindre avec une profession si prenante ? » est souvent posée par mes interlocuteurs du moment, parfois sur un ton où je sens comme un peu de réprobations à l’idée que ce temps consacré à mes hobbies, je l’enlève à mes patients. Je suis alors partagée entre l’amusement et la contrariété en constatant que ces personnes ne voient plus en moi l’auteur ou le peintre que je leur montre, mais exclusivement un médecin qui se dévoie sur des chemins de traverse qui seraient incompatibles avec la voie professionnelle. Amusement parce que je me retrouve comme avec mes enfants à devoir expliquer que ma vie ne se résume pas à ma profession et que j’aime à mettre en pratique ma créativité autrement comme cela est le cas aussi pour bon nombre de mes consoeurs et mes confrères.

Mon sentiment de contrariété vient du fait que, dans cette interrogation quant à la difficulté voire l’impossibilité pour un médecin de pouvoir se consacrer à autre chose qu’à sa profession, on voit que la représentation la plus populaire est celle du médecin qui ne vivrait jour et nuit qu'avec son stéthoscope au cou et le téléphone à l’oreille, consacrant sa vie et son temps à ses patients et ne s’accordant aucun repos, aucune distraction. Bref, nombreux sont encore ceux qui considèrent que la médecin ne peut être qu’un sacerdoce dévorant. N’est-il pas effrayant de constater que le médecin dans l’imaginaire collectif est celle finalement d’un individu débordé, proche du burn-out voire déjà en plein burn-out ?

« Medice, cura te ipsum » : s’il veut vraiment être utile, un médecin se doit de prendre d’abord soin de lui-même, en veillant à garder un juste équilibre entre vie professionnelle et vie privée, entre travail et loisirs. La pratique d’un art sous quelque forme que ce soit, le sport, les activités en rapport avec la nature, la musique, la lecture (autre que celle de la littérature médicale si bonne soit-elle), le partage d’activités avec sa famille sont autant de moyens nécessaires pour nous soigner, évacuer la pression de notre travail qui nous plonge quotidiennement dans une réalité douloureuse. Justement parce que notre profession est prenante, exigeante et lourde, nous avons besoin de soupapes de sécurité, d’aires de détente sur notre parcours. On nous impose une formation complémentaire pour maintenir nos compétences professionnelles, heures de formation qui empiètent sur nos heures de loisirs et de repos, au risque d’en faire bondir certains, ne pourrait-on nous « imposer » de prouver que nous avons un hobby quelconque ?

Nous, médecins, abordons l’humanité quasi exclusivement par le biais de sa fragilité, de ses blessures, de ses dysfonctionnements, au risque de ne plus voir l’être humain que comme un malade présent ou à venir. N’est-ce pas important pour appréhender nos patients dans leur globalité que nous prenions le temps de partager des activités qui nous les font rencontrer autrement que comme simplement des patients justement ? Et en conséquence, nous prouvons ainsi que nous sommes nous aussi des êtres humains à part entière, qui vivent en dehors de leur cabinet médical, qui savent faire autre chose que la pratique de la médecine. Le besoin de nous ressourcer ne se limite pas seulement à quelques jours ou quelques semaines de vacances annuelles, il est nécessaire d’avoir notre ballon d’oxygène tous les jours à notre portée. Respecter ce besoin vital me semble capital pour la survie de notre profession.

http://www.lejournaldumedecin.com/actualite/medecin-generaliste-et-ecrivain-comment-est-ce-possible/article-opinion-30601.html

 


01/09/2017
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Patricia Duterne, l'auteur qui entend le murmure du papillon

"Nul ne guérit de son enfance" chantait Jean Ferrat.  Le héros de ce roman de Patricia Duterne ne fait pas exception.  Marié à une femme adorable et amoureuse, père d'un petit garçon, a la tête de sa propre entreprise, Victor a tout de l'homme moderne et comblé par la vie. Et pourtant Victor est hanté par une promesse qu'il a faite à son amie Louise avec laquelle il a partagé des vacances qui auraient pu être un des souvenirs les plus agréables de son enfance sans justement cette promesse, qui, faite au cours du moment douloureux que constitue la séparation de ses parents, prend des proportions telles qu'elle rendra taboue toute évocation de cette période de sa vie. Ces souvenirs d'enfance sont finalement pour Victor aussi effrayants que les papillons qui le terrorisaient enfant. Un jour, le hasard (mais est-ce vraiment le hasard ?) lui fait rencontrer une petite fille dont le visage fait rejaillir le volcan des émotions refoulées.  

