Un peu de tout et de tout un peu

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Cancers et virus : petite cause grands effets ?

Les premiers travaux sur l’origine infectieuse des tumeurs datent d’il y a cent ans, mais à l’époque ils ne suscitèrent aucun intérêt notable car on pensait que ces découvertes faites chez l’animal ne pouvaient se transposer en pathologie humaine.   Ce n’est seulement  qu’à partir de la deuxième moitié du XXe siècle que la base scientifique d’une relation entre virus et cancer fut de plus en plus étudiée au niveau humain. A l’heure actuelle,  on estime que les infections virales viennent directement après le tabac comme facteur de risque du développement de tumeurs cancéreuses.  Près d’un cancer humain sur cinq (entre 15 et 20%) serait associé à un virus.

 

Le premier virus cancerogène identifié, voici un demi-siècle, a été le virus d’Epstein-Barr (EBV) plus connu du grand public pour la mononucléose infectieuse.  Dans notre population, 9 personnes sur dix sont contaminées par ce virus au cours de l’enfance ou l’adolescence, contamination qui dans un très petit nombre de cas se manifestera sous la forme d’une mononucléose infectieuse.  L’EBV est associé au développement de tumeurs cancéreuses de type lymphomes. Ce virus a ainsi été découvert pour la première fois en 1964 en Ouganda dans les cellules d’une tumeur  appelée lymphome de Burkitt, affectant de très jeunes enfants. Dans l’hémisphère nord, on retrouve l’EBV associé dans près d’un cas sur deux à la maladie de Hodgkin.    Le rôle cancérogène de ce virus est conforté par le fait que certaines formes de lymphomes survenant chez des patients immunodéprimés (greffés ou sidéens) sont toujours EBV positifs.  L’EBV est aussi associé à certains cancers musculaires, de même qu’à des tumeurs malignes des glandes salivaires et urogénitales.

Mais la plus grande partie (80% ) des cancers induits par des virus est constituée par le  cancer hépatocellulaire et le cancer du col de l’utérus, le premier étant provoqué par le virus de l’hépatite B ou par celui de l’hépatite C, l’autre par certaines souches du Human papilloma virus, incriminé aussi de plus en plus souvent  dans l’apparition de cancers cutanés et bucco-pharyngés.  Le cancer hépatocellulaire, dont la fréquence est très variable sur les différents continents est le 8e cancer mondial. Il affecte un million de patients par an dans le monde.  

On parle ici de cancers provoqués directement par l’activité du virus dans la cellule infectée. Les patients infectés par le virus du SIDA sont aussi plus à risque de cancer en raison principalement de l’immunosuppression déclenchée par cette maladie mais il n’y a pas de cancer spécifiquement induit par ce virus, même si certaines protéines virales joueraient un rôle dans l’apparition du sarcome de Kaposi, un des cancers le plus fréquemment associé au VIH.  

 

Le cancer se caractérise par la prolifération anarchique de cellules d’un organe ou d’un tissu, prolifération cellulaire qui va envahir l’organisme, en perturber gravement le fonctionnement physiologique et entraîner la mort de ce dernier. Une fois transformée par l’agent oncogène, la cellule ne répond plus aux mécanismes de contrôles  naturels de sa multiplication. Et cette transformation se transmet à chaque nouvelle génération cellulaire.

Comment un virus peut-il mettre en route pareille transformation?

Un virus est un organisme réduit à la plus simple expression de toute forme de vie : des gènes. C'est-à-dire de l'ADN ou de l'ARN, emballé pour les plus gros virus dans une capsule de protéines, la capside.  Comme tout organisme vivant, l’objectif d’un virus est de se reproduire. Mais dans le cas du virus, sa reproduction ne peut s’effectuer qu’en squattant une cellule dont il va utiliser les infrastructures et les matériaux qu’il ne possède pas afin de mettre à exécution son programme de réplication. De là d’ailleurs par analogie,  l’appellation de « virus » utilisée pour désigner les logiciels malveillants qui entravent le fonctionnement normal d’un ordinateur pour pouvoir exécuter leur propre programme… Pour les virus à ARN, l’ARN viral est directement utilisé dans la cellule comme vecteur d’information et les informations de cet ARN viral vont être transcrites préférentiellement aux dépens de celles de la cellule contaminée. En ce qui concerne les virus à ADN, leur programme doit d’abord être traduit en ARN (par la machinerie de la cellule infectée)  avant de pouvoir être exécuté, toujours aux dépens du fonctionnement cellulaire normal. Qu’on se rassure tout d’abord : toute infection virale ne sera pas suivie d’une cancérisation : la fréquence des cancers associés à une infection par virus cancérigène est environ cent fois moindre que la fréquence de ces mêmes infections.

