Un peu de tout et de tout un peu

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Surfer sur les vagues de froid

Surfer sur les vagues de froid

 

 

« Il ne passera pas l’hiver » Ces mots prononcés souvent ironiquement traduisent la constatation d’une triste réalité à savoir que l’hiver est la période de l’année pendant laquelle on est le plus souvent malade et qui tue le plus…

Elide Montesi (publié dans le magazine Equilibre)

 

C'est un fait : plus la température diminue et plus la mortalité augmente. Les effets des vagues de froid hivernales ne concernent pas que les sans-abris qui décèdent d’hypothermie; toutes les personnes de santé fragiles sont aussi des victimes potentielles des rigueurs de l’hiver. D'une part, on meurt plus de maladies respiratoires en hiver, mais les maladies cardio-vasculaires, infarctus ou accidents vasculaires cérébraux, connaissent aussi un pic hivernal. Car les réactions de l’organisme pour lutter contre une baisse de température créent des conditions de moindre résistance aux infections et sont à même d’engendrer des complications de problèmes vasculaires préexistants.

 

Rhumes et grippes

 

« Common cold » en anglais, « raffredore » en italien pour désigner le rhume encore appelé « refroidissement » chez nous: le langage populaire, au mépris des données scientifiques, montre toujours du doigt les basses températures comme responsables des maladies hivernales les plus fréquentes. Peut-être ces croyances populaires comportent-elles une part de vérité ?

Certes on ne nie pas le fait que les infections respiratoires sont dues non au froid en lui-même mais aux bactéries et virus qui nous agressent. Si l’on est plus souvent malade en hiver ce serait en raison du fait que l’on vit plus en milieu confiné et dans une promiscuité propice à la diffusion des virus responsables des pathologies hivernales. La pollution atmosphérique plus importante l’hiver est aussi à prendre en considération

Mais la transmission des virus et autres germes, si elle est favorisée par les conditions de vie pendant l’hiver, dépend aussi nettement des conditions climatiques elles-mêmes, en particulier l’humidité relative de l’air et la température ambiante. Un récent rapport du centre australien d’épidémiologie concluait que la mortalité était plus importante pour les habitants de maisons mal chauffées en hiver. Contrairement au préjugé assez répandu selon lequel une bonne gelée « tue les microbes », un temps froid et sec est nettement favorable par exemple à la diffusion de virus comme celui de la grippe. On a constaté de fortes corrélations entre le niveau d’humidité absolue et la survie du virus de la grippe. Lorsque  la température baisse, l’air contient moins d’eau, ce qui favorise la survie prolongée du virus grippal et donc sa propagation.   

 

Gradient de température

 

Du flux de chaleur entre le corps et l’air ambiant dépend le confort thermique, la sensation de froid. Il existe un gradient de température entre la température centrale du corps (37° en moyenne) et la température  de la peau (de 25 à 30°) qui reste toujours cependant supérieure à la température extérieure. Plus l’écart entre la température interne et la température extérieure est grand, plus la sensation de froid est importante et plus l’organisme va mettre en route ses mécanismes de régulation thermique destinés à limiter les pertes de chaleur.

 

Le vent augmente encore plus les échanges de chaleur entre milieu interne et externe. La sensation de froid est toujours plus importante par temps venteux.  Une température de -10°C par grand vent (90km/h) sera ressentie de la même manière qu’une journée à -30°C sans vent. Le vent augmente les échanges de chaleur entre l’intérieur et l’extérieur du corps.

Le corps perd aussi plus de chaleur par temps froid et humide que par temps froid et sec sans vent : les  vêtements perdent jusqu’à 90% de leur pouvoir réchauffant lorsqu’il fait froid, venteux et humide.

La sensibilité de certaines personnes aux courants d’air est tout à fait compréhensible étant donné que ce n’est pas la température en tant que telle qui est importante mais la différence thermique. Inspirer un air froid augmente aussi la perte de chaleur via les poumons. En même temps il diminue les mécanismes de défense comme l’activité muco-ciliaire qui permet d’évacuer les sécrétions et celle des globules blancs responsables de la destruction des germes. Inhaler de l’air froid est aussi connu pour déclencher des crises d’asthme néanmoins, les infections virales font courir plus de risque aux personnes asthmatiques que le froid proprement dit.