Le lecteur voyage entre le temps des rêves de l'enfance et la vie quelque part à l'âge adulte. Les chapitres consacrés à l'enfance, en particulier ceux des vacances chez les grands-parents ne sont pas sans rappeler l'ambiance des histoires de la bibliothèque rose ou les vacances de la Comtesse de Ségur, entre les pique-nique secrets au bord de l'étang, les jeux de carte sous le lit pendant l'orage, les crêpes préparées par Mamy et Papy qui collectionne les papillons. Mais la ressemblance s'arrête là tant l'atmosphère est lourde, remplie d'angoisses cristallisées autour de ce Sphynx à tête de mort, qui annonce la mort, celles des rêves de l'enfant détruits par les disputes parentales. Le temps des rêves et la vie à l'âge adulte se télescopent brutalement lorsque le destin de Victor croise un jour celui plus tragique  de son amie. 

Un très beau roman, qui fait penser à Peter Pan, non pas celui de Walt Disney mais le personnage original de J.M. Barrie, cet enfant qui ne veut ni grandir ni se souvenir. Tout comme Peter Pan se rabat sur l'enfant de Wendy lorsqu'il voit que Wendy a grandi, Victor s'attache à un enfant dont il croise le destin. Le personnage présente de nombreux symptômes du syndrome de Peter Pan décrit en psychologie : isolement, angoisses, fausses fiertés, insatisfaction, apitoiement sur soi, difficultés à gérer leurs émotions...

Une belle écriture fluide, un style simple et élégant, l''histoire est très bien construite avec ces aller et retour entre présent et passé et les personnages sont très bien décrits, attachants.

Le murmure du papillon, une histoire troublante, un livre que je vous recommande par Patricia Duterne aux Editions Acrodacrolivres

 

 


31/05/2017
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Les risques du métier(article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Les risques du métier (article paru dans le Journal du médecin du 28/04/2017)

Le Conseil de l’Ordre des médecins nous invite à participer à une enquête intitulée « La violence à l’encontre des médecins au sein de la relation médecin-patient ».

Cette enquête a pour but de recueillir des informations quant à la prévalence des types de violences à l’égard des médecins (…)

Un questionnaire entièrement et correctement rempli vous donnera un point d’accréditation en Éthique et Économie. »

En lisant la communication de l’Ordre des médecins, je n’ai pu manquer de me sentir interpellée

par le fait que répondre à ce questionnaire permet de gagner un point d’accréditation.

Le Conseil de l’ordre suppose donc que notre sécurité nous est tellement indifférente qu’il faille nous motiver par des points d’accréditation

pour répondre à leur questionnaire.

Cette initiative prouve en tout cas la volonté d’une de nos instances supérieures de prendre au sérieux notre sécurité au travail.

Il est temps enfin de reconnaître que nous généralistes pratiquons un métier à risque : violences verbales, menaces, intimidations,

coups et blessures, violences sexuelles et même meurtres, comme celui dont a été victime notre regretté confrère Patrick Roelandt.

Des mesures de précaution sont-elles cependant vraiment possibles ?

Nous pratiquons une profession dont la pierre angulaire est une relation de confiance entre deux personnes.  

Or, qui dit vigilance implique aussi méfiance. Par exemple, lever le secret concernant le casier judiciaire d’un patient est une mesure certes utile d’un point de vue sécuritaire,

mais ne risque-t-elle pas de nuire à la qualité des soins en modifiant, fut-ce inconsciemment, le regard que nous porterons sur ces patients ?

Et lorsque nous saurons que tel patient est un repris de justice potentiellement dangereux, quelle suite faudra-t-il donner à cette information ?

Se faire accompagner d’un policier au cours d’une visite à domicile le concernant ? Porter un gilet pare-balle, suivre des cours d’autodéfense (éventuellement accrédités) ?

Lors des déplacements en garde de nuit, en ce qui concerne notre rôle de garde, nous avons le privilège d’être accompagnés d’un chauffeur

qui a mission d’entrer avec nous au domicile du patient.

Certes, les déplacements sont rendus plus agréables par la présence réconfortante de ces auxiliaires au demeurant très sympathiques.

On peut s’interroger toutefois quant à l’atteinte à la confidentialité que constitue leur présence.

Ils savent se faire discrets, restent souvent dans la pièce voisine ou dans le hall et je ne mets pas en doute leur capacité à taire ce qu’ils ont surpris de la consultation.

Mais d’une part, ils ne sont pas armés, et d’autre part leur présence serait-elle vraiment dissuasive pour un forcené armé et

ne courraient-ils pas autant de risques que nous  s’ils cherchaient à s’interposer ?  

Par ailleurs, nous ne disposons d’un chauffeur que pour le service de nuit, en journée, nous restons livrés à nous-mêmes.

Si nous sommes peut-être statistiquement plus à risque de subir une agression la nuit, elles ne sont pas exclues pendant le jour…

même de la part de patients que nous connaissons pourtant bien.

Au cabinet, nous bénéficions de plus de sécurité : bip d’appel personnel, système de télévigilance et caméras de surveillance, la technologie nous assure une protection relative.

Relative, car même si elle peut avoir un effet dissuasif, elle ne nous met pas à l’abri d’un mauvais coup.