Par ailleurs, le virus à lui seul n’est pas suffisant pour déclencher le processus cancéreux. Il n’intervient qu’au tout début du processus de cancérisation. Des cofacteurs environnementaux , génétiques ou immunologiques sont nécessaires pour que la cellule acquière un phénotype cancéreux.    Par exemple, en Afrique centrale, une protéine produite par un champignon parasitant les arachides est l'un des cofacteurs les plus connus du virus HBV pour le cancer hépatocellulaire. En Europe, le carcinome hépatocellulaire induit par le virus de l’hépatite C survient sur un foie détruit par la cirrhose (alors qu’en Afrique il se développe sur foie sain).  La tumeur de Burkitt est quant à elle fréquente en Afrique subsaharienne car associée au paludisme.

 

Tous les virus ne sont pas non plus capables de transformer, loin s’en faut,  une cellule normale en cellule cancéreuse et le processus est loin d’être immédiat. L’infection par HPV n’est ainsi pas d’office synonyme de cancer du col. Cette infection est très fréquente chez les femmes et guérit d’ailleurs souvent spontanément. Seules 3 à 4 femmes sur dix contaminées par un papilloma virus  sont infectées par une souche potentiellement responsable d’un cancer du col utérin et seulement 3% parmi celles-ci sont à risque de développer une tumeur cancéreuse et ce après une période pouvant aller de 20 à 50 ans après l’infection initiale.  De même pour le cancer hépatocellulaire, seule une très faible proportion de personnes porteuses du virus de l’hépatite développera un cancer au cours des deux à quatre décennies après la contamination initiale.  Le processus de cancérisation de la cellule chez l’homme est très long car il implique une série de modifications génétiques conséquences d’erreurs induites par la persistance du génome viral (en tout ou en partie) dans la cellule humaine, parfois même intégré au sein de l’ADN cellulaire. Les mécanismes de cancérisation sont complexes et font encore l’objet de recherche. Les erreurs induites par le programme du virus dans le fonctionnement cellulaire vont se transmettre ensuite à toutes les générations cellulaires successives et ces erreurs s’accumulent au fil du temps.

 

Connaître le rôle de certains virus dans la genèse des cancers permet d’adopter des mesures préventives évidentes comme le dépistage et le suivi des patients porteurs du virus de l’hépatite B ou C ou  les mesures de protection contre les maladies sexuellement transmissibles comme le sont le VHB ou le HPV préviennent le développement des cancers susceptibles d’être induits par ces virus. La réalisation de frottis de col chez la femme est utile pour dépister l’infection par le HPV et assurer le suivi de cette infection, bénigne dans la majorité des cas mais dont la persistance est à risque de cancérisation.    Et nous ne reviendrons pas sur  l’intérêt de la vaccination  en particulier contre l’hépatite B…

 

 

 

Les virus ne sont pas les seuls agents infectieux responsables de cancer. A l’heure actuelle on étudie aussi par exemple  la responsabilité  de l’Hélicobacter pylori, bactérie connue pour provoquer des ulcères gastriques, dans le développement du cancer de l’estomac.  En Afrique de l'Est, la bilharziose (infection par le parasite schistosoma haematobium) est un facteur de risque de cancer de la vessie. Plus d'un quart des cancers survenant dans les pays en développement seraient liés à des agents infectieux. Pour les pays développés, cette proportion est inférieure à 10 %.

 

 



14/02/2014
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