 

Hypothermie

 

La sensation de froid – qui varie aussi avec l’âge, la condition physique mais également les facteurs psychologiques –  est donc très importante pour lutter contre le refroidissement. Car si on laisse la température interne descendre trop bas (en dessous de 35°), le corps sombre en hypothermie qui peut être fatale si elle n'est pas contrôlée (nous ne sommes pas de animaux hibernants! 

Ainsi, la conjonction de l'alcoolisme et de conditions de misère –  malnutrition, vêtements inadaptés ou insuffisants – souvent rencontrées chez les sans-abris favorise le décès par hypothermie. La vasodilatation provoquée par l’alcool explique l’impression fugace de réchauffement mais empêche l’effet protecteur de la vasoconstriction de s'exercer. L’alcool provoque par ailleurs une hypoglycémie alors que les besoins du corps en glucose sont augmentés par temps froid.

 

Chaudière interne

 

A l’instar d’une chaudière qui tourne plus souvent et plus longtemps lorsque les températures baissent, l’organisme va aussi travailler à augmenter la production de chaleur pour maintenir la température corporelle interne. Tous les systèmes organiques sont mis à contribution : vasoconstriction cutanée pour isoler les organes centraux, augmentation de la pression artérielle et accélération du rythme cardiaque pour redistribuer le sang aux organes avec pour conséquence une augmentation de la concentration de la plupart des éléments sanguins et de la viscosité du sang. Le métabolisme énergétique va augmenter grâce au tissu adipeux brun et aux hormones telles que l'adrénaline, le cortisol et le glucagon, de même que les hormones thyroïdiennes, ces dernières participant plus à l’acclimatation qu’à la réaction immédiate au froid. L'activité musculaire s’intensifie (frissons) y compris celle du cœur dont les besoins en oxygène vont ainsi être accrus.

Les personnes en bonne santé s’adaptent sans grands problèmes à tous ces changements mais celles à risque cardio-vasculaire (hypertension, hypercholestérolémie, maladie des artères coronaires), sont plus susceptibles de  complications par grand froid. En effet, l’augmentation de la viscosité sanguine et la vasoconstriction sont des facteurs de thrombose et donc d'accident vasculaire cérébral ou d'infarctus cardiaque chez des personnes qui ont une mauvaise circulation cérébrale ou coronaire. 

Les infections respiratoires joueraient aussi un rôle dans les complications cardiovasculaires plus importantes constatées pendant l’hiver. Elles sont en effet plus fréquentes au cours de cette saison, surtout chez les personnes non vaccinées contre la grippe. Signalons que les effets d’une vague de froid sur la mortalité tant respiratoire que cardio-vasculaire ne sont pas immédiats : une à deux semaines de délai sont observés dans le premier cas et deux à quatre semaines pour le deuxième. Ce délai s’explique parce que le décès est dû aux complications en cascade liées au froid et non directement à ce dernier.

 

Isoler!

 

Prévenir les effets néfastes du froid nécessite de s’habiller de manière adaptée, en augmentant l’épaisseur des vêtements pour créer une isolation thermique et en couvrant toute la surface du corps puisque la déperdition calorique est proportionnelle à la surface corporelle exposée. En revanche, la variation de température influençant plus les mécanismes de thermorégulation que la température elle-même, surchauffer les endroits de vie ne semble pas efficace : au sortir d’une maison surchauffée, le froid sera ressenti d’autant plus fort. Par ailleurs, si bonnet, écharpe et doudoune sont utiles pour améliorer le confort thermique en cas de temps froid, ils n’empêcheront évidemment pas de contracter la grippe ou tout autre virus en l’absence d’autres mesures préventives comme le lavage des mains, l’utilisation de mouchoirs à jeter, ou encore la vaccination des personnes à risque, si on veut qu’elles passent l’hiver ...

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 



12/03/2013
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