Au-delà des moyens de protection tels que système d’alarme, chauffeurs, et autodéfense, au-delà de la déclaration de toutes les agressions que nous subissons,

nous pouvons aussi nous former à la gestion des conflits pour désamorcer toutes les situations susceptibles de déraper en occasion de violences verbales et de manque de respect.

Tiens, respect : voilà le mot-clef qui arrive.

Notre profession est victime d’un manque de respect de plus en plus flagrant non seulement de la part de certains patients, mais aussi de la part de nos dirigeants.

Comment voulez-vous que les gens aient de la considération et du respect pour une profession aussi décriée que la nôtre ?

On n’arrête pas de renvoyer de nous, non l’image de personnes qui consacrent leur temps et leur vie (parfois au sens propre) pour aider et soulager les patients,

mais le plus souvent celle de gens qui prescrivent trop ou trop peu et de toute façon toujours mal, qui dépensent sans réfléchir l’argent de la sécurité sociale,

qui font trop de certificats à mauvais escient, que l’on doit contrôler en permanence, qui doivent toujours se justifier

et à qui il faut régulièrement rappeler comment ils doivent faire leur métier …

Nous nous adressons aux pouvoirs publics pour qu’ils prennent des mesures pour limiter la violence dont certains d’entre nous sont victimes

alors même que nos instances dirigeantes nous font violence tous les jours.

Et enfin si nous nous respections plus et mieux d’abord nous-mêmes ?

Pourquoi notre profession ne pose-t-elle aucun geste fort lorsqu’un l’un des nôtres se fait trucider ?

Pourquoi n’y a-t-il eu aucun mot d’ordre de grève, même brève, aucune marche blanche ni manifestation publique de solidarité

(autre que l’invitation à faire nos consultations avec un brassard noir) lorsque par exemple notre confrère Patrick Roelandt s’est fait égorger par un patient ?

On critique les chauffeurs de TEC qui débraient au moindre pet de canard, mais au moins font-ils preuve de solidarité et expriment-ils ainsi leur volonté d’être mieux considérés.

Nous, médecins ne bougeons pas, jamais ou trop peu, quelques réactions sur les forums médicaux, dans nos journaux professionnels pour dénoncer les pouvoirs publics qui ne font rien

et puis c’est tout, l’indignation retombe comme un mauvais soufflé.

Nous acceptons dans l’indifférence que notre profession devienne un métier à risque.

L’Ordre des médecins l’a bien compris d’ailleurs puisqu’il pense que pour nous motiver à répondre à son enquête, il doit nous offrir des points d’accréditation…

L'indifférence à notre propre égard n’est-elle pas finalement la cause la plus violente de toutes les agressions que nous subissons ?

 


28/04/2017
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Inondation de Marie Meuse, (on croirait lire du Pagnol sous la pluie)

 

Toute l'histoire se passe dans un village qui a son quartier du haut et son quartier du bas, avec sa mairie, son épicerie, sa boucherie, son entreprise des pompes funèbre, sa pharmacie, son garage, son école, son café et son église. Evidemment, dans ce village, il  y a des habitants : le maire, l'épicier, le boucher, l'entrepreneur des pompes funèbres, le pharmacien, le mécanicien, la tenancière du café, Irène, une belle femme au décolleté aussi généreux que son caractère, l'amant de la tenancière, Emile, un homme au passé mystérieux et que tout le monde respecte. Le personnage principal est le curé, Arnold, passionné par les chansons de Mylène Farmer et qui est aidé dans son ministère par des femmes, des bénévoles, dont Serena,  plus catholique que le pape mais qui voue un amour aussi chaste que désespéré au prêtre. Et n'oublions pas Tartuffe le chien diabétique du vieux Bastien que l'on enterre au début de l'histoire, chien qui va être adopté par le curé. Voilà les personnages et le décor d'un délicieux roman. Non, en fait il manque au décor un élément essentiel, personnage principal de cette histoire : la pluie, la pluie qui tombe sans discontinuer (la faute au réchauffement climatique) et plonge (le mot est on ne pleut plus juste) le village et les villageois dans une inondation de plus en plus catastrophique au fil du récit. L'église du village étant envahie par le déluge, le curé se donne pour mission de chercher un autre endroit pour célébrer la messe ... mais l'endroit qu'il va trouver n'est pas accepté par les bénévoles qui  vont s'empresser de tout faire pour que le curé change d'avis, tandis que ce dernier lui se démène pour fournir les soins à son chien diabétique. L'histoire est pleine de rebondissements avec des situations cocasses, du suspense,  et un dénouement pour le moins inattendu.

Ce roman m'a ravi d'un bout à l'autre, le style est simple et raffiné, le rythme de l'histoire est enlevé, les dialogues savoureux, les personnages tout à la fois drôles et attachants... cette tragi-comédie villageoise n'est pas sans rappeler les romans de Marcel Pagnol.

Inondation de Marie Meuse, une auteure dont je découvre le talent avec  ravissement et que je vous recommande tant j'ai adoré !

(édité chez Mon petit éditeur)

 


24/04/2017
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La dernière pièce du puzzle par Aurelie Di

Vingt chapitres, vingt personnages, vingt "cabossés de la vie" ou "bras cassés", vingt destins qui s'entrelacent les uns aux autres sur le mode des "chansons en laisse", ces chansons enfantines où chaque phrase contient un mot de la phrase qui précède et un autre de la phrase qui suit jusqu'au moment où l'on retombe sur la phrase du début, ce qui permet de reprendre la chanson dans une boucle infinie : trois petits chats, chapeau de paille, paillasson...

Aurélie Di enchaîne ainsi vingt histoires différentes mais les personnages de chacun de ces récits ont un lien avec celui de l'histoire qui précède et celui de l'histoire qui suit, jusqu'au moment où on retrouve ceux du premier chapitre bouclant le cercle dans lequel l'auteur vous a entrainé, en terminant sur un élément que vous aviez pressenti dans le premier chapitre. Des femmes, des hommes, à la recherche de l'amour, du bonheur, d'eux-mêmes et qui tout en s'égarant au fil de leur quête posent des actes qui auront des répercussions sur la vie des autres personnages du roman. Tous évoluent dans un univers plutôt sombre, fait d'apparences trompeuses, où règnent trahisons, secrets et mensonges, un univers qui comme l'enfer est pavé des bonnes intentions des autres qui transforment la vie en champ de ruines.  Les protagonistes sont parfois attachants, parfois agaçants, parfois sordides, mais aucun d'entre eux ne laisse le lecteur indifférent.  On termine la lecture un peu étourdi par ce tourbillon infernal écrit  dans un style simple et moderne qui rend sa lecture fluide.

"La dernière pièce du puzzle", un livre que je vous recommande est le premier roman d'Aurelie Di, une jeune auteur à qui on souhaite une longue et fructueuse carrière.

"La dernière pièce du puzzle" aux Editions Acrodacrolivres

 


16/04/2017
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Romance avec le passé (Laure Hadrien)

Ils se rencontrent, ils s'aiment, ils se séparent et un jour ils se retrouvent : voilà les éléments de base pour une romance. La littérature et la cuisine ont ceci en commun qu'avec les mêmes ingrédients on arrive à des résultats totalement différents.

Muriel a 20 ans lorsqu'elle rencontre Hugo, plus âgé qu'elle. Ils tombent amoureux mais un jour, sans crier gare,  Hugo part avec Linda qu'il épouse et avec laquelle il a des enfants. 20 ans plus tard Muriel qui a fait une belle carrière et est toujours seule, se met à la recherche de son premier et unique amour sur Google. Et elle le retrouve alors qu'il vient juste de divorcer. Les deux anciens amants se donnent rendez-vous... L'occasion de regretter le passé, le temps perdu et peut-être, peut-être d'envisager un nouveau bonheur qui s'ouvre à eux ... peut-être ou peut-être pas.

Laure Hadrien, l'auteur de Romance avec le passé, traite le thème des retrouvailles entre anciens amants avec sensibilité et poésie. Des personnages attachants et le lac Léman en toile de fond.

Romance avec le passé (Laure Hadrien, Editions Chloé des Lys)

 

 


21/03/2017
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Oser le rouge (Josiane Van Melle) : une superbe découverte !

La vie d'artiste peut être une tragédie pour ceux qui vivent avec lui. Mais les oeuvres de l'artiste font écran à la somme des souffrances qu'il a infligées à ceux qui l'aime. Retracer la vie d'un peintre célèbre, en l'occurence Paul Gauguin, par le regard de l'épouse de ce dernier, Mette Sophie Gad, voilà une approche comme je les aime.  L'histoire d'une passion amoureuse qui se délite, se detruit inexorablement à mesure que Gauguin se passionne pour la peinture à laquelle il va se consacrer comme à une maîtresse destructrice et exigeante jusqu'à s'exiler pour combler son désir d'anticonformisme, en laissant derrière lui désolation et mort.

Je ne connaissais pas  Josiane Van Melle, "amoureuse des langues et de la langue française en particulier". Son style tout en finesse, son écriture très forte  me rappellent mes auteurs préférés : Emile Zola (dont je retrouve l'atmosphère de L'oeuvre), Maupassant, ou encore Flaubert.  A lire pour l'histoire mais aussi pour la description et l'analyse du courant impressionniste. Une auteure que je suis ravie d'avoir découvert ! 

Oser le rouge, Josiane Van Melle (Société des Ecrivains)

 

 

 


21/03/2017
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Proche Lointain de Martine Rouhart

Si on ne sait pas toujours expliquer l'amour, on peut tout aussi difficilement comprendre pourquoi naît une amitié. "Parce que c'était lui, parce que c'était moi" a dit Montaigne, qui avec ces mots, n'explique finalement rien, il ne fait que décrire. L'amitié est un sentiment unique, les vrais amis sont rares. Mais l'amitié tout comme l'amour peut prendre fin. Et tout comme en amour, certaines blessures mènent à la rupture. Etre déçu en amitié est terrible car s'il peut persister de l'amitié après la fin d'une relation amoureuse, que reste-t-il lorsque l'amitié s'effondre ? 

Entre les deux protagonistes du roman de Martine Rouhart, existe une amitié de plus de vingt ans qui un jour ne résiste pas à la déception provoquée par la révélation d'un comportement inacceptable qui en détruisant la représentation que le narrateur se fait de son ami, détruit l'amitié qui les liait.  Dans le style élégant, raffiné et tout en sobriété qui la caractérise, Martine Rouhart décrit avec justesse, finesse et simplicité, le deuil d'une amitié qui semblait devoir résister à toutes les secousses.  S'éloigner après avoir été si proche, et puis se retrouver proche au moment de l'éloignement final.  Avec Proche Lointain, Martine Rouhart signe un roman remarquable, empreint d'émotion,  et elle gravit encore un échelon dans le talent qu'elle manifeste déjà dans Accueillir et Agir, Aller Retour, ou Séparations.

Un livre à découvrir, un beau et précieux moment d'émotion, qui m'a beaucoup touchée

 

Proche Lointain par Martine Rouhart aux Editions Dricot (ISBN 9782870955239)


11/03/2017
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Le silence des poupées (Anna Sam et Raoul Cauvin)

Personnellement, les thrillers qu'ils soient littéraires ou cinématographiques ne sont pas vraiment ma tasse de thé. J'ai du mal à comprendre que les gens puissent aimer se faire peur (sauf à imaginer qu'ils trouvent agréable que cela s'arrête) et j'ai toujours pensé qu'il fallait être doté d'un esprit assez sadique pour créer des oeuvres destinées à faire se dresser les cheveux sur la tête des gens. Seul Hitchcock, le maître du suspense, trouve grâce à mes yeux.

Le silence des poupées est arrivé entre mes mains par hasard et par la volonté de mon éditeur qui est aussi celui de l'auteur de ce roman, Anna Sam. Il m'a été soumis pour relecture avant envoi chez l'imprimeur afin de traquer ces coquilles de dernière minute qui arrivent à échapper à la vigilance de l'auteur et de tous les relecteurs.  Je me suis donc plongée dans la lecture de ce récit avec un regard purement technique d'abord mais mot après mot et page après page, je me suis laissée séduire par cette histoire aussi étrange qu'originale. 

Originale parce que le thème principal autour duquel est bâtie toute l'intrigue, c'est la taxidermie. Je conserve toujours un petit écureuil empaillé qui avait été offert à mes parents par un oncle qui avait ramassé le petit animal mort au pied d'un arbre et qui l'avait porté chez un taxidermiste dont la vitrine d'ailleurs me fascinait quand j'étais enfant. Cet écureuil est resté accroché au mur sur sa branche avec une noisette entre les pattes avant, et il avait l'air vivant, prêt à bondir... et 60 ans plus tard, bien que poussiéreux il a toujours le regard aussi vif, même s'il est relégué au dessus d'un placard dans une pièce où l'on ne va jamais.

En plongeant dans l'univers des poupées d'Anna Sam, j'ai retrouvé la fascination que je ressentais  enfant en regardant l'écureuil de mon oncle ou en contemplant derrière la vitrine du taxidermiste tous ces animaux morts et vivants tout à la fois.  Mieux qu'un musée de cire qui ne fait que reproduire la vie, les taxidermistes ressuscitent un instant de la vie d'un animal, le rendant en quelque sorte immortel.

L'auteur ne nous épargne aucun détail technique : toute la démarche taxidermique est développée au cours de son récit, très didactique sur le sujet. En tant que médecin, ayant eu l'occasion de pratiquer des séances de dissection, d'assister à une autopsie et à de nombreuses interventions chirurgicales, j'avoue que les scènes de dépeçage et de traitement de cadavres n'ont suscité chez moi aucun effroi. J'ai trouvé qu'Anna s'était bien documentée sur le sujet.

Un taxidermiste réputé qui avant de mourir veut réaliser un projet aussi macabre que surprenant, un ancien sculpteur à qui la vie a tout repris après lui avoir tout donné et qui n'a donc plus rien à perdre, un vieux chasseur alcoolique qui jouera un rôle non négligeable dans l'histoire, un manoir à l'atmosphère lugubre dont les murs cachent des activités étranges, de mystérieux personnages dont le rôle est un peu opaque au départ... Autour de tout ce scénario, on a une deuxième intrigue... dont on se demande jusqu'au bout ce qu'il en adviendra et quel est le lien avec les résidents du château.  Je ne vous en dis pas plus, on ne raconte pas un thriller.  La vie, la mort, le désir d'immortalité ...

Une histoire vraiment bien construite, un style simple comme la vie et la mort, une atmosphère sombre avec de l'humour noir en prime car Anna est une personne pleine de vie,  d'esprit et d'humour... un bon moment à passer, surtout pour ceux qui raffolent de ce genre de littérature, ils ne seront pas déçus.

Le silence des poupées, par Anna Sam, sur une idée originale de Raoul Cauvin, aux éditions Acrodacrolivres

 

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09/03/2017
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Pénurie dans la galaxie : une tragédie pleine d'humour !

Quand la passion de la cuisine rencontre celle de l'écriture, ça donne des livres de cuisine, un roman ou de la science-fiction culinaire. 

Pénurie dans la galaxie aborde le thème du réchauffement climatique de manière tout à fait décalée  avec beaucoup d'humour. L'histoire se passe dans la Voie lactée, bien nommée, mais mal connue des terriens que nous sommes.   Un industriel déclenche par ses activités un réchauffement climatique qui modifie l'univers des Lactésiens, transformant leurs mers de lait en nappe de beurre, et provoquant une pénurie alimentaire. Pour limiter les dégâts, les Lactésiens font appel aux Terriens... et une solution assez originale va être trouvée. 

Le réchauffement climatique a des conséquences indigestes, mais le style enlevé et la verve de Juliette Nothomb en font un récit original et plein d'humour, que l'on avale d'une traite comme un bol de lait frais agrémenté d'une couronne de crème chantilly.

 

Pénurie dans la galaxie, par Juliette Nothomb aux Editions  Acrodacrolivres (ISBN 9782930756813),

 


07/03/2017
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Un médecin généraliste peut-il se passer d'un dossier médical informatisé ? Non !

Après lecture d’un article du JdM du vendredi 17 février où j’apprends que des médecins envisagent d’arrêter de travailler parce que l’e-prescription devient obligatoire, j’aimerais réagir car certains arguments m’ont fait bondir.

L’interviewé cite l’âge de 8 médecins meurtris et découragés par l’obligation de s’informatiser . En ce qui concerne les plus âgés de 74 et 79 ans, je me dis qu’ils sont à l’âge de prendre une retraite bien méritée, de profiter de la vie qu’il leur reste à vivre en prenant soin d’eux, de leur famille, de leurs petits enfants.  Personnellement, je ne m’accrocherai pas à la profession aussi longtemps car il y a une vie à côté de la médecine, à condition d’en sortir. Qu’ils profitent donc de cette obligation d’e-prescription pour raccrocher leur sthétoscope me semble de bonne guerre.   Cela dit je connais des médecins du même âge qui suivent avec enthousiasme des formations au DMI.  On peut s’instruire et changer sa manière de travailler à tout âge pour autant qu’on ait l’esprit ouvert.  Je trouve triste par contre qu’un médecin de 45 ans se trouve trop vieux pour s’informatiser.

Un médecin généraliste (mais spécialiste aussi) qui refuse l’informatisation au XXIe siècle c’est, mutatis mutandis, la même chose qu’un médecin qui au début du XXe siècle aurait refusé d’installer le téléphone ou qui se serait obstiné à faire ses visites en tilbury tiré par un cheval parce qu’il refusait la voiture, ou plus tard quelqu’un qui aurait refusé la facilité du répondeur automatique ou du GSM par refus de virer son vieux téléphone fixe. Je suis d’accord pour dire que le téléphone, la voiture ou le GSM se sont imposés d’eux-mêmes sans que les ministres de la santé aient décidé d’obliger les médecins à passer leur permis de conduire. Cela me rappelle un de mes professeurs qui à l’université nous avait dit que le diplôme ne servait à rien pour un médecin généraliste s’il n’était assorti du permis de conduire.   On ne va pas contre son temps.

Pour ma part, j’ai anticipé le mouvement d’informatisation il y a presqu’un quart de siècle. J’ai utilisé d’ailleurs au début un logiciel en version DOS,  je me souviens que je recevais mes résultats de laboratoire sur disquettes, résultats que j’intégrais manuellement un par un.  Quand j’y repense je me fais l’effet de quelqu’un qui en TGV se rappelle d’avoir encore circulé dans des trains à vapeur.  En tant qu’utilisatrice d’un DMI, j’ai  certes vécu des heurs et malheurs lors du passage de DOS à Windows par exemple, puis il y a eu des bugs multiples… mais au total je dois dire que je ne renoncerais pour rien au monde au plaisir du dossier informatisé, en dépit de tous les bugs techniques qui peuvent se rencontrer. 

Je ne saurais plus me passer d’un DMI surtout quand je vois toutes les opportunités qu’il m’offre :  le journal de toutes les consultations (la tête admirative des patients vus en garde ou lors de remplacement épisodique à qui je dis : oui, je vous ai vu à telle date et je vous ai prescrit tel médicament et vous m’aviez d’ailleurs signalé être allergique à tel ou tel produit.), les courbes évolutives des paramètres, la réception des résultats et rapports qui viennent s’intégrer directement dans le dossier et que je retrouve affichés dès l’ouverture, les demande de rappels de vaccination ou de dépistage, les interactions et les alertes lorsque je prescris un nouveau traitement, la possibilité de se connecter au départ du dossier sur le site du cbip par exemple pour retrouver un détail d’information, les certificats dont on a d’office le double (ne me dites pas que tous les médecins gardent un double de leurs certificats qu’ils font manuellement) et dont on peut sortir un duplicata, idem pour les soins de kiné, les soins infirmiers, les demandes d’examen ou les lettres de référence aux spécialistes.  La tarification du tiers payant ne pose plus de problème, les ASD se forment à chaque clôture de consultation et avec le logiciel que j’utilise sans aucune manipulation technique particulière, juste un click pour l’enregistrer et je suis payée la semaine suivante, le pied, sans compter que connectée directement à mycarenet je sais tout de suite vérifier l’assurabilité du patient !! Et avec les documents Bf qui s’envoient en un click aussi, la paperasserie administrative se réduit considérablement.  Le DMG électronique est aussi un avantage, plus besoin de le mendier au patient.

 J’utilise l’e-prescription depuis le mois de janvier 2017 et je ne me suis jamais arrachée les cheveux à ce propos, la copie de prescription électronique  sort aussi facilement que sortaient mes ordonnances imprimées et lorsque recip-e coince, une ordonnance ordinaire sort sans plus de problème. Le gros problème c’est évidemment au domicile : la nécessité d’une preuve papier de la prescription électronique est la pierre d’achoppement. Il faut effectivement un pc, une connexion internet wifi, une imprimante… ça devient lourd. J’espère que viendra le jour où l’on pourra disposer d’une application nous permettant de prescrire au départ d’un iphone avec envoi de la dite preuve sous forme de document pdf que le pharmacien pourrait scanner sur son ordinateur.  Bref une application de prescription utilisable indépendamment du logiciel. Mais de toute façon, les problèmes techniques temporaires ou permanents étant une cause valable de non prescription électronique, l’obstacle de la e-prescription au domicile n’en est pas vraiment un.

Non, contrairement à que mon confrère dit dans l’article du JdM, le DMI est bien plus qu’un outil de mémorisation, c’est un outil de travail complet  et d’un apport certain pour notre profession.

Et en dépit de ce que l’on peut penser, non, je ne passe pas plus de temps à m’occuper de mon pc que de mon patient.  Je dirais même au contraire car je gagne un temps précieux. Je prends toujours autant le temps d’écouter, d’examiner, de réfléchir.

En ce qui concerne l’argument de dire que le courrier papier on est obligé d’ouvrir l’enveloppe et de les lire avant de les classer,  on peut tout aussi bien classer le courrier sans le lire… et le courrier électronique devant être téléchargé, on prend aussi le temps de le lire, rassurez-vous !

Pour le confrère qui estime qu’à 60 ans :commencer à informatiser à partir de zéro ses dossiers est une mission impossible en évoquant les milliers de dossiers, je répondrai qu’il pose mal le problème. Tout d’abord dans la mesure où effectivement nous ne voyons pas 5000 patients différents par an mais 500 patients différents 10 fois par an,  le problème se résout en encodant les patients un à un lorsqu’ils se présentent en consultation.  Je pense que tous ceux qui se sont informatisés ont procédé de la sorte, un pas à la fois.

Bref que l’on soit contre l’obligation du DMI je peux le concevoir mais que l’on dénigre par des arguments fallacieux l’apport du DMI dans la vie du généraliste, voilà une chose que je ne pouvais laisser passer sans réagir.  Ne jetons pas le bébé avec l’eau du bain.

 

(Elide Montesi, généraliste à Sambreville)courrier publié dans le Journal du médecin du 24 février 2017


06/03/2017
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A paraître : mon 4e ouvrage Temps de guerre, temps de paix

Voici quelques années, en examinant de vieux recueils de partitions ayant appartenu à son grand-père paternel, ancien prisonnier de guerre, musicien et chef d’Harmonie, mon mari trouva, bien cachée sous la couverture de papier bleu qui recouvrait l’un deux, une enveloppe jaunie et presque en lambeaux, contenant deux lettres datées de 1947, provenant de la zone russe en Allemagne ainsi que la photo d’une jeune femme tenant un enfant dans les bras. Une des deux lettres était adressée au grand-père de mon mari, l’autre à un inconnu prénommé Armand qui d’après le contenu de la lettre était le père de l’enfant sur la photo.  Faut-il préciser que nous avons essayé d’en savoir plus ? Mais notre enquête ne nous a pas vraiment permis d’aller au-delà de ce que mon mari savait déjà : son grand-père, ancien prisonnier de guerre en Silésie dans le stalag VIIIA pendant la Deuxième Guerre mondiale, avait gardé des contacts avec des Allemands qu’il avait rencontrés en captivité, dont le directeur des cristalleries  et le propriétaire de la ferme où il avait travaillé.  Nous n’avons rien découvert à propos d’Armand. Avoir en mains quelques pièces d’un puzzle dont toutes les autres ont disparu a enflammé mon imagination et tout un roman s’est lentement dessiné.

Le livre de Daniel Dellisse « Une guerre en captivité (publié à la Renaissance du livre, avril 2015) a été une grande source d’information concernant les conditions de vie dans les stalags. Les témoignages des trois anciens prisonniers de guerre rapportés par l’auteur de ce livre correspondaient à ce que je pouvais deviner des photos envoyées à son épouse par le grand-père de mon époux, ainsi que tous les sites internet abordant la vie dans les stalags 

Sur le site du CAIRN, j'ai découvert la thèse de Fabien Theofilakis, agrégé d’histoire, qui s’est intéressé à la sexualité du prisonnier de guerre (publié dans Vingtième siècle, revue d’Histoire 2008/3(n°99) Presses de SciencePo), permettant de comprendre ces liaisons dangereuses qui se sont nouées entre ceux que l’on avait déclarés ennemis.

La zone russe d’où provient la lettre s’est retrouvée à faire partie de la RDA, état aujourd’hui disparu. Pour approcher le quotidien des Allemands de l’Est, deux ouvrages m’ont beaucoup appris sur le sujet. Tout d’abord celui de Jean-Pierre Hammer, Le vrai visage de la RDA entre la Stasi et l’opposition démocratique (publié aux éditions Septentrion presses universitaires, 2010) et aussi Histoire d’un Allemand de l’Est par Maxim Leo (publié chez Acte Sud, 2010) 

Tous les faits racontés relèvent entièrement de la fiction même si quelques anecdotes sont véridiques. Ce livre n’est qu’un roman. (Falisolle, octobre 2016)

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03/03/2017
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Les pétales de Ludwig, Gaston Hénuzet

La guerre est un sujet d'inspiration fascinant pour un écrivain, tant pour la description des événements que pour l'analyse du comportement des humains qui, plongés dans ces situations extrêmes, révèlent leur vraie nature. La deuxième guerre mondiale est encore fraîche dans les mémoires et pourtant certaines idées qui ont fait le lit de cette guerre reviennent en force, alors même qu'il existe encore des témoins vivants de cette période où l'homme a montré qu'il pouvait se comporter en monstre féroce pour les autres humains.  Le premier livre publié par Gaston Hénuzet aborde cette période de l'histoire dans un roman inspiré au départ de faits réels et de personnages ayant réellement existé.  On se retrouve dans une famille à l'annonce de la mobilisation générale, sur les routes de l'exode, en pleine bataille de la Lys au moment de la capitulation belge, dans les stalags. On suit l'évasion rocambolesque d'un des principaux protagonistes qui finira tragiquement.  On suit l'évolution et la prise de conscience par le plus jeune frère de la famille qui d'abord séduit par l'idéologie rexiste, entre ensuite dans la résistance au péril de sa vie.  Mais la guerre n'empêche pas l'amour et l'auteur greffe deux histoires d'amour sur son roman de guerre, dont l'une d'entre elles a des accents shakespeariens de Romeo et Juliette, entre le résistant et la sœur d'un militant rexiste. J'aime les femmes de ce récit, la mère Jeanne, la jeune Rosette, Hilda l'Autrichienne qui vient faire de la résistance en Belgique, Anna, jeune femme juive elle aussi membre de la résistance, la petite Lulu, très mature pour son âge. De nombreux personnages gravitent autour des personnages principaux, certains sympathiques et attachants, d'autres moins, quelques personnes au tempérament impressionnant. L'histoire se déroule dans la région où habite l'auteur, en citant des villes et villages aux sonorités connues, seul le village de son enfance a un nom d'emprunt, mais avec le nom des localités voisines on peut facilement deviner où se déroule l'histoire.

Une histoire tragique bien construite qui s'achève sur des notes d'espoir, riche en action, mais aussi en réflexion. Roman qui va éveiller des souvenirs chez les plus âgés des lecteurs, mais qui devrait être lue par les plus jeunes aussi.

Elle est rédigée dans un style que je qualifierais de baroque (sans aucune connotation négative), voire même un certain maniérisme (au sens intellectuel du mot), avec de nombreuses métaphores (dont certaines en rapport avec la musique risquent peut-être de ne pas être comprises par un public non averti), une recherche de virtuosité dans les descriptions.  L'auteur utilise parfois des mots inusités, mais il émaille son récit aussi avec des termes argotiques et des expressions familières quand il ne fait pas s'exprimer ses personnages en wallon.

Etant donné que sans la musique, la vie serait une erreur, Gaston Hénuzet, pianiste et compositeur, a utilisé en bande sonore de son récit la 9e symphonie de Beethoven, dont on entend les accents à plusieurs reprises au cours du récit.

Un livre que j'ai eu l'occasion et le plaisir de découvrir dès avant même que l'auteur l'envoie chez l'éditeur et que je vous recommande : Les pétales de Ludwig, par Gaston Hénuzet, publié chez Memory (310 pages, 21 €, ISBN : 978-2-87413-276-6)

 


03/03/2017